« 100 heures de vol de plus par an pour un navigantE, cela représente réellement 400 heures »

Entretien. Personnel navigant commercial (PNC), Sophie Reneux est déléguée du personnel Sud Aérien.

Pour les PNC, comment se traduiraient les mesures du plan Perform que voudrait imposer la direction ?

D’abord par une augmentation des heures de vol, avec évidemment un déclenchement des heures supplémentaires au-delà de 75 heures de vol pour ne pas avoir à payer de majoration. Il faut bien comprendre, ce que ne dit jamais la presse, c’est que 100 heures de vol de plus par an pour un navigantE, que ce soit un pilote ou un navigantE commercial, c’est bien plus que 100 heures de travail supplémentaire. Le temps de vol est seulement calculé entre la mise en route et l’arrêt des moteurs de l’avion ! Donc, cela représente réellement 400 heures de temps de travail en plus par an car il faut calculer sur le temps de présence au travail des PN, tous les temps d’activité entre chaque étape de vol proprement dite (embarquement, roulage, débarquement, briefing, temps d’attente en escale, navette de transport…). Et tout cela évidemment pour le même salaire !

Et si chaque PNC augmente ainsi, en gros de 15 à 20 % son temps de travail, même avec une croissance d’activité de 5 %, cela va évidemment créer du sureffectif. Donc, plan A ou plan B, la direction compte bien supprimer des centaines d’emplois d’hôtesses et de stewards ! Augmenter le temps de vol, cela veut dire aussi diminuer le nombre de jours de repos,les temps de repos en escale... Toute une dégradation des conditions de travail.

Y a-t-il une solidarité entre toutes les catégories de personnel ?

En général, ce sont les divisions qui prédominent. La direction s’applique à diviser entre catégories, navigants d’un côté, personnel au sol de l’autre. Pour beaucoup de personnels au sol, les navigantEs passent pour des privilégiés, et pas mal de navigantEs se considèrent au-dessus du personnel au sol. Et dans l’avion, il y a aussi souvent un fossé important entre les techniques et les PNC. Heureusement, aujourd’hui, il y a une réaction commune de toutes les catégories, même si elle est fragile. Pour l’instant, il y a une unité, on le voit dans l’intersyndicale, et on l’a vu ce 5 octobre.

Quelles sont les dégradations ­touchant les PNC déjà appliquées avec Transform 2015 ?

La plus lourde est la déstabilisation permanente des plannings de travail mensuel, en cas du moindre jour de maladie, de retard… et même à J-2 en cas de changement de la rotation décidé pour coller au maximum à l’exploitation. Cette insécurité permanente rend de plus en plus difficile l’organisation de sa vie personnelle et familiale.

Et en plus de cette pression, nous subissons de plus en plus de sanctions disciplinaires : si en un an, nous avons un retard, plus un arrêt maladie et un débarquement pendant une rotation, on est soumis à une sanction disciplinaire. De plus, la hiérarchie entretient un climat permanent de délation. Donc un climat à même de faire craindre à tout le monde un licenciement disciplinaire.

Avec les règles de représentativité, pour les PNC, seuls l’UNAC-CGC, l’UNSA et le SNPNC-FO négocient les accords. Que vont-ils faire face à la pression de la direction ?

Jusqu’à présent, tout le monde est dans l’intersyndicale. Mais cela est instable. Ces syndicats PNC subissent non seulement une forte pression de la direction, mais sont aussi le reflet de l’état d’esprit moyen des PNC. Beaucoup de nos collègues subissent mais relayent le boniment de la direction sur les difficultés d’Air France. Ils voient bien que l’adaptation permanente, les gains de productivité, se traduisent par des vols archi pleins et une pénibilité grandissante. Néanmoins, beaucoup acceptent le discours sur les difficultés financières qui seraient dues aux taxes ADP (Aéroports de Paris) qui seraient trop chères, la concurrence des compagnies du Golfe et des low cost. À part Sud Aérien, tous les syndicats PNC relayent ce discours qui de fait démobilise les personnels.

Néanmoins, jusqu’ici, l’unité tient. C’est pour cela d’ailleurs que la direction a lancé depuis lundi des réunions bilatérales, syndicat par syndicat, catégorie par catégorie, pour essayer de briser cette unité. Donc, les jours qui viennent sont décisifs.

Propos recueillis par nos correspondants

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