10 ans après la chute de Lehman Brothers, la crise sans fin du système capitaliste

Le 15 septembre 2008, la faillite de Lehman Brothers, avec ses 27 000 employéEs, déclenchait la plus grave crise du capitalisme depuis celle des années 1930. Ces jours derniers, des chroniqueurs financiers se montraient très alarmistes, craignant un nouveau krach ; comme si aucun enseignement n’avait été tiré pour l’éviter…

À l’époque, les économistes, hormis une poignée, n’avaient rien vu venir. L’effet de sidération et le besoin de comprendre ont été tels que des références marxiennes sont apparues dans les médias. Patrick Artus, responsable économique de la banque Natixis, membre du conseil d’administration de Total – et donc au cœur du système – déclarait en février dernier que « la dynamique du capitalisme est aujourd’hui bien celle qu’avait prévue Karl Marx » et que la logique de cette dynamique lui semblait « implacable ». Diantre !

Les envolées des bourses ne peuvent dissimuler une situation économique calamiteuse et insoutenable concernant le montant des actifs financiers et celui de l’endettement. Entre 2003 et 2016, le premier a progressé de 143 000 milliards de dollars à 340 000 milliards, et le poids de la dette privée et publique est passé de 116 % du PIB mondial, en 2007, à 225 %, pour atteindre 134 000 milliards. Ces chiffres ont-ils encore un sens ? Comment tout cela va-t-il finir ? Le spectre du « perfect storm » hante toujours les marchés. 

En dépit d’efforts pour reconstruire une théorie économique pseudo-scientifique qui a failli, aucune leçon fondamentale n’a été tirée. Artus a raison : seul le marxisme propose des outils d’analyse pour comprendre cette nouvelle crise. Ce dossier se propose de le montrer. 

LF

 

Chronologie 

Une crise qui n’en finit pas

1. Le néolibéralisme d’avant-crise

• Dans l’OCDE, une croissance limitée avec des cycles de ­croissance plus accentués

• Des crises financières à répétition : krach boursier (1987), crise des caisses d’épargne US (1987), crise mexicaine (1994), crise asiatique (1998), crise de la « nouvelle économie » (2001)

• Un taux de profit qui, après s’être très partiellement rétabli, a recommencé à reculer à partir de 2006

2. Le krach : 2007-2008

• 2006 : ralentissement du marché immobilier US, support d’une pyramide de crédits

• 2007 : crise immobilière aux États-Unis ; non-remboursement des crédits immobiliers 

• 2008 : faillite de la banque ­Lehman Brothers ; crise ­financière mondiale

3. La crise économique : 2009-2010

• 2009 : crise économique mondiale qui affecte surtout l’OCDE

• 2009-2010 : réaction des États qui creusent les déficits publics. Mesures massives de soutien aux banques sans contrepartie. Soutien temporaire à un certain nombre d’activités et d’entreprises. Une spirale du type 1929 a été évitée.

4. Phase II de la crise : 2010-2013

Après un redémarrage limité de la croissance et la mise en place des politiques d’austérité

• Crise de la dette en Europe à partir de 2010

• Rebondissement de la crise bancaire en Europe en 2012 avec l’État espagnol

• 2012-2013 : nouvelle récession en Europe et croissance modérée aux USA

5. Phase III de la crise : depuis 2014

• Faible croissance dans la zone euro, croissance inégalitaire aux USA

• Chine : montée de l’endettement, incertitudes

• Bulles financières : accumulation de dettes, marchés financiers dopés par les politiques monétaires (taux d’intérêt très bas, achats de titres)

• Risque de défaillance d’une grande banque, avec réaction en chaîne sur d’autres grandes banques.

• Impact possible de la hausse en cours des taux d’intérêt US. Elle conduirait à une explosion des bulles en commençant par les pays émergents, avec des répercussions sur le reste de la finance mondiale.

Pendant la crise, les rapports de forces mondiaux évoluent (montée de la Chine) et les tensions internationales montent : contradiction entre internationalisation des processus de production/renforcement des multinationales, et regain des conflits entre États.

En arrière-plan, la crise écologique pose avec acuité le problème des limites du capitalisme… 

Henri Wilno

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