GPII, les grands projets inutiles imposés : Mieux les connaître pour mieux les combattre !

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Écologie
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Comme leur nom l’indique, les grands projets inutiles imposés (GPII) sont complètement inutiles à la population. Pourtant ils lui sont imposés... Inutiles pour les populations, mais très utiles et profitables pour les grosses entreprises (multinationales du BTP entre autres), ils ont aussi en commun de coûter beaucoup d’argent (surtout public). Quelle que soit leur taille, ils s’inscrivent dans la logique du « plus grand, plus gros, plus vite ».
Destructeurs de l’environnement, de l’emploi et du tissu social (terres agricoles, ressources naturelles, biodiversité), ils sont le plus souvent imposés avec la complicité active des élus locaux ou régionaux, soit parce que ces derniers rêvent d’avoir eux aussi leur « grand projet » prestigieux, soit parce qu’ils sont plus trivialement intéressés directement ou indirectement au projet. Ils bénéficient aussi du soutien du gouvernement qui, lui non plus, n’a rien à refuser aux grands groupes capitalistes.
Et qu’ils concernent l’agriculture, les transports, l’énergie, la grande distribution ou les loisirs, symboles du capitalisme et de son productivisme effréné, ils contribuent tous à des degrés divers à aggraver encore le dérèglement climatique...
Dossier réalisé par la commission nationale écologie


Carte interactive des GPII.

 

 

 

PS : pour compléter cette carte, merci de contacter la CNE

Des mobilisations contre le monde des GPII

De plus en plus contestés, ces projets démesurés sont combattus par des rassemblements, des pétitions, des manifestations, des occupations, des installations de campements… Toute une organisation des luttes pour durer et gagner.

Mais ces luttes représentent aussi une contestation de l’organisation capitaliste de la société : forums, rencontres, échanges, expérimentation, mise au point de stratégies de lutte inédites et radicales. Les ZAD (zone à défendre) se propagent et révèlent les aspirations de jeunes et de moins jeunes à vivre autrement : ils montrent que les capacités de contestation de l’ordre établi et de résistance face aux volontés des puissants sont fortes et porteuses d’espoir.
Face à ces actions, la répression a la main particulièrement lourde. De l’opération César à Notre-Dame-des-Landes au tir de grenades offensives qui a tué Rémi Fraisse à Sivens, la répression policière est d’une violence extrême contre celles et ceux qui occupent et défendent les ZAD. La répression judiciaire n’est pas en reste, et frappe les manifestantEs de Nantes à Toulouse, répression à laquelle s’ajoute une campagne médiatique féroce pour délégitimer toute résistance. Elle sévit aussi contre des actions parfaitement symboliques, comme le démontage par la Confédération Paysanne d’éléments de la ferme-usine des mille vaches.
Pour le gouvernement, il s’agit de faire taire toute contestation, de ne pas laisser se multiplier ces lieux qui montrent dans la pratique qu’« un autre monde est possible ».

Des luttes internationales et internationalistes
Les grands projets inutiles fleurissent partout. « L’unité des luttes à travers le monde contre tous ces projets destructeurs », c’est ce qu’affirme la déclaration finale du 4e Forum contre les GPII qui s’est tenu au printemps dernier à Rosia Montana en Roumanie. Après le val de Suse en Italie (2011), Notre-Dame-des-Landes (2012) et Stuttgart en Allemagne (2013), ce lieu a été choisi pour la lutte qui s’y déroule contre le projet hautement destructeur d’une mine d’or, avec utilisation massive de cyanure.
Plus de vingt collectifs en lutte contre des grands projets également destructeurs à travers le monde ont participé à ce forum qui a permis l’élargissement des thèmes tels que la fracturation hydraulique, la condamnation unanime des accords commerciaux comme le Tafta, la mutualisation des ressources militantes et la construction d’un réseau qui « permettra de combattre avec succès tous les GPII et de construire un monde d’égalité et de solidarité ».


