Aux États-Unis, des mobilisations fructueuses contre la culture du viol

Entretien. Marine Bruner est une étudiante féministe américaine.

Depuis deux ou trois ans, il y a de fortes mobilisations aux États-Unis contre ce qui est appelé « la culture du viol ». Peux-tu nous en dire plus ?

La culture du viol est omniprésente dans la société américaine. La culture du viol est un concept qui tend à excuser les agressions sexuelles au nom des pratiques culturelles et sociétales, par la normalisation de l’objectification des femmes, en culpabilisant la victime, et en niant la violence sexuelle.

Les étudiantes d’universités américaines ont protesté ces dernières années contre le manque de volonté des directions des universités à poursuivre les coupables d’agressions sexuelles, ainsi que leur ­traitement des victimes.

Un exemple de mobilisation : Emma Sulkowicz, violée par un autre étudiant, a commencé à porter un matelas partout où elle allait sur le campus pour symboliser le poids qu’elle porte en tant que victime de viol, et protester contre la décision de l’université de ne pas reconnaître le viol.

Autour du harcèlement et des agressions sexuelles, une « guerre des hashtags » a opposé féministes et masculinistes (Men’s Rights Activists) entre le #NotAllMen (« Pas tous les hommes ») et le #YesAllWomen (« Oui/Si, toutes les femmes »). Quels en étaient les enjeux ?

Cette guerre de hashtag m’exaspère parce que c’est une façon de minimiser la misogynie dont les femmes sont victimes. #NotAllMen veut dire que tous les hommes ne sont pas des violeurs, harceleurs, ou coupables de violences conjugales, etc.

Cela fait un moment que cette expression est utilisée, mais elle a resurgi après qu’un homme a tué trois femmes dans une Sorority House (foyer communautaire d’étudiantes) parce que des femmes l’avaient rejeté et qu’il voulait se venger sur n’importe laquelle. Des hommes ont utilisé ce # pour se déculpabiliser et se présenter comme des sauveurs. Mais ce n’est pas ce que les femmes ont envie d’entendre, car cela ne fait pas avancer la lutte contre les violences sexuelles. Elles ont répondu par le #YesAllWomen pour montrer que toutes les femmes sont victimes de sexisme et de misogynie dans leur vie de tous les jours. #YesAllWomen est une façon pour les femmes de parler contre la culture du viol, et a servi à donner aux femmes une voix en servant de point de ralliement.

Suite à ces mobilisations à la fois virtuelles et physiques, une loi intitulée « Yes means yes » a été adoptée. Que change-t-elle concrètement ?

« Yes means yes » (« Oui signifie oui ») a commencé à être appliquée sur les campus d’université et donne un nouveau cadre de prise en charge par les directions d’université des plaintes pour agression sexuelle. Avant, le règlement était fondé sur le « No means no » (« Non signifie non ») : les victimes devaient démontrer qu’elles avaient dit « Non » sans ambiguïté aux relations sexuelles. « Yes means yes » change cette notion : les deux partenaires doivent dire oui clairement, consciemment, et volontairement. Les victimes ont donc plus de facilité à démontrer qu’elles ont été victimes d’agression sexuelle. Ces directives sont devenues des lois dans certains États. Elles représentent des petits – mais très importants – pas, pour que les victimes poursuivent leur agresseur.

Mais les luttes contre les agressions sexuelles et la culture qui rend la vie facile aux agresseurs ne sont pas terminées, et beaucoup de progrès restent à faire.

Propos recueillis par Chloé Moindreau

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