ParcourSup, loi Vidal : sélection généralisée 

Au-delà du simple changement d’APB en ParcourSup, la loi sur l’orientation et la réussite des étudiants (loi ORE) prévoit un bouleversement total du premier cycle universitaire. 

Avec la nouvelle procédure ParcourSup, qui remplacera APB (admission post-bac), ce ne sera plus le bac comme premier grade universitaire qui permettra de s’inscrire à la fac. 

Le piège des « attendus »

Dorénavant les futurs bachelierEs devront remplir des attendus, dont le cadrage national, rendu public en décembre dernier, reste volontairement flou. Ainsi, pour faire STAPS (sport), il faudra « manifester un intérêt pour l’exercice de la responsabilité collective, associative ou citoyenne ». Pour certaines licences de psychologie ou d’informatique, il est précisé qu’il faut manifester de l’intérêt pour les « disciplines scientifiques », sans préciser lesquelles. 

En réalité, ce flou est volontairement entretenu pour permettre à chaque université de définir ses propres « attendus ». 

Si l’on met ce système en relation avec la réforme du lycée préparée par Blanquer, on voit se définir un nouveau système renforçant encore considérablement les inégalités existantes. Les universités exigeront, pour suivre leurs licences, d’avoir suivi dans le secondaire telle ou telle option (par exemple les maths renforcées pour des licences de maths). Les profils plus « atypiques », notamment les bacheliers professionnels, se verront interdire l’accès à université. Enfin, la définition d’attendus différents d’une université à l’autre va renforcer considérablement les inégalités entre établissements, et donc casser encore davantage le cadre national des diplômes. 

La modulation, ou la sélection interne

C’est d’ailleurs le deuxième volet de la loi ORE, qui prévoit une refonte complète du premier cycle universitaire, dans la droite ligne du processus de Bologne. Jusqu’à présent, la licence se faisait en trois années, divisées chacune en 2 semestres. Chacun de ces semestres comportaient différentes unités d’enseignement (UE). Semestres et UE se compensaient entre eux pour permettre aux étudiantEs de valider leur licence. 

Avec la loi ORE, ce système est complètement chamboulé. L’inscription ne se fera plus à l’année, avec un tronc commun d’enseignements à suivre selon sa filière, et des examens à valider à chaque fin de semestre. Désormais, obtenir ses 180 crédits ECTS pour valider sa licence pourra se faire en 2, 3, 4 voire 5 ans. Les étudiants ne s’inscriront plus par année mais par modules (UE). On pourra donc valider plus ou moins de modules par semestre. À terme, ces licences modulables ne seraient plus définies par filières mais totalement individualisées. Ces licences seront organisées à l’entrée à l’université par la signature d’un « contrat de réussite » entre l’étudiantE et l’université. 

On voit tout de suite vers quel système on s’achemine : les universités orienteront les « meilleurs » bachelierEs vers les modules les plus sélectifs, synonymes d’excellence, avec un parcours en 2 ou 3 ans, tandis que les autres seront orientés vers les amphi et TD surchargés, avec des parcours en 4 ou 5 ans, et des options « professionnalisantes » dont la ministre a déclaré qu’elle souhaitait les développer considérablement. 

Ce caractère inégalitaire et ultra-sélectif de la licence sera d’autant plus renforcé qu’avec le système de licences modulables individualisées, c’en sera fini (comme l’a très clairement annoncé la ministre) des rattrapages et des compensations entre UE et entre semestres. 

C’est donc vers un système encore plus inégalitaire et sélectif qu’on se dirige, totalement adapté aux besoins du patronat (voir également page 8).

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