Aucune raison d’accepter les suppressions d’emplois et les sacrifices chez Airbus

Airbus a annoncé la suppression de 15 000 emplois (soit 11 % des effectifs), dont 5 138 en France (Airbus et filiales). Le prétexte est bien sûr la crise du secteur aérien et la baisse de production de 40 % décidée afin de tenir compte des demandes de report de livraison faites par les compagnies (il y a très peu d’annulation de commandes : 66 connues au 2 juin... sur un carnet plein pour huit ans). Mais la direction se garde bien de parler des 40 milliards de profits réalisés ces dernières années et du cash dont elle dispose. Et l’annonce de 303 suppressions d’emploi supplémentaires dans la branche Defence & Space, alors même que les commandes de satellites affluent, montre bien que le coronavirus a bon dos. La direction d’Airbus, comme bien d’autres, veut profiter de l’opportunité de la crise sanitaire pour améliorer sa compétitivité (son obsession depuis des années). Notons que le gouvernement a donné aux quatre « grands » de l’aéronautique (Airbus, Safran, Thales, Dassault) les clés pour gérer 1,5 milliard d’aide à la filière : à eux de décider qui doit faire faillite, qui doit être racheté...

Le grand chantage

Dans un entretien paru dans la Dépêche du Midi mercredi 1er juillet, le PDG Faury disait qu’en France « un millier de personnes pourraient conserver leur poste si le chômage partiel est voté par le gouvernement ». Et selon lui, en recherche et technologie, le gouvernement envisage des financements tels que « entre 400 et 500 personnes peuvent être protégées ». Peu après, de Normandie le secrétaire d’État parlait de 2 000 emplois « sauvables »... La direction d’Airbus a mis visiblement la barre haut pour obtenir des cadeaux des gouvernants… et des syndicats ! En effet, en France, il s’agit désormais de négocier un « Accord de performance collectif » (APC) en parallèle du PSE. C’est-à-dire de proposer aux syndicats d’accepter divers sacrifices pour prétendument sauver des emplois. Quatre mois de négociations commencent... avec des syndicats majoritaires (FO et CGC) qui veulent « à tout prix » faire baisser le nombre de suppressions ! Ils ont certes mobilisé environ 5 000 airbusienEs jeudi dernier et annoncé leur volonté de défendre aussi les travailleurs de la sous-­traitance (où la baisse de charge est de l’ordre de 50 %). Mais les patrons de la sous-traitance ont déjà commencé à annoncer des PSE (245 suppressions à Sogeclair, 174 chez Trigo Qualitaire), des Ruptures conventionnelles collectives (600 postes chez CGI) ou des APC (Derichebourg, DSI, Expleo). Et l’attitude de FO Métaux, qui a déjà signé deux APC chez Derichebourg et DSI, a de quoi inquiéter, même si le délégué central de FO Airbus menace d’occuper la place du Capitole « autour de barbecues et de palettes qui brûlent »… si la direction ne réduit pas le nombre annoncé.

Toute une filière à mobiliser

FO, CGC et CFTC appelaient à une manifestation des airbusiens mercredi 8 juillet, à l’intérieur du site Airbus, mais pas question de grève. La CGT (très faible à Airbus Toulouse, mais mieux implantée chez certains sous-traitants) appelle, elle, à une manifestation des travailleurEs de l’aéronautique d’Occitanie le 9 juillet jusqu’à l’aéroport de Blagnac, en lien avec les travailleurEs d’Air France. Une coordination des syndicats CGT de la filière se met en place.

Dans la sous-traitance, les réactions ont commencé aussi. Mais il est certain que seule une coordination des travailleurEs de la filière (et au-delà) permettra de répondre à l’attaque patronale massive qui s’amorce.

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