Afrique du Sud

Entre crise et espoir

Démantèlement de l’apartheid contre maintien du système économique, c’était le compromis historique passé entre l’ANC de Nelson Mandela et le gouvernement de Frederik de Klerk dans les années 1990...

L’ANC, en alliance avec la COSATU, la principale centrale syndicale, et le Parti communiste sud-africain (SACP), s’est donc inscrite délibérément dans le libéralisme, en mettant en place une politique économique connue sous le vocable de GEAR (growth, employment and redistribution, soit croissance emploi et redistribution).

 

Un bilan désastreux

Concernant la croissance, l’Afrique du Sud se débat dans une crise économique liée notamment au ralentissement de l’économie chinoise qui importe moins de matières premières. Ainsi le groupe  minier Lonmin annonce la suppression de 6 000 emplois, soit 21 % de ses effectifs et pour Anglo American, 85 000 postes sur 135 000 devraient disparaître d’ici à 2018.

Quant à l’emploi, le pays a atteint un pic de chômage de 26,4 %, un des plus élevés depuis dix ans. De plus, le patronat mène des attaques sur la qualité des emplois en tentant de systématiser la sous-traitance, en favorisant le moins-disant social.

Et pour ce qui est de la redistribution, elle est bien effective... mais seulement pour les dirigeants de l’ANC qui ont largement profité du Black Economic Empowerment (promotion économique des Noirs) pour s’enrichir de manière éhontée, laissant la grande masse de la population dans la misère.

 

Crise morale

Cette crise économique s’accompagne aussi d’une crise de gouvernance des élites. Avant même d’être président, Jacob Zuma était accusé de corruption dans l’affaire de la société Thint, marchand d’armes et filiale de Thalès. Les poursuites judiciaires avaient été abandonnées pour des questions de vices de procédure. Un autre, Ramaphosa, ancien dirigeant syndical du NUM (National Union of Mineworkers, syndicat des mineurs), s’est transformé en homme d’affaires. Actionnaire de Lonmin, lors de la grève de la mine de platine de Marikana où 34 mineurs ont été assassinés, il a été accusé d’avoir fait pression sur la direction afin qu’elle ne cède rien aux grévistes.

De nouveau, Jacob Zuma est sur la sellette. Cette fois-ci, il est accusé de détournement de fonds publics. Sous prétexte de travaux de sûreté, 19 millions d’euros ont été dépensés par l’État pour aménager sa vaste résidence secondaire à Nkandla, avec construction d’héliports, piscines, auditorium, enclos à bétail, etc. Pendant que des millions de personnes continuent à vivre dans les townships...

Mais l’Afrique du Sud connaît un formidable potentiel de lutte, comme en témoignent la mobilisation  victorieuse des étudiantEs et une recomposition politique et syndicale prometteuse. C’est l’ambition de ce dossier de mieux faire connaître ces expériences.

Paul Martial

 

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