Guerre contre le statut, guerre contre tou-TE-s les travailleur-E-s du rail

Le statut cheminot, voilà la cible de Spinetta et du gouvernement. Il pèserait sur la qualité du service public et engendrerait des coûts supplémentaires qui mettraient en péril la SNCF face à l’arrivée prochaine de la concurrence. En le dénonçant comme un ensemble de privilèges exorbitants que la SNCF n’aurait plus les moyens de payer, et en proposant de ne plus embaucher sous ce statut, le gouvernement attaque en fait touTEs les travailleurEs du rail. 

Quid de ce spectre tant décrié ?

Actuellement la SNCF compte 10 % de cheminotEs hors statut : ceux qu’on appelle les contractuels (CDI ou CDD), les emplois d’avenir, les intérimaires. La direction a multiplié les différents types de contrats au cours des dernières années. Sans compter les nombreuses activités externalisées ou sous-traitées, auparavant exercées par des cheminotEs au statut. C’est le cas des travailleurEs qui font le ménage dans les locaux de l’entreprise, les gares et les trains, d’une partie des collègues qui effectuent les travaux de réparation et d’entretien du réseau. C’est aussi le cas de touTEs les salariéEs des entreprises privées de services en gare.

Quant aux embauches à la SNCF, 25 % se font aujourd’hui hors statut. Ces chiffres sont des moyennes : dans bien des services, la proportion est plus importante. Le nombre de cheminotEs au statut est donc déjà en forte baisse. Et le phénomène n’est pas nouveau : en juin 2012 déjà, le quotidien les Échos avait titré « Comment la SNCF réduit peu à peu la proportion de cheminots dans ses effectifs », démontrant que les suppressions de postes (environ 2 000 par an) dans l’entreprise SNCF et le développement de filiales de droit privé appartenant au groupe SNCF engendraient mécaniquement une baisse de la proportion de cheminotEs au statut.

Spinetta et Macron-Philippe, en proposant la fin des embauches au statut, voudraient donc poursuivre, en l’aggravant, ce qui se fait déjà depuis plusieurs années. Et tenter d’enfoncer un coin entre les milliers de cheminotEs qui ne bénéficient déjà pas du statut, et ceux qui le conserveraient. Division, division... Mais les mesures annoncées apparaissent surtout comme une attaque contre les conditions d’existence de tous les travailleurEs du rail.

Ce que le statut contient...

Le déroulement de carrière : une partie du statut est consacrée aux notations, système par lequel des petits chefs décernent des notes avec possibilité de veto à l’avancement. La hiérarchie veut des cheminotEs dociles et entretenir la zizanie entre eux ! Mais il y a quand même quelques garanties, car une partie de l’avancement en rémunération se fait à l’ancienneté : des dispositions que le gouvernement, dans l’intérêt des patrons actuels et à venir, voudrait voir disparaître.

L’âge de départ à la retraite, un peu plus favorable que celui des cheminotEs qui ne bénéficient pas du statut même si à la suite des différentes réformes, l’écart a tendance à se réduire et l’alignement à se faire par le bas.

Le statut discute aussi des « garanties disciplinaires et sanctions », seul moyen de licencier unE cheminotE. Sinon l’emploi est garanti à vie, une contrepartie aux conditions de travail difficiles, en horaires décalés, aux week-ends et jours fériés travaillés, mais surtout une contrepartie aux bas salaires, gelés depuis 4 ans. Dans bien des services, si les salaires dépassent de peu le SMIC, c’est grâce aux différentes primes et indemnités pour le travail de nuit ou les dimanches et jours fériés, qui varient donc beaucoup d’un mois à l’autre. Bref, puisque vous avez l’avantage du statut, à une époque où sévit le chômage de masse, vous pouvez bien accepter des salaires minables ?

Donc rien d’extravagant dans ce fameux statut, et il faut aux commentateurs et journalistes de la presse bourgeoise une bonne dose d’anti-ouvriérisme pour qualifier de privilégiés les 134 000 cheminotEs qui en bénéficient (chiffres du bilan social SNCF 2016). 

Et ce qu’il ne contient pas...

D’autant plus que ce qui réglemente les conditions de travail n’a jamais fait partie du statut. Depuis 2016, cela fait l’objet d’une convention collective et d’un accord d’entreprise, ce dernier entérinant un certain nombre de reculs. Ainsi dans certains postes d’aiguillage, la durée de la journée de travail peut désormais atteindre 9 h 30 en moyenne. Tout ce qui touche à l’amplitude des journées de travail, à la durée des repos journaliers ou périodiques, au nombre de repos supplémentaires ou compensateurs pour travail de nuit, est contenu dans cet accord d’entreprise. Il est d’ailleurs possible qu’il puisse être revu à la baisse, service par service. Et pour faire passer cette attaque en 2016, il n’a pas été nécessaire de modifier une ligne du statut.

Ce « statut », qui ne protège pas de grand chose, est en quelque sorte devenu l’étendard avec lequel les Macron et Philippe partent en campagne contre les cheminotEs, en espérant que s’ils réagissent et se mettent en grève, les autres travailleurEs ne seraient pas tentés de les suivre. Parce qu’ils n’auraient pas les mêmes problèmes. Erreur : manque désastreux d’effectifs comme partout ; salaires trop bas comme partout. Alors oui : touTEs ensemble !

Lucien Astier

 

Le statut, une espèce déjà rare !

Le « cadre permanent », pour les cheminotEs, c’est avant tout la sécurité de l’emploi, ce truc qui fait se dire : j’ai un petit salaire, je bosse en horaire décalé, le dimanche et les jours fériés, mais au moins je ne peux pas me faire virer du jour au lendemain. Sauf qu’à la SNCF comme ailleurs, les patrons ne veulent plus de ce type de contrats, et ils n’ont pas attendu Spinetta. À l’espace de vente de la gare Saint-Lazare à Paris, les agentEs racontent comment le statut est depuis deux ans en voie de disparition. Plus aucune embauche au statut. Deux ans que le vide laissé par les salariés partant en retraite ou mutés est compensé par des intérimaires et des CDD. Alors le rapport Spinetta, la disparition programmée du statut, on en discute, on est révolté et on veut en découdre, mais on comprend surtout qu’il formalise et généralise ce qui se pratique déjà.

Julie Corrençon

 

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