Résolution sur la situation sociale et politique

Résolutions adoptées par le CPN du NPA les 19 et 20 janvier 2019.

 

Être à fond dans le mouvement, l’unifier et le renforcer pour qu’il gagne

Nous ne devons avoir aucune réticence sur l’investissement dans le mouvement. Il faut participer aux luttes telles qu’elles sont, avec leurs faiblesses et leurs préjugés, faire les expériences avec celles et ceux qui luttent, sans peindre la mobilisation en rouge mais en gardant en tête que c’est dans l’action que la conscience évolue.

Les enjeux principaux dans l’intervention de l’organisation sont : l’unification de notre classe et le renforcement de la mobilisation. Cela suppose de se battre pour des revendications unifiant notre classe, en opposition à Macron mais aussi au patronat, de renforcer l’indépendance et la radicalité politique de la mobilisationde Notre organisation ne peut pas être seulement un parti qui soutient la mobilisation. Nous sommes un parti militant, nous organisons en ce sens une intervention dans la lutte de classe en menant une orientation que nous défendons tout en construisant ce mouvement de manière sincère.

Ainsi, dans cette mobilisation, les tâches de front unique se posent pour contribuer à unifier entre les Gilets jaunes et le mouvement ouvrier organisé. Il s’agit de construire tous les moyens de faire pression sur les directions syndicales et politiques pour que des secteurs s’engagent dans la bataille, en mobilisant pour les manifestations du samedi et pour aller sur les lieux de blocages, mais surtout en construisant des grèves afin de faire entrer la mobilisation dans les lieux de travail. Nous interpellons donc les cadres de front unique classiques tout en encourageant des appels larges, en particulier dans les syndicats, pour la participation au mouvement, la grève et la bataille pour les salaires et contre Macron.

Dans le mouvement, nous défendons l’auto-organisation, en encourageant les discussions à la base, la construction de plate-formes de revendications, de structures de coordination locales ou nationales, comme l’appel de Commercy.

Nos principaux axes

Sur le plan revendicatif, la question des salaires est la question clé. L’augmentation des salaires en fonction de l’évolution des prix, et gagner dès maintenant 300 vrais euros pour touTEs, c’est la meilleure façon de résoudre la question du pouvoir d’achat. La défense de revendications sectorielles peut permettre de solidifier la mobilisation en lui donnant plus du contenu et en montrant que tous les secteurs ont à y gagner. Dans les entreprises, cela commence à se discuter, notamment autour de la demande de la prime de 1000 euros dont Macron a parlé, et du prélèvement la source. Dans plusieurs boîtes, les syndicats ont été bousculés par les salariéEs et demandent au patron que la prime soit effectivement versée alors que très peu d’entreprises ont prévu de le faire. La question de l’augmentation des salaires et façon globale de l’ensemble des revenus (salaires, pensions et indemnité pour les privéEs d’emploi) peut être un puissant unifiant.

En voulant dégager Macron, le mouvement pose des questions démocratiques et celle du pouvoir. Par le RIC, par les manifestations et les AG s’expriment l’aspiration à décider et l’illégitimité du pouvoir de Macron et des institutions actuelles. Nous devons encourager cette critique et proposer des perspectives qui remettent en cause l’ordre bourgeois. À cette étape, étant donnée le faible degré d’auto-organisation et la fragilité du mouvement, il s’agit surtout de critiquer, de revendiquer de dégager Macron. Néanmoins, il est possible d’apporter également des discussions sur la révocabilité et le salaire des élus, la Constituante, la proportionnelle, le refus du pouvoir présidentiel. Nous devons expliquer, et c’est très facile, que ni les élections européennes ni le Grand débat ne résoudront le moindre problème. La question est bien de rompre avec la démocratie représentative qui permet aux politiciens de faire ce qu’ils veulent pour défendre la classe dominante, et de construire une démocratie directe sur les grandes décisions et sur la production.

La répression et l’escalade liberticide doivent faire l’objet d’une campagne. La répression est déjà extrêmement élevée, avec un nombre d’arrestations inchiffrable, 6500 gardes à vue, 1000 condamnations et plus de 150 mandats de dépôts (soit des incarcérations immédiates). Si les violences policières ont été réduites dans la dernière période, notamment car le gouvernement tente de donner une image de dialogue pour installer le Grand débat, elles repartiront à la hausse lorsqu’il voudra opposer les Gilets jaunes qui discutent dans les mairies et ceux qui manifestent. La violence des flics, la tonalité martiale du pouvoir, la perspective d’une nouvelle loi « anticasseurs » sont en effet particulièrement préoccupantes. L’interdiction des flashballs et des lanceurs de balles de défense (LBD) est une des revendications centrales, avec l’exigence de l’amnistie pour les manifestantEs condamnés. La liberté de manifester est de plus en plus remise en cause, participer à des manifestations devient un exercice de plus en plus risqué. Ce sont les conditions même de l’action politique et de notre militantisme qui sont en train d’être bouleversées, et la fuite en avant autoritaire du pouvoir, qui va de pair avec son incapacité à reprendre la main, est des plus inquiétantes.

