« America first » ?

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Économie
arguments

« À compter de ce jour, une nouvelle vision gouvernera notre nation : seulement l’Amérique d’abord », déclarait Donald Trump le 20 janvier, jour de son investiture...

«Acheter américain et embaucher américain », résume la pensée du milliardaire : menace de taxer les industriels qui délocalisent leur production, annonce de possibles taxes sur les importations, retrait du traité transpacifique (TPP) que Barack Obama avait signé, demande de renégociation de l’accord de libre-échange avec le Mexique et le Canada (Alena) ratifié en 1993 par Bill Clinton... Le président de « l’Amérique d’abord » prétend vouloir mettre un coup d’arrêt à la mondialisation pour défendre les travailleurs qui en seraient les victimes, les travailleurs américains bien sûr.

La mise en scène extravagante de la démagogie politicienne qui sert à justifier aux yeux de l’opinion ce virage politique ne peut en masquer les véritables objectifs : défendre les intérêts des multinationales américaines.

Un tournant lourd de conséquences

Les problèmes auxquels l’État US doit répondre peuvent se résumer dans les chiffres de son déficit extérieur abyssal, 475 milliards de dollars, quand, dans le même temps, l’Allemagne engrange un excédent de 300 milliards et la Chine de 265... Ainsi, la Chine et l’Allemagne détiennent de lourdes créances sur les États-Unis. Et cela dans un contexte de ralentissement du commerce mondial, alors que les flux d’investissements directs étrangers (IDE) dans le monde ont reculé de 13 % l’an passé.

Cette dépendance de la première puissance mondiale à l’égard des autres puissances, alors que l’économie mondiale ralentit voire stagne, impose à l’État américain un tournant vers une politique commerciale agressive. Certes, une telle politique n’est pas entièrement nouvelle : le libre échange « chimiquement pur » n’existe pas, et les USA ont su combiner le libre-échange avec des mesures protectionnistes en fonction de leurs propres intérêts.

Mais, aujourd’hui, un seuil est franchi qui bouscule la donne à l’échelle internationale. General Motors, Ford ou le géant de la distribution Walmart se sont prêtés au jeu avec d’autant plus de facilité que Trump leur promet une baisse du taux de l’impôt sur les sociétés, qui devrait passer de 35 % à 15 %, et la création d’une « taxe d’ajustement frontalier ». Les multinationales ne pourraient plus déduire le coût de leurs importations de leur revenu imposable. En revanche, les revenus tirés de leurs exportations ne seraient pas taxés.

L’ensemble de ces mesures ont des effets pervers : hausse du dollar, inflation qui seront aussi encouragées par la décision de liquider la timide réglementation financière élaborée en 2010 par Obama après la crise financière de 2008.

National-libéralisme

La guerre commerciale que déclenche Trump implique une guerre des monnaies. Il cherche à accélérer le démantèlement de l’euro, un « deutschemark implicite », en applaudissant au Brexit et en privilégiant des accords avec la Grande-Bretagne.

Les États-Unis entendent faire cavalier seul en matière de réglementation financière ou monétaire.

C’est cette volonté d’échapper à toute contrainte venant d’autres pays qui explique une décision apparemment absurde, la dénonciation du TPP. Cette alliance était faite pour organiser la domination commerciale des États-Unis en Asie contre la Chine. Mais dans la guerre commerciale qui s’ouvre, les USA veulent avoir les mains entièrement libres. C’est pour les mêmes raisons que Trump n’hésite pas à attaquer les « règles biaisées » de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

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Le protectionnisme de Trump, c’est un libéralisme total à l’intérieur des frontières, plus un État, son armée, qui interviennent à l’extérieur pour défendre les profits des classes dirigeantes. Une guerre contre les travailleurs et les peuples qui ne peut rester sur le seul terrain économique.

Yvan Lemaitre