Mais pourquoi maintenir des bacs technologiques ?

Les voies technologiques du bac sont apparues en 1968, pour permettre d’augmenter le nombre de jeunes au niveau baccalauréat. Ces voies ont un intérêt particulier : arriver à mêler des enseignements généraux (français, histoire-géo, mathématiques) et des enseignements plus spécialisés (industriel, tertiaire, sciences médicales et sanitaires…). 

Le principal problème du bac technologique est d’être vécu, par une partie importante des jeunes, comme une voie de relégation par rapport aux bacs généraux (L, ES, S). Mais le lien, qui se veut étroit, entre les enseignements manuels et les enseignements intellectuels, permet néanmoins à de nombreux jeunes de s’affirmer dans leurs études, de gagner en confiance personnelle et ainsi de prétendre à les continuer dans l’enseignement supérieur. C’en est trop pour Macron et Blanquer !

Bacs technos = études courtes ?

La réforme Blanquer propose ainsi de maintenir les filières technologiques, avec un tronc commun ultra-réduit (français, histoire-géo, enseignement moral et civique, langue vivante 1 et 2, EPS), qui ne contient même pas les « humanités scientifiques et numériques » propres à la voie générale. À ce tronc commun s’ajouteront des enseignements facultatifs, dont nous ne connaissons pas le contenu à l’heure actuelle. Le problème est que pour faire des études supérieures générales, il est attendu (par ParcourSup) « d’être intéressé par la démarche scientifique » (pour une licence d’histoire, de sociologie ou de géographie et aménagement, par exemple). Voilà autant de filières qui seront, en l’absence des « humanités scientifiques et numériques », fermées aux bacs technos !

Même en licence d’économie ou de gestion, il est attendu de « disposer de compétences mathématiques et statistiques indispensables ». Il faudra donc que les élèves suivent un enseignement optionnel de maths s’ils veulent s’inscrire dans ces voies…

Dans cette optique, il ne restera aux bacs technos que des filières courtes (BTS, IUT) et sans doute quelques licences pros. Pis, le gouvernement n’ouvre aucune place supplémentaire dans ces filières, alors que le nombre d’élèves dans les voies technologiques explose. Il s’agit donc de laisser une bonne partie de ces jeunes sur le carreau, sans possibilité de poursuivre leurs études après le bac.

Pour un lycée polyvalent et polytechnique

Et pourtant les voies technologiques portent en germe le lycée que nous voulons pour tous les jeunes : une école qui mêlerait enseignements intellectuels et manuels, savoirs académiques (littéraires, scientifiques) et savoir-faire. Ce qui passe par l’arrêt du mépris à l’égard de cette voie, traitée comme une orientation de seconde zone, pour jeunes « moins doués » à l’école. Cela passe également par une autre vision de l’école, dont la structure ne doit pas en faire une instance de reproduction des classes sociales. Chaque jeune devrait pouvoir s’émanciper par les connaissances, en construisant sa propre voie scolaire. Ce qui ne sera possible que dans une école totalement révolutionnée, qui se construira sur les décombres de l’école actuelle.

 

Et les bacs pros ? 

Les bacs pros sont totalement absents de la réforme Blanquer. Ce n’est pas un hasard : un rapport va bientôt paraître à leur propos. 

Ce que l’on sait ? Les bacs pros seraient presque totalement dévolus aux chambres régionales de commerce et d’industrie, c’est-à-dire sous la coupe du patronat local. Ce dernier pourrait ouvrir ou fermer des filières en fonction de ses besoins, sans jamais se préoccuper du sort des jeunes qui suivent ces formations. De plus, les bacs pros passeraient presque tous en alternance, ce qui offrirait de la main-d’œuvre peu chère aux patrons, qu’ils pourraient renouveler régulièrement – tout en bénéficiant de subventions de l’État.

En réalité, en augmentant l’apprentissage (les fameux 500 000 apprentis promis par tous les présidents depuis 20 ans), le patronat a réussi à transférer les coûts de formation de ces nouveaux salariéEs à l’école elle-même.

Ce dont chaque jeune aurait besoin, pour affronter le « marché du travail », c’est plutôt d’une formation en droit du travail, faite par des syndicalistes, et plus généralement d’une maitrise des armes intellectuelles et manuelles, ainsi que des structures collectives, pour se défendre face à son patron. C’est en ce sens que devrait être réfléchie une véritable formation au monde du travail : cela signifie prendre l’exact contrepied des politiques « professionnelles » de ces 20 dernières années.

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