Armes de destruction massive de l’environnement

Agriculture, élevage, déchets, biomasse... Les GPII sont sur tous les fronts. La pensée à court terme des capitalistes fait des dégâts...

Dessine-moi un mouton… et 850 000 poulets !
Après l’industrialisation de l’agriculture, c’est le tour de l’élevage. Finies les « petites » unités bretonnes, entrons dans l’ère des élevages concentrationnaires où l’on parle en milliers, dizaines et même centaines de mille : 250 000 poules dans la Somme, 850 000 poulets dans le Vaucluse, 1 200 taurillons dans la Vienne ou encore 1 000 truies et 25 000 porcelets dans les Deux-Sèvres... Comment osent-ils encore parler de poulaillers, de porcheries et même de « maternités » ?
De nombreux projets sont portés par des hommes d’affaires aux réseaux politiques bien développés, comme Michel Ramery et sa ferme aux mille vaches. L’agro-industrie se cache derrière des agriculteurs « porteurs » des projets. Ainsi Vivadour dans le Gers et ses usines à 770 000 poulets, ou Sofiprotéol (la boîte de Xavier Beulin, le patron de la FNSEA) qui n’est jamais loin, comme à Trébrivan en Bretagne.
Le gouvernement est à fond derrière ces projets. Quand des arrêtés d’exploitation sont annulés par la justice administrative, les préfets en signent immédiatement de nouveaux qui permettent la continuation de l’exploitation, comme à Lannepax dans le Gers ou à Trébrivan (par deux fois). La justice du plus fort et du passage en force...
Les salariéEs sont les premierEs à souffrir du mal-être des animaux qui sont bien loin de l’image d’Épinal véhiculée par le Salon de l’agriculture. Les herbivores, interdits de pâturage, sont au même régime que les poulets, farines végétales, soja OGM importé d’Amérique du Sud, maïs issu de la maïsiculture intensive. Comme on l’a vu à Sivens, cette même maïsiculture exige de l’eau, donc des barrages : une vingtaine de projets plus ou moins avancés dans le Sud-Ouest.

Lourds déchets
Mais il y a encore plus de fric à faire dans l’énergie et les déchets. Après les boues d’épuration, leurs métaux lourds et contaminants chimiques, voici l’incinérateur de Rochefort et ses 25 hectares de serres à tomates, en association avec une multinationale hollandaise. Tout cela sous label « développement durable et croissance verte » !
Les poulets de Grillon seront couverts par 11 000 m2 de panneaux photovoltaïques. À Lapouyade, dans le bien nommé triangle des déchets, le site de déchets ultimes de Veolia sera associé à 8 ha de serres. Et bien sûr il y a la méthanisation qui attire toutes les convoitises, comme chez Ramery ou à Ormes (2 000 taurillons et un méthaniseur géant), cela malgré les risques sanitaires, la pollution aux nitrates et l’appauvrissement des sols...

Arbres en danger
Après les « biocarburants », voici la biomasse, qui elle aussi n’a de « bio » que le nom... À Gardanne et à Pierrelatte, E.On et Areva ont mis en place deux gigantesques centrales électriques au bilan énergétique minable – 30 % – qui menacent les forêts du Lubéron et de la Drôme par des coupes à blanc. La prime de l’hypocrisie va à l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs), qui sur le site Cigéo (Centre industriel de stockage géologique) de Bure où elle veut enfouir les déchets nucléaires, va produire du diesel en utilisant le bois des forêts... rasées pour Cigéo !
L’agriculture, et encore plus la foresterie, sont des activités de long terme. Les capitalistes, eux, ne peuvent penser que dans le court terme et pratiquent la politique de la terre brûlée alors que notre environnement est déjà mis à rude épreuve par le réchauffement climatique.

 


Rocades, aéroports, tunnels, canaux, autoroutes, voies rapides, LGV…

Ces GPII traversent les territoires et affectent tous les occupantEs. Pollution, dévastation des milieux naturels, bétonnage, ruissellement des eaux, bruit… Toutes ces nuisances imposées pour quoi ? Pour « gagner du temps et entrer dans la modernité ». Mais pour qui ? Décidé par qui ? Dans quel but ?

Après avoir imposé des rythmes de travail et de vie décalés (travail en équipe, de nuit) et éloigné les lieux de travail des lieux de vie, après avoir aménagé les espaces en fonction de l’intérêt économique (zones artisanales, industrielles, résidentielles, commerciales…), rejeté les pauvres à la périphérie des villes et valorisé la maison individuelle à la campagne pour les autres (augmentation des trajets, utilisation indispensable de la voiture en l’absence de transports collectifs), c’est en toute logique que nos décideurs inscrivent leurs projets destructeurs comme solution aux problèmes de transport qu’ils ont eux-mêmes créés.
Aujourd’hui, les grandes concentrations d’activités autour des métropoles visent à « placer la France dans la compétition européenne », de là la nécessité pour les capitalistes de relier ces « pôles d’excellence » au reste du monde. D’où l’émergence de projets pharaoniques coûteux sans utilité pour la population. Apparaissent des équipements dignes de la folie des grandeurs de ces éluEs qui se prennent pour de grands personnages... pour le plus grand bonheur des intérêts des grands groupes industriels et financiers.

Au service du privé
Ainsi, l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, les LGV Bordeaux-Toulouse, Limoges-Poitiers, Paris-Le Havre, le contournement est de Rouen ou ouest de Strasbourg, censés aider ces villes à rivaliser avec leurs concurrentes européennes. Ainsi, le projet du Grand Paris – avec ses 72 gares, ses 205 km de métro automatique et son raccordement d’Orly, Roissy et Saclay – qui transformera la capitale en ville-tentacule. Ce projet maintiendra un déséquilibre entre une capitale géante et des régions vouées au tourisme, déplacera des milliers d’habitantEs, reportera l’amélioration des lignes actuelles, et fera transporter au moins 60 millions de tonnes de déblais par 1,5 million de camions.
De même, au lieu de relocaliser les productions, en particulier alimentaires, la fuite en avant du transport mondialisé des marchandises pousse à la construction de toujours plus de voies improbables. Ainsi, le Lyon-Turin (TAV), le projet de canal Seine-Nord de l’Europe, le canal Rhin-Rhône, la LGV Dax-Pau, toujours pour selon eux « aider la France dans la guerre économique ». Financés par des partenariats public-privé (PPP) toujours favorables au privé, ces projets destructeurs de biodiversité n’ont aucune utilité sociale.
Ignorées, malmenées, les populations riveraines des GPII n’ont jamais leur mot à dire. Ras-le-bol d’accepter ces constructions destructrices de nos vies !

 

Laisse béton !

Toutes les villes ou presque ont maintenant leur ceinture de centres commerciaux, avec partout les mêmes enseignes, 1 ou 2 (ou plus !) hyper Car-U-casi-clerc, déco, brico, fringues, ainsi que leurs publicités géantes, sur ce qui était souvent de bonnes terres agricoles.

Ça bétonne partout pour de nouveaux lieux centralisés de consommation, alors que les Américains commencent pourtant à faire le constat qu’on pourrait faire dépenser plus dans des commerces répartis dans les rues des villes…
Dans la proche banlieue de Paris, mais aussi à Caen et Angers par exemple, des terrains, vidés de leurs usines (et de leurs emplois), se couvrent d’immenses « shopping mall », mais ça n’est jamais assez : toujours plus grand ! Décathlon-Oxylane appelle ça des « villages » : 22 sont réalisés ou en projet. 24 ha par exemple à côté de Montpellier sur un espace à vocation, entre autres, agricole, participant d’une économie locale des circuits courts de commercialisation. Un accrobranches pour le fun... et le reste pour « consommer » !

Et ça n’est pas fini !
Avec Europa City, la Société du Grand Paris veut détruire un espace de 750 hectares de cultures céréalières maintenu entre les aéroports de Roissy et du Bourget, pour construire un centre commercial « et de loisirs » sur 80 ha. Avec une piste de ski (!), une autre étant prévue dans la banlieue sud, les routes pour y accéder et les parkings… Cela dans une région déjà bien pourvue en centres commerciaux. Ce sera aussi un centre d’affaires de 200 ha, car chaque grande ville veut sa « silicon valley ». Ainsi, 200 ha pour les Portes du Tarn, et ses 98 millions d’euros.
Pourtant concentrer des activités en un seul lieu surdimensionné ne répond pas aux besoins réels d’emplois, entraîne des constructions de routes et autoroutes, pose le problème de l’approvisionnement en eau – et du ruissellement des eaux – etc.
Dans cette frénésie de bétonnage géant, il faut ajouter des grands stades : autour de Paris, à Lyon, et bientôt les JO dans la capitale ? Pour ce dernier projet, on veut nous faire croire que rien de plus ne sera construit : les courses cyclistes dans le parc du château de Versailles ? Et puis il y a des golfs (220 ha dans les Landes par exemple), des « Center Parcs » et autres « village nature »... On connaît déjà celui de Roybon, mais partout il faudrait renoncer à la « nature naturelle » pour offrir un espace artificiel où concentrer et enfermer des centaines de touristes... amenés par autoroutes bien sûr !

 

Énergie nucléaire, gaz de schiste... GPII de l’énergie

L’indispensable et urgent combat pour la transition énergétique, pour sortir des énergies fossiles et du nucléaire, pour la sobriété énergétique et le passage aux énergies renouvelables, ne se résume évidemment pas au refus des GPII...

Mais le secteur énergétique impose lui aussi ses grands projets inutiles, destructeurs et dangereux. Les luttes contre la fracturation hydraulique, contre l’enfouissement des déchets nucléaires à Bure, contre les lignes THT (très haute tension) en Bretagne ou contre l’EPR à Flamanville ou à Penly... peuvent avoir comme point de départ le fameux mot d’ordre « pas dans mon jardin ! » Mais dans la mobilisation, par les débats, par les rencontres et les convergences, se posent les questions de l’utilité sociale des projets et donc les questions énergétiques et climatiques globales.

Gaspillage d’énergie
Les grands projets capitalistes, du nucléaire aux hydrocarbures (conventionnels ou non), tournent le dos à toute réduction du gaspillage d’énergie qui doit pourtant être à la base de la transition énergétique.
Alors que les pronucléaires, regroupés dans « Nuclear for climate », font le forcing pour que le nucléaire soit reconnu comme une solution au réchauffement climatique et sont entendus jusqu’au GIEC, nous devons tout faire pour lier les mobilisations, contre le nucléaire, contre les GPII, pour le climat.


Pour les GPII aussi, tout est bon dans le Macron !

Sous prétexte de simplification, la loi Macron attaque aussi l’environnement.

L’article 28 permet au gouvernement de réformer le droit de l’environnement par ordonnances dans quatre domaines : la délivrance des autorisations de construction, l’étude d’impact, l’enquête publique et le règlement des litiges.
Autrement dit, l’arsenal législatif actuel qui a été voté par le Parlement pourra être détricoté à sa guise par le gouvernement. Il pourra prendre des mesures législatives visant à accélérer « les projets de construction et d’aménagement » ou modifier les règles applicables à leur « évaluation environnementale ». Il pourra aussi « moderniser et simplifier » les procédures de « participation du public à l’élaboration de certains projets », et enfin « accélérer le règlement des litiges relatifs aux projets susceptibles d’avoir une incidence sur l’environnement ».

Ils sont tout permis...
Cerise sur le gâteau, l’article 29 réduit de deux ans à six mois le délai durant lequel peut être engagée l’action en démolition d’une construction illégale après l’annulation du permis de construire. Autant dire qu’il facilite le passage en force.
Avec ces articles complètement antidémocratiques, il s’agit de supprimer le peu de garde-fous qui empêchaient les industriels et les bétonneurs de se croire tout permis. Alors que Hollande prétend vouloir favoriser le dialogue lors des grands projets, grâce à Macron, il restreint toutes les possibilités légales d’action.