Résolution politique du CPN des 17 et 18 septembre 2016

Après un printemps rythmé par les luttes sociales contre la loi Travail “et son monde”, la classe dominante, s’est lancée dans une vaste contre-offensive contre le mouvement ouvrier. Elle a fait feu de tout bois. Le gouvernement s’est appuyé sur les attentats revendiqués par Daesh qui ont marqué l’été, à Nice, le 14 juillet, puis à Saint-Étienne-du-Rouvray, le 26 juillet, pour s’engager dans une nouvelle surenchère raciste et réactionnaire et, s’appuyant sur ces crimes. La droite et Valls ont surfé sur ce climat pour lancer une nouvelle campagne islamophobe contre le burkini. Dans cette situation, le patronat se sent encore plus les mains libres  pour licencier par milliers, à Alstom, SFR, etc.

 Le PS essaye de juguler la crise politique et de masquer la crise sociale. Il s’agit, pour nous, d’opposer à la surenchère sécuritaire, répressive et guerrière, à la haine et à une méfiance “ethnicisée”, la fin des discriminations, l'égalité des droits, la suppression de la pauvreté, du chômage et de la précarité, la fin de la vente d'armes aux dictateurs, l’arrêt des bombardements et le retrait des troupes étrangères notamment françaises. DAESH est pour nous une organisation totalitaire. Dans les territoires qu’elle occupe, elle fait régner la terreur, empêche toute manifestation démocratique et tout élément d’organisation des travailleuses et travailleurs, et réduit les femmes, en particulier, à l’esclavage. Nous la combattons non pas par les méthodes des gouvernements impérialistes mais par la lutte des peuples pour l’émancipation.

 

1. Les réponses sécuritaires et racistes du gouvernement, de la droite et de l’extrême-droite.

Les attentats ont été instrumentalisés par la combinaison mortifère des interventions guerrières au Moyen-Orient, du développement du racisme et de l’extrême-droite, de l’état d’urgence et son autoritarisme constitutionnel accompagné de nouvelles mesures liberticides. Ainsi, le soir même du crime de masse de Nice, et sans avoir le moindre élément quant à la motivation du meurtrier, le gouvernement s’est empressé de prolonger pour 6 mois l’état d’urgence. Dans le même temps, le projet d’une Garde nationale, supposé renforcer l’aspect militaire de la lutte contre le terrorisme, a été décrété. En réalité, c’est l’impunité de la police et la militarisation de la société qui sont renforcées par cette mesure. Marion Maréchal-Le Pen surfant sur cette vague a dit son intention de la rejoindre.

Au Conseil de défense du 22 juillet, Hollande a décidé d'intensifier l'intervention militaire au Proche-Orient, dans une région qui porte déjà les stigmates de la colonisation au nom de la « lutte contre le terrorisme » ou de la « stabilisation ». Dans un silence médiatique total, les bombardements de la France, des États-Unis et de la Russie provoquent de nouveaux massacres de civils.

Certains représentants de la droite ont appelé à créer des camps d’internement, fustigeant le respect de la Constitution de la Ve République. Une Constitution qui visait pourtant déjà à instaurer un régime « bonapartiste », un État fort et un État policier, aux dimensions d’un « homme providentiel ». Le mois d’août a été rythmé, politiquement et médiatiquement, par les réponses racistes face à ces attentats. Les arrêtés “anti-burkini” ont été le phénomène le plus médiatisé, monté en épingle, qui associe les femmes portant ce vêtement à des risques de troubles à l’ordre public et au soutien aux terroristes. Il s’agissait encore une fois de faire diversion face aux profondes préoccupations sociales de la grande majorité de la population mais aussi d'inventer un ennemi intérieur, le musulman, sommé de se positionner en défense de la République sous peine d’être soupçonné de collusion avec Daesh.

L’islamophobie est devenue le cheval de Troie du racisme classique. Ce discours est porté aussi par le gouvernement, en particulier Manuel Valls qui a soutenu les arrêtés visant les “burkinis” ne tenant même pas compte de l’arrêté du Conseil d’État, ce qui est un comble pour un Premier ministre qui n'a que la « République » à la bouche. Dans la foulée, Valls développe un discours républicain, nationaliste et réactionnaire vis-à-vis des femmes (Marianne présentée en mère nourricière) que la droite pourrait tout à fait s’attribuer. Le choix du président de la Fondation de l’islam de France, Jean-Pierre Chevènement, fait partie de cette stratégie, qui non seulement est loin de notre conception de la laïcité, mais aussi multiplie les provocations sur “la discrétion” des musulman-e-s et “la nationalité disparue” à Saint-Denis.

L’autre pan du racisme actuel, dans sa variante anti-immigration, a aussi connu des développements toujours plus préoccupants. Cet été, que ce soit à Calais ou à Paris, les évacuations de camps de migrant-e-s ont continué, tout comme les arrestations et le durcissement judiciaire des mineurs isolés étrangers. Dans le même temps, la mort d’Adama Traoré remet au centre de nos combats la lutte contre les crimes policiers et racistes, la revendication de vérité et justice.

A une échelle historique plus large, l'enjeu est autrement plus important : sur le dos des millions de musulman-e-s de France, mais aussi de tous les éléments potentiellement