Été d’urgence à Bure !

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Écologie
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C’est ainsi que les résistants de Bure appellent les trois mois intenses de mobilisation contre la décharge de déchets nucléaires...

En effet, l’État via l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) avait décidé de passer la vitesse supérieure. En plein cœur de l’été, 20 députés ont choisi pour une population entière d’accélérer le processus d’enfouissement en votant une « loi sur la réversibilité du stockage géologique ». Comme si la réversibilité était possible ! Avant d’avoir obtenu la moindre autorisation, l’Andra, au mépris des lois, a commencé à défricher la forêt de Bure prétendument pour faire des « investigations sismiques »... alors qu’il s’agissait en fait du début des travaux.

Elle a arrosé les collectivités locales, les associations, les entreprises et même les particuliers, à coups de dizaines de millions d’euros pendant 20 ans, a obligé les habitants à vendre plus de 3 000 ha de terres et de forêts, à coup de menaces à peine voilées, a triché sur les résultats de ses investigations et s’est fait prendre la main dans le sac à plusieurs reprises. Elle a colonisé le territoire et les esprits à grand renfort de publicités mensongères, de propagande massive, jusque dans les écoles, et finalement, a acquis une forêt de 200 ha au cours d’un échange rocambolesque avec une commune limitrophe de Bure, Mandres-en-Barrois. Afin d’éviter la colère de la population en majorité opposée, son conseil municipal s’était même réuni à 6 heures du matin...

Résistances !

Après avoir occupé la forêt pendant plusieurs semaines, s’en être fait expulser par des cohortes de gardes mobiles, après l’avoir reprise victorieusement au prix d’une lutte acharnée où les vigiles de l’Andra, armés de gourdins et de battes, se sont illustrés par leur brutalité, les résistantEs de Bure ont fait une pause toute relative en se retirant du bois, mais en érigeant plusieurs vigies en lisière de forêt.

Afin de « protéger ses travaux et son personnel », l’Andra avait décidé d’ériger un mur de 2 mètres de haut et de presque 4 kilomètres de long autour de la forêt.

Aussitôt assignée en justice par les opposantEs pour non-respect du Code forestier (défrichage sauvage) et du Code de l’urbanisme (construction sans permis), l’Andra a continué d’afficher sa suffisance en poursuivant inexorablement ses travaux, malgré les tentatives de blocage des sous-traitants par les résistants.

Plus d’un kilomètre de mur avait déjà été construit lorsque la justice a donné raison aux opposantEs, pour la première fois en 20 années ! L’Andra a été condamnée, sans être forcée par le tribunal à détruire son mur gardé jour et nuit par les forces de l’ordre omniprésentes. Une nouvelle manifestation joyeuse et déterminée a donc été décidée pour achever le travail juridique et « aider » l’Andra à respecter ses obligations légales.

« La magie de l’action commune »

C’est ainsi que le dimanche 14 août, en plein milieu d’un camp rassemblant des militantEs de toute la France qui a duré deux semaines, quelque 500 personnes se sont retrouvées afin de « remettre la forêt en état ».

Les opposants ont pu y pénétrer et gagné ! Les jeunes manifestantEs qui ont pris en main cette lutte prolongeant celle des opposantEs historiques résument parfaitement l’ambiance qui régnait ce jour-là : « À chaque pan de mur qui mord la poussière, le sol et l’air grondent de nos hurlements enlacés. Les sueurs et les mains s’arc-boutent aux sangles solidement arrimées, et, aux cris des "1, 2, 3 !, Allez !"». Le site Reporterre fait parler un opposant : « Un acte de sabotage collectif et joyeux. Trois générations sont présentes, des locaux, des militants historiques, des jeunes, des paysans, certains masqués, d’autres non. Des cultures politiques différentes se rejoignent dans la magie de l’action commune. Nous sommes tous contre le nucléaire et son monde de barbelés, de vigiles mercenaires, de béton armé, de pots-de-vin, de bureaucrates et d’experts méprisants. »

En mêlant occupation physique du territoire, sabotage et recours juridiques, les opposantEs ont dessiné les contours possibles d’un grand mouvement de résistance et gagné leur première bataille face au « croque-mort du nucléaire ». C’est bel et bien une superbe victoire, une humiliation totale et inédite pour les pouvoirs publics. Certes, la bataille est loin d’être gagnée, mais quelle joie de voir un mur tomber !

Tout au long de la période estivale, des centaines de personnes ont convergé vers Bure. La Maison de la résistance a connu de nombreux passages, un fort brassage. La médiatisation a été importante, et désormais, tout le monde sait situer sur une carte ce village perdu aux confins de la Meuse…

 

Mobilisation contre l’EPR de Flamanville

Le nucléaire occupe une place particulière dans les GPIIN à cause de la menace permanente de destruction qu’il fait peser sur l’humanité. Pour marquer notre refus d’une fuite en avant dans une technologie mortelle, pour exiger son arrêt, le NPA se mobilise et mobilise pour réussir le rassemblement des 1er et 2 octobre à Siouville-La Hague (Flamanville). À suivre...