Réactualiser le combat pédagogique pour l’émancipation

La question de ce qu’on enseigne à l’école et comment on le transmet prend une grande importance dans la campagne pour les élections présidentielles.

Si on en croit la plupart des candidats des droites, la source de tous les dysfonctionnements de l’école tient en un seul terme : le « pédagogisme » 1. La solution serait donc dans l’enseignement de prétendus fondamentaux : la lecture, la morale et le roman historique de la France, où par exemple, la colonisation ne visait qu’à « partager [sa] culture aux peuples d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du Nord » (Fillon, le 28 août dernier).
Hollande, pendant son quinquennat, a détourné des préoccupations pédagogiques parfois légitimes pour ses réformes réactionnaires. Les rythmes scolaires à l’école ou les enseignements interdisciplinaires en collèges ne sont pensés par le ministère que comme des moyens pour diminuer le temps d’apprentissage des jeunes, et donc réduire le « coût » de l’éducation et augmenter les inégalités sociales.
Dans ces conditions, la tentation est grande de penser que la pédagogie n’est qu’un artifice, qui nous éloignerait des revendications indispensables sur l’augmentation des moyens financiers pour enseigner et apprendre dans de bonnes conditions. Et de reléguer la pédagogie aux lendemains du « grand soir ».

La pédagogie au cœur du combat au sein de l’école


Le projet politique des droites comme du PS est une offensive idéologique et économique pour un retour à l’école de la IIIe République de Jules Ferry : le livret scolaire unique, numérique, permet de contrôler la main-d’œuvre, les rythmes scolaires de renforcer les différences éducatives entre quartiers riches et quartiers pauvres, les successions de nouveaux programmes diminuent les contenus culturels et l’autonomie des élèves et ainsi renforcent les inégalités sociales. L’offensive sur la morale et la désignation d’un ennemi intérieur, les exercices antiterroristes, incitent à penser le monde comme le théâtre d’une guerre de civilisation dans lequel la puissance de la France serait une protection.
Face à cela, nous opposons un projet global d’émancipation des jeunes. Il faut réactualiser les thèses des pédagogues du début du siècle. Le faire dans les classes, dès aujourd’hui, tout en continuant de nous battre pour améliorer les moyens d’enseignement et d’apprentissage, est un outil pour l’autonomie scolaire et politique des jeunes, ainsi que pour affaiblir l’État policier.
Dans les luttes, nous essayons de mettre en place des espaces de discussion et de prise de décision collectifs, nous établissons des rapports humains basés sur la coopération et l’entraide. Les pédagogies émancipatrices cherchent à transposer cela dans les écoles. Il ne s’agit pas de savoir si un mode de fonctionnement différent permet de finir les programmes, mais de faire émerger d’autres rapports entre les individus, qui correspondent plus aux rapports que nous voulons mettre en place dans une autre société.

  • 1. Néologisme inventé par Brighelli,ex-chevènementiste reconverti au FN. Lire à ce sujet l’École des Réac-publicains de Grégory Chambat, ed. Libertalia, 2016.

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