Transports de substances radioactives : la dangereuse clé de voûte du système

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Écologie
arguments

Les installations de l’industrie nucléaire sont réparties dans toute la France : réception du minerai d’uranium à Sète et au Havre, traitement chimique à Narbonne-Malvési, enrichissement au Tricastin, fabrication de combustible à Marcoule et Romans-sur-Isère, production d’électricité dans 19 centrales nucléaires, retraitement du combustible usé à La Hague… sans compter les sites militaires (Valduc, Brest, Toulon…). Les substances radioactives doivent donc être transportées d’un site à l’autre. 

Rien que pour l’industrie nucléaire, chaque année plus de 130 000 colis radioactifs sillonnent le pays. Et plus de 700 000 autres colis sont transportés chaque année pour les besoins de la recherche, de l’industrie non nucléaire et de la médecine nucléaire. Plus de 90 % des colis sont acheminés par la route, les autres étant transportés par rail (500 convois par an selon la SNCF), air et mer.

Exposition du public à la radioactivité

Au quotidien, ces transports entraînent une exposition du public à la radioactivité, parfois à des niveaux non négligeables, voire supérieurs aux limites sanitaires, par exemple sur les aires d’autoroute ou les quais de gare. Comme l’a montré la CRIIRAD, certains convois émettent un rayonnement détectable à plusieurs dizaines de mètres.

C’est d’autant plus scandaleux que le transport des matières nucléaires relève du « secret défense » ! Les autorités ont même mis en place une réglementation dérogeant aux normes sanitaires. Alors que le public ne devrait pas être exposé à plus d’1 millisievert (mSv) par an, toutes activités confondues (hors sources naturelles et médicales), la réglementation « transports » autorise un débit de dose d’irradiation externe pouvant atteindre 2 mSv/heure au contact, et 0,1 mSv/heure à 2 mètres des véhicules transportant les colis.

De plus, un accident sur un convoi ­nucléaire pourrait avoir des conséquences catastrophiques. Les tests de résistance au choc et au feu ne sont pas tous adaptés. Sud Rail pointe les risques de collision entre deux trains et, pire encore, d’un train percutant un camion de combustible irradié sur l’un des nombreux passages à niveau sur les routes vers La Hague. Dans ces configurations, l’impact mécanique peut être supérieur à celui pris en compte dans les tests.

 

Récit d’un résistant au projet Cigéo à Bure

«Nos actions se durcissent : guérilla rurale, actions juridiques contre l’Andra, occupation de divers lieux, mais aussi implantation "officielle" de dizaines de militantEs dans le secteur. 

Face à cela, l’État tente de nous arrêter par du harcèlement quotidien : contrôles, gardes à vue, surveillance permanente, mitraillettes, hélicoptères, un véritable état de siège ! Mais rien ne nous décourage.

Le 23 septembre dernier, nous étions une centaine, issus de toutes les composantes de la lutte, à une AG spontanée du mouvement contre la poubelle nucléaire et son monde, pour répondre aux perquisitions qui nous avaient frappés trois jours plus tôt. 

On a souffert cette fois-ci car ce que les flics ont fouillé, ce n’est pas juste des maisons, ce sont nos vies, nos intimités, nos amitiés.

PerquisitionnéEs ou non, c’est la rage et la rancoeur qui nous habitaient ce jour-là et nous habitent encore.

Ils pensaient nous briser, en fracassant nos portes à coups de barre à mine ou en saisissant des dizaines d’ordinateurs, de téléphones, de courriers privés, mais au contraire ils ont renforcé la solidarité.

Partout, des rassemblements se sont organisés le jour même et des dizaines de comités de soutien ou de lutte se sont créés dans tout le pays. 

Ici, il n’est pas simplement question de sauver un territoire rural de l’enterrement que lui promet le nucléaire. Cette lutte concerne tout le monde.

Le projet Cigéo en Meuse est le dernier moyen pour l’État de gagner du temps face à l’accumulation des déchets radio­actifs. En le bloquant, nous portons un coup supplémentaire à l’existence de toute cette filière vacillante, depuis l’extraction de l’uranium au Niger, au Gabon… les centrales, jusqu’à la poubelle finale. Et nous questionnons aussi plus généralement la violence de l’État envers tout ce qui résiste.

Ce combat vaut le coup ! »

Si vous voulez relayer la lutte ou créer un comité chez vous, écrivez-nous : burepartout@riseup.net, et inscrivez-vous sur la liste bure-intercomites@lists.riseup.net.

 

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