Changer le système : on ne sortira pas des crises agricoles sans sortir du capitalisme

L’agriculture doit retrouver sa fonction, qui n’est pas de faire du profit mais de nourrir les populations en qualité et en quantité. Ce qui est incompatible avec l’agro-industrie. 

Les responsables des difficultés des paysanEs d’ici ne sont pas les paysanEs d’ailleurs !

Les paysanEs doivent pouvoir utiliser et partager leurs semences, élever des races d’animaux locales et adaptées, leur accès à la terre doit être garanti. C’est une agriculture locale dont les buts ne sont pas les exportations et la spéculation.

La localisation des productions est primordiale. Cela évitera que des ingrédients fassent 3 500 km avant d’être réunis dans un pot de yaourt aux fraises ! Ou que des crevettes danoises partent au Maroc pour y être décortiquées, puis retournent au Danemark pour être acheminées vers leurs lieux de commercialisation ! L’aberrante inventivité destructrice des capitalistes n’a pas de limites. Il faut développer l’agriculture vivrière permettant la souveraineté alimentaire. C’est-à-dire que l’agriculture doit permettre aux populations de se nourrir par elles-mêmes avec les productions locales, de saison. C’est la condition pour sauver le climat et nous sauver avec. C’est l’inverse du nationalisme qui ferme les frontières aux importations mais ne renonce pas à inonder les marchés et à faire crever l’agriculture des pays du sud. Contre ceux qui affirment que le mal vient de l’étranger et des étrangers, il faut développer la coordination, la solidarité, l’action commune des producteurEs pour refuser d’être mis en concurrence.

Une autre agriculture est possible

La préservation de l’environnement implique de cesser d’utiliser les intrants chimiques (engrais, pesticides, herbicides…) et de préserver la biodiversité qui est un bien meilleur rempart contre les maladies et les ravageurs. Mais il ne suffit pas de parler d’agriculture bio car bio ne veut pas dire écologique. Des hectares de serres chauffées de légumes bio ne peuvent en aucun cas être une solution souhaitable, pas plus que des productions ou des élevages qui reposent sur le travail d’ouvrierEs agricoles dont le statut est proche de l’esclavage, ou encore des élevages hors-sol dont les aliments proviennent de l’autre bout du monde.

Une politique agricole et agro­alimentaire anticapitaliste et écosocialiste offrirait un autre avenir aux salariéEs de la filière souvent surexploités et précarisés, avec des emplois nombreux, utiles et correctement rémunérés.

Des circuits courts de production, de transformation et de distribution, avec des ateliers de fabrication et des marchés locaux sous le contrôle des producteurEs, permettraient la reconstitution d’un tissu économique de proximité détruit par les industries agroalimentaires et la grande distribution. La reconstitution de ceintures vivrières autour des villes  combattrait le bétonnage, rendraient les territoires urbains plus résilients et permettraient aux urbains de se reconnecter avec les rythmes naturels des productions végétales.

Rendre sa vie au sol

Un autre mode de gestion du foncier, coopératif, traiterait la terre comme un bien commun associant droit d’usage et devoir de prendre soin.

Alors qu’il est urgent de changer le rapport entre les villes et les campagnes, le retour à la terre ne serait pas synonyme d’un retour au passé mais l’élaboration de formes de productions autogérées, égalitaires et créatives, une réappropriation des savoir-faire par celles et ceux qui produisent.

L’état des terres arables s’est considérablement dégradé, au point que certaines terres ne sont plus qu’un substrat minéral exigeant un apport massif d’intrants chimiques. Pour créer des systèmes agricoles réellement durables, il est indispensable de rendre sa vie au sol. C’est le but de l’agroécologie, qui recouvre des techniques comme la limitation du travail du sol, les couverts végétaux, la réintroduction des arbres au sein des cultures (agroforesterie).

Il n’y a pas une agroécologie qui viendrait d’en haut, mais des agroécologies qui varient en fonction des territoires, des cultures, des modes de vie. Cela n’exclut absolument pas la recherche, mais une recherche où paysanEs et chercheurEs travaillent ensemble.

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