Violences sexistes : Il faut que ça cesse !

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Féminisme
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Début octobre, le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE) publiait son avis pour une juste condamnation sociétale et judiciaire du viol et autres agressions sexuelles.

L’occasion de rappeler le nombre important de faits de viols ou tentatives de viol… et la faiblesse du nombre de plaintes, et plus encore de condamnations. En effet, 84 000 femmes entre 18 et 75 ans déclarent être victimes d’un viol ou tentative sur une année. Parmi elles, seule 1 sur 10 dépose plainte… et seulement 10 % des plaintes donnent lieu à une condamnation ! Des chiffres qui s’expliquent par le caractère foncièrement sexiste et patriarcal de la société.

Le long chemin des violences conjugales

Rappelons que dans 90 % des cas, l’agresseur est connu de la victime. Le plus souvent, les agressions sexuelles sont commises au sein du cercle familial. Et la reconnaissance du viol conjugal est récente : ce n’est qu’en 2010 qu’il est enfin complètement reconnu dans le code pénal, suite à un long combat des femmes, avec une première victoire judiciaire en 1992.

Connaître son agresseur peut expliquer qu’une grande part de femmes ne se déplacent pas au commissariat, que ce soit par peur des représailles mais également du fait de ce que l’on appelle le cycle des violences conjugales. Ainsi, après la phase de la violence, arrive la phase de justification par l’auteur (qui implique souvent de rabaisser la victime) puis celle de la lune de miel au cours de laquelle l’agresseur (re)devient prince charmant...

Par ailleurs, même si le fait que l’auteur de viol soit le conjoint ou ex-conjoint de la victime constitue une circonstance aggravante, dans la réalité judiciaire, il est rare que les crimes de viol dans le couple soient pénalement pris en compte. À ce titre, le texte de l’avis du HCE note de nombreux témoignages de femmes encouragées par leur conseil à accepter la requalification du viol qu’elles ont subi – qui constitue un crime – en agression sexuelle – qui ne constitue qu’un délit. Et ce, bien souvent afin que l’affaire soit jugée plus rapidement...

Une acceptation sociétale des agressions sexuelles

Les exemples sont nombreux de ce qu’il faut bien appeler la culture du viol. Le HCE montre combien les visuels d’agression et de domination sont aujourd’hui un argument de publicité courant. Ainsi, dans de trop nombreuses publicités, la logique argumentaire est qu’être un homme, un vrai, c’est soumettre les femmes… et qu’acheter tel ou tel produit y aide !

Ainsi, le corps des femmes continue de ne pas leur appartenir réellement, et à être d’abord un support de fantasme, voire de consommation masculine. Et, au bout du compte, il n’est pas rare d’entendre qu’une femme victime d’une agression sexuelle l’a finalement un peu cherché, que ce soit par sa façon de s’habiller ou de se comporter ! Le simple fait de dire qu’une femme « s’est faite violer » (où le sujet serait donc volontaire), plutôt que « a subi un viol », en est une des expressions courantes.

Plus encore, dans une toute récente thèse en criminologie soutenue par Massil Benbouriche, il est démontré, suite à expérience auprès de 150 hommes de 21 à 35 ans représentatifs de la population masculine, que 30 % d’entre eux pourraient violer une femme s’ils étaient certains que celle-ci ne porte pas plainte ensuite...

Cette conception marque également le traitement des affaires de violences sexuelles par les médias. Le HCE relève que les journalistes sont souvent enclins à accompagner la tolérance sociale à l’égard des violences faites aux femmes. Ainsi, cela passe par le fait de souligner par exemple que la victime était alcoolisée ou a accepté de suivre volontairement celui qui sera son agresseur. À l’inverse, le traitement médiatique des violences sexuelles ne rechigne pas à présenter les qualités de l’agresseur (« père attentif de 9 enfants », « obsédé par la peur de l’abandon ou du rejet », etc.). Au final, il n’est pas rare que des faits d’agression sexuelle voire de meurtre soit qualifiés dans les médias de « drame familial », de « dérapage », voire d’acte de « dépit amoureux »...

Il est plus que temps de rendre réellement inacceptables les violences faites aux femmes. Cela passe par une réelle volonté de former l’ensemble des professionnelEs (du social, de la médecine, de la magistrature, du journalisme), de mettre en place une éducation non sexiste et respectueuse du corps de chacunE, de développer les solutions de soutien et d’accueil des femmes victimes, et de donner à la justice les moyens de traiter les actes de violences sexuelles.

Abby Taro

 

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