Lyon-Villeurbanne : l’amphi Z, solidarités en actes

Ce que produit sur des vies humaines la xénophobie structurelle – celle alimentée, institutionnalisée, normalisée par les politiques étatiques – n’a d’égal que la cruauté et la barbarie. Les occupantEs de l’amphi Z en savent quelque chose.

L’amphi Z, c’est le nom attribué à un bâtiment à Villeurbanne, dans l’agglomération lyonnaise, ayant servi de centre de formation pour sapeurs-pompiers, laissé à l’abandon pendant plusieurs années et désormais occupé par des exiléEs. 

Chronique d’une exclusion sociale

Chassés de la gare Part-Dieu par les forces de l’ordre fin novembre 2017, puis de l’amphi C de l’université Lyon 2 trois semaines plus tard, ils et elles ont fait le choix d’occuper ce lieu avec le concours d’étudiantEs et de militantEs antiracistes. Depuis, beaucoup les ont rejoints : une lutte a commencé.

Mais sous le poids de la surpopulation – 200 personnes dans 64 chambres – en plein hiver où les multiples radiateurs dépassent les capacités vétustes du panneau électrique, ce qui était à prévoir a fini par arriver : un incendie s’est déclenché et a ravagé quelques chambres. Par chance, aucun mort, aucun blessé. Mais EDF, par mesure de sécurité, a coupé des câbles électriques, laissant le bâtiment sans lumière, sans chauffage et sans eau chaude, quand les températures descendent sous 0 °C. Qui de nous tiendrait une journée et une nuit dans ces conditions ? Une demande à la mairie de Villeurbanne de mise à disposition d’un autre bâtiment a reçu une fin de non-recevoir, alors que la ville regorge de logements vacants. Motif : les occupantEs ne représentent pas « un interlocuteur solide »... Un huissier est venu faire son boulot, une nouvelle expulsion est à craindre.

Un gouvernement xénophobe

Parce que les habitantEs de l’amphi Z n’ont pas la nationalité française, ces êtres humains font exception : ils et elles n’ont pas les mêmes droits que les autres, et leurs droits sont bafoués en toute impunité.

Chasse aux migrantEs, refus de l’hébergement, refus de l’asile, tri, obligation de quitter le territoire, expulsion : c’est le lot quotidien de ces exiléEs. Que demandent-ils pourtant ? Des papiers, le droit d’être logé dignement, d’étudier et de travailler : rien de plus que ce que la cinquième puissance économique du monde est en mesure d’offrir. Mais dans les faits, la politique menée par le gouvernement Macron est xénophobe : les étrangerEs sont condamnés à l’exclusion et à une vie misérable... s’ils ne sont pas roi, émir ou propriétaire de multinationale.

Et le pouvoir persiste et signe : les circulaires Collomb, le projet de loi sur l’asile et l’immigration prévu au vote du Parlement en avril et en procédure accélérée, renforcent violemment la répression à l’égard des migrantEs, comme si être réfugiéE, être victime du capitalisme et de l’impérialisme, était un crime.

Quand la colère renforce la résistance

Des habitantEs de l’amphi Z s’organisent. Alors que tout les pousse à sombrer dans la résignation, certains ont obtenu des inscriptions à l’université. Déterminés à construire un front antiraciste contre le gouvernement, une trentaine d’entre eux viennent de produire un appel adressé aux organisations lyonnaises pour un soutien financier qui leur permettrait de réserver un car pour participer à la Marche des solidarités le 17 mars à Paris.

L’objet de cette marche nationale répond intimement à ce qu’ils vivent et à ce qu’ils veulent obtenir pour améliorer leurs conditions de vie : la fin des violences policières, la liberté de circulation et d’installation, le droit au logement, à la formation, aux soins pour touTEs, la non-application des accords de Dublin, le retrait du projet de loi Collomb sur l’asile et l’immigration. Les derniers mots de leur appel respirent l’espoir : « Ils sèment la répression, semons la solidarité ! »

Ananda

 

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