L’Autorité de sureté nucléaire et l’EPR

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Écologie
arguments

Une poigne de fer et une chape de plomb

Pour imposer le nucléaire civil et militaire, le complexe militaro-industriel pratique depuis 60 ans la politique du fait accompli et la loi du silence : négation de la dangerosité, omerta, flicage et répression.

L’ASN (Autorité de sûreté nucléaire) est aussi peu indépendante que son collège composé de cinq personnalités désignées par les présidents de la République, de l’Assemblée et du Sénat. Sans surprise, le 10 octobre, l’ASN a ainsi validé la cuve défectueuse de l’EPR, en dérogation aux normes qu’elle a elle-même édictées. Pour sauver les apparences, l’ASN avait lancé une consultation publique sur son projet d’avis sur la cuve. Comme la « consultation » sur la loi travail, la période choisie (du 10 juillet au 12 septembre) révélait la volonté du gouvernement, dont le chef Édouard Philippe a été lobbyiste d’Areva, de sauver l’EPR à tout prix. Quant à Hulot, sa fondation a pour généreux donateur EDF (100 000 à 460 000 euros/an, selon le Canard enchaîné).

Philippe et Hulot, aux abois face à la déroute financière et industrielle d’EDF (projet Hinkley Point, en Angleterre) et d’Areva (affaire Uramin, au Niger), n’ont plus que la répression pour imposer un modèle nucléarisé de plus en plus contesté, socialement et techniquement, avec les progrès des énergies renouvelables.

 

EPR, un réacteur loin d’être « en marche »

Les multinationales ont profité du chantier de l’EPR de Flamanville pour faire un maximum de profit, en employant une main-d’œuvre à bas coût et en sous-déclarant les nombreux accidents du travail (2 morts en 2011). Bouygues a été condamné en 2014 pour le travail au noir de 460 travailleurs détachés roumains et polonais, recrutés via une entreprise basée à Chypre, avec des contrats rédigés en grec… mais a été relaxé en 2015, histoire de sauver le chantier de Flamanville. La liste des malfaçons est longue : radier fissuré (dalle en béton armé de 4 mètres d’épaisseur qui supporte le réacteur), armatures oubliées, béton caverneux, défauts de soudure dans le circuit primaire, supports du pont polaire (qui manutentionne le combustible du cœur du réacteur) défaillants… Bilan à ce jour : six ans de retard et un coût multiplié par trois.

 

L’EPR face à la concurrence

La déréglementation du marché de l’énergie et l’apparition de nouveaux opérateurs exacerbent la concurrence qui fait rage entre capitalistes, dans un contexte mondial de baisse des programmes électronucléaires.

Le transfert de technologie du réacteur EPR en Chine (façon Airbus) annonce l’apparition de réacteurs 100 % chinois. Concurrencé par le ­réacteur étatsunien AP1000, l’EPR est trop cher (10,5 milliards d’euros) et trop puissant pour les pays émergents par rapport aux réacteurs coréens ou russes. Le réacteur ATMEA, développé par Areva et Mitsubishi, a du mal à trouver des clients. Dans ce marché concurrentiel, pour remplacer dès 2030 « des dizaines » de réacteurs en France, EDF et Areva étudient depuis trois ans un EPR nouveau modèle, version « optimisée » des EPR en construction à Olkiluoto (Finlande), à Taishan (Chine) et à Flamanville. Plus puissant et moins sûr (une seule enceinte de confinement au lieu de deux), il se veut plus « compétitif », avec un coût du kWh plus faible.

Mais selon les études marketing des VRP du nucléaire, l’avenir est aux mini-réacteurs « low-cost », qui pourraient être vendus partout dans le monde. DCNS (fabricant des sous-marins nucléaires français), le CEA, Areva et EDF étudient une mini-­centrale, 10 à 30 fois moins puissante qu’EPR (projet Flexblue). Argument technico-commercial : le refroidissement du réacteur est toujours assuré, puisque cette centrale serait immergée au fond des océans. Et on pourrait même en installer plusieurs en batterie le long des côtes !

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