Les femmes mobilisées

Pour la deuxième année consécutive, la manifestation du 8 mars se tiendra dans le contexte d’un mouvement national mobilisant une fraction importante de notre classe sociale et mettant au centre de leurs argumentaires la situation sociale des femmes. Si la mobilisation des Gilets jaunes a jeté la lumière sur le vécu des femmes travailleuses les plus précaires – en particulier les femmes à la tête d’une famille monoparentale et les retraitées vivant seules, la lutte contre la réforme des retraites a permis de parler largement des effets du sexisme structurel sur les carrières des femmes et donc sur leurs retraites.

Succès du 23 novembre 

Mais si les syndicats ont tout de suite intégré la dimension sexiste de la réforme à leurs analyses, trop peu a été fait pour, d’une part, rendre possible l’engagement des femmes dans la grève, à travers par exemple la création de garderies collectives pendant les AG et les manifs et, d’autre part, faire le lien avec l’assignation des femmes au travail reproductif. Pourtant, c’est en grande partie parce que les femmes travaillent gratuitement à la maison et parce qu’elles sont dirigées vers des emplois « féminins » sous-payés, qu’elles ont au total des retraites bien plus faibles.

Ce rendez-vous manqué est d’autant plus rageant que la mobilisation s’est ouverte par une manifestation contre les violences faites aux femmes le 23 novembre d’une ampleur exceptionnelle pour la France – 150 000 personnes étant descendues dans la rue, et que l’appel international pour construire la grève féministe du 8 mars commence à rencontrer en France un écho dépassant le cercle des militantEs féministes.

Les femmes aux avant-postes

Mais, malgré ces faiblesses du mouvement ouvrier organisé et les difficultés plus grandes pour les femmes de se mettre en grève, elles se sont, comme à chaque mouvement, mobilisées. Tout d’abord, de nombreux secteurs de travail majoritairement féminins ont été fortement engagés dans la grève à différents moments de la séquence que nous traversons depuis décembre : notamment la culture (bibliothèques, musées, danseuses de l’Opéra), l’éducation, la santé (infirmières et aides-soignantes) et le travail social. Ensuite, de nombreuses femmes des secteurs moteurs de la grève ont occupé une place centrale dans leurs comités de grève, faisant le lien dans leurs prises de parole entre leur genre et les raisons de leur grève, par exemple à la RATP et la SNCF. Enfin, l’utilisation depuis janvier des chorégraphies militantes par des groupes de femmes, comme celles venues du Chili contre les violences sexuelles ou sur la chanson réécrite « À cause de Macron », ont créé tout à la fois des moments collectifs forts permettant de remobiliser, même dans des phases parfois difficiles du mouvement, et de donner une visibilité très large aux questions spécifiquement liées à la domination des femmes dans notre société.

À nous de nous saisir de ces points d’appui pour construire non seulement un mouvement ouvrier féministe mais aussi en retour, un mouvement féministe lutte de classe.

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