Le combat contre les préjugés racistes, nationalistes, sexistes, homophobes fait partie de notre positionnement. Le PCF et la FI n’ont pas hésité – avant de se raviser – à exprimer qu’il serait possible de discuter du mariage pour tous dans le cadre du RIC, montrant là leur volonté de se présenter comme un débouché électoral pour tous les secteurs du mouvement, y compris ceux qui peuvent reprendre des préjugés. Pour notre part, nous combattons toutes les idées réactionnaires dans le mouvement et essayons d’isoler et de virer les militants d’extrême droite à chaque fois que c’est compréhensible par la majorité du mouvement et que nous avons le rapport de forces.

Si la question de la transition écologique est un peu passé au second plan depuis les marches climat du 8 décembre, cette question resurgira immanquablement dans les prochaine semaines, notamment le dimanche 27 janvier. Elle mobilise en partie d’autres franges de notre camp social. Associée aux autres, l’urgence écologique rejoint celle de l’urgence sociale et démocratique. La genèse du mouvement des Gilets jaunes autour de la question du prix de l’essence montre la nécessité de les articuler.

Le mouvement est hétérogène, il faut que les révolutionnaires travaillent à son homogénéisation. Ce qui a pour corollaire d’éviter que chaque courant prenne des initiatives non coordonnées avec le reste du parti, car il faut au contraire entraîner très largement et tenter d’unifier.

Construire dans les secteurs

Pour que le mouvement franchisse un cap, il faut construire dans les différents secteurs. Dans certains endroits, cela a déjà une réalité (comme dans les Bouches-du-Rhône) dans d’autres nous avons un certain nombre de points d’appui. La réunion nationale public-privé doit nous permettre de construire cette intervention.

Dans la jeunesse et dans l’éducation

Nous avons vu au mois de novembre et de décembre des débuts de mobilisation dans les Universités et dans les lycées. Dans le même temps, les Universités font face aux conséquences de Parcoursup, de la sélection à l’Université mais aussi des conséquences de l’ensemble des réformes des dix dernières années qui ont changé complètement le visage des universités en France et accru la pénurie. La mobilisation de cette rentrée a permis de mettre des centaines d’étudiantEs en assemblées générales, en particulier sur la hausse des frais d’inscription des étudiantEs étrangerEs, mais elle fait face à des difficultés.

Dans les lycées, on se retrouve face aux mêmes difficultés, avec une attaque extraordinaire sur la réforme du bac dans les lycées généraux, et de la réforme de la voie pro de l’autre côté. Les conséquences de cette réforme sont sans précédent : individualisation des parcours, évaluation sur la base des compétences, casse du cadre national de diplôme et de la garantie collective sur le marché du travail, mise au pas idéologique de la jeunesse via des modifications conséquente des programme scolaire en histoire-géo, français, SES, généralisation du contrôle continu, réduction du nombre d’enseignantEs.

Symptôme de la situation politique plus générale, des cadres d'auto-organisation commencent à se mettre en place, débordant partiellement la politique des directions syndicales. C'est en particulier le cas des collectifs contre les réformes Blanquer et Parcoursup (CRBP) présents en Ile-et-Vilaine, Finistère, Haute-Garonne, Tarn, Ile-de-France, Châlon-sur-Saône, Nevers, Dijon, Charleville-Mézières, Nancy, etc. qui vont tenir une première coordination nationale le samedi 19 janvier. De même, quoique qu'avec beaucoup de confusions, le mouvement des "Stylos Rouges" témoigne d'un mécontentement et d'une certaine disposition pour agir, stimulée par le mouvement des GJ, pourtant pas toujours bien perçu en salle des profs.

C'est dans ce contexte qu'une intersyndicale du second degré (SNES, Sud, CGT, SNUEP, SNEP...) appelle à la grève nationalement le 24 janvier, en lien avec les organisations lycéennes (UNL et UNL-SD).

Pourtant jusqu'aux vacances, les directions syndicales avaient refusé d’organiser une bataille, alors même que le mois de décembre a vu un puissant début de mobilisation dans les lycées. Cela a été en particulier le cas dans les lycées populaires, qui ont fait face à une répression sans précédent.

Mais il y a des possibilités de construire la mobilisation en particulier maintenant que les DHG sont tombées, que les spécialités ont été réparties sur les établissements : autour des revendications sur le nombre d’élèves par classes, les salaires, contre la réforme du bac et du lycée, contre Parcoursup.

Nous devons contribuer à préparer la grève du 24 janvier en construisant les cadre d'auto-organisation pour que la mobilisation ait une suite et ne soit pas un coup d'épée dans l'eau. Il s'agit d'essayer de créer les conditions d'une grève reconductible massive.

Le mouvement des femmes

La mobilisation des femmes à l’international ces 5 dernières années prend un caractère de mouvement de masse, et pose la question de la grève comme moyen d’action et donc du lien au monde du travail. Mais c’est aussi un mouvement qui pose la question du système et de ces structures tout en posant une perspectives internationalistes. Ce mouvement s’est principalement construit sur la question des violences, la France n’y a pas échappé puisque le 24 novembre, la mobilisation féministe à l’initiative de Nous Toutes a été particulièrement massive : plusieurs dizaines de milliers de personnes.

Dans le même temps, les femmes Gilets jaunes ont commencé à s’organiser par elles-même en posant en particulier la question des salaires et des temps partiels. Les manifs de femmes permettent de faire un saut par rapport à l’organisation de femmes travailleuses. Ici aussi nous devons chercher à faire la jonction entre ces deux mouvements. Pour cela nous avons plusieurs points d’appui : la réunion nationale du 26 janvier à Commercy discutera des perspectives du mouvement et compte d’ores et déjà 800 inscrites des différentes villes ; l’existence des manifestations de femmes Gilets jaunes le dimanche dans différentes villes.

Nous défendons une orientation féministe lutte de classe :
la perspective de la grève internationale du 8 mars autour de la question des salaires mais aussi une grève de la reproduction sociale (qui permet de poser la question des tâches ménagères, des violences, du sexisme en général),
l’unité du mouvement féministe,
l’auto-organisation pour que les femmes prennent en main leurs affaires.

Les mobilisations pour le climat

A l’origine du mouvement des Gilets jaunes, Macron voulait augmenter les taxes sur l’essence et le fuel en essayant de faire croire qu’il agit pour le climat. Or cet argent n’est qu’un cadeau de plus aux entreprises productivistes. A l’opposé de ces taxes inéquitables, nous défendons des impôts progressifs pour financer des services publics du rail et de transports en commun, pour sortir du tout-voiture, du tout-camion. Le capitalisme vert reste une imposture.

Le pouvoir a tenté d’opposer l’urgence sociale à l’urgence écologique. Mais pour notre camp, l’écologie et le social ne sont pas en concurrence, bien au contraire : non seulement ce sont les plus pauvres qui sont les premières victimes des catastrophes écologiques mais, en outre, la sortie du capitalisme productiviste est une revendication éminemment sociale, qui pourrait créer des centaines de milliers, voire des millions d’emplois, et offrir de substantielles améliorations des conditions de vie pour les classes populaires. L’écologie est, elle aussi, une affaire de classe.

C’est d’un puissant mouvement unissant Gilets jaunes, associations, syndicats et partis... dont nous avons besoin pour imposer des mesures écologiquement efficaces et socialement justes : la sortie des énergies fossiles et l’arrêt du nucléaire, une agriculture écologique et paysanne, des transports publics gratuits... Pour cela, nous devons défendre la nécessaire expropriation des grandes entreprises du secteur de l’énergie, à commencer par l’emblématique Total, et poser la question de qui doit décider démocratiquement de produire ce dont on a besoin en prenant soin de la planète et de ses habitantEs !

Affirmer la nécessité d’une rupture avec le capitalisme et la perspective du gouvernement des travailleurs/ses

Parce qu'il est indispensable de montrer devant les travailleur-se-s qu'il y a une autre issue à la crise capitaliste que la fuite en avant dans le libéralisme ou la réaction populiste d'extrême-droite, nous avançons d'autres revendications que nous relions à la lutte pour un gouvernement des travailleur-se-s.

Dans notre matériel, dans les discussions, dans nos réunions publiques, dans les interventions de nos porte-parole dans les médias, nous défendons également des éléments plus propagandistes. En nous appuyant sur l'exemple vivant des AG de GJ et de l'AG des AG, en faisant le lien avec la crise du capitalisme, le rejet des classes dominantes et leur personnel politique, nous avançons des mots d’ordre transitoires. Sur les questions démocratiques, nous avançons la légitimité de celles et ceux d’en bas de gouverner, au contraire de Macron et des politiciens professionnels et des capitalistes. Nous avançons des mots d’ordre sur la gratuité des transports, la réquisition des grandes entreprises, à commencer par les boîtes qui licencient, en particulier Ford, une planification écologique, le contrôle des travailleur-se-s sur l’économie, et nous expliquons que seul un gouvernement des travailleur-se-s, gérant eux-mêmes et elles-mêmes directement leurs affaires pourrait appliquer un tel programme.

Cette orientation, nous la défendons dans le mouvement actuel des Gilets jaunes et dans les échéances pour la justice climatique, à commencer par celle du week-end du 26 et 27 janvier qu’il faut articuler avec la mobilisation actuelle, dans le sillage de ce qui s’est fait le 8 décembre dernier.

Les échéances électorales du printemps pourraient être un nouveau puissant révélateur de la crise sociale, politique et démocratique.

 

Motion sur les élections européennes

A cette étape, nous n'avons pas réuni l'argent nécessaire. Il est possible d'y arriver.

Le mouvement des Gilets Jaunes, la situation politique actuelle, nous montre que, plus que jamais, la nécessité de faire entendre une voix anticapitaliste et internationaliste aux prochaines échéances électorales des Européennes.

C'est pour cela que le CPN réuni les 19 et 20 janvier 2019 réaffirme que le NPA sera bel et bien présent aux élections du 26 mai prochain.

Un dispositif élargi au CPN est mis en place pour à la fois continuer à récolter l'argent nécessaire et constituer notre liste.

Le CPN de mars 2019 validera notre dispositif de campagne.

 

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