La Poste : un plan social qui ne dit pas son nom

Quelque temps avant la mise en place du plan stratégique sobrement intitulé « Conquérir l’avenir », s’étalant de 2015 à 2020, la direction du groupe La Poste s’était engagée à ce qu’il n’y ait pas de plan social durant ces cinq années. Les promesses patronales étant ce quelles sont, elle déclarait peu après, par la voix de sa DRH d’alors et suite à l’échec d’un accord « social », refusé par la CGT, SUD et FO, qu’elle ne se sentait plus « tenue de respecter cet engagement ».

100 000 postes supprimés en 10 ans

Il s’agissait en fait d’un coup de pression sur les syndicats non signataires, dans l’optique de leur faire accepter le traitement de choc qu’il était prévu d’administrer aux postierEs. Car nul besoin, en réalité, d’un plan social en bonne et due forme pour saigner les emplois à blanc. Pour preuve, 100 000 postes ont été supprimés en 10 ans ! Principalement par le non-remplacement des départs à la retraite, qui sont massifs eu égard à la pyramide des âges de l’entreprise. La machine infernale des restructurations file bon train. Les tournées disparaissent les unes après les autres, comme les bureaux de poste. Les centres de tri ont été en grande majorité fermés. Les effectifs des centres financiers, déjà mis en coupe réglée depuis des années, baissent encore avec la mutualisation des services. Le recours à la sous-traitance prend des proportions inimaginables aux colis (ainsi quatre colis sur cinq sont distribués par des sous-traitants en Île-de-France), et l’intérim, les CDD… se développent partout. À cela s’ajoutent la multiplication des licenciements « pour inaptitude », un euphémisme pour désigner les agents abîmés par des conditions de travail qui se dégradent, ainsi que les licenciements résultant d’un durcissement de la politique disciplinaire.

L’accélération de cette politique de chasse à l’emploi n’est pas sans lien avec la fin, programmée pour 2020, de l’actionnariat majoritaire de l’État. Il ne fait par ailleurs aucun doute que le phénomène s’approfondira avec ce nouveau pas vers la privatisation. D’une part, la Caisse des dépôts et consignations, futur actionnaire majoritaire, n’apporte pas des milliards sans attendre un retour sur investissement. D’autre part, dans la perspective d’une ouverture aux capitaux privés, il va de soi que les « coûts salariaux » devront être encore réduits.

Jusqu’ici, on ne peut pas dire que cette politique ait pu être contrée à l’échelle nationale. Un des problèmes, au-delà de l’acceptation de la stratégie postale par une majorité des organisations syndicales, réside dans le fait que ce plan social de grande envergure se déroule de manière plus ou moins larvée. Les réponses existent et se développent chez les facteurEs, mais elles sont calées sur le rythme de restructurations qui se font site par site, et ont donc des difficultés à converger, en dépit des efforts d’équipes combatives. Un des enjeux est de faire de la question de l’emploi un axe revendicatif offensif, détaché du calendrier patronal. Elle est en effet non seulement potentiellement unifiante pour les agentEs de La Poste, mais elle touche aussi, de manière évidente, à la question du service public… et donc aux usagerEs.

Édouard Gautier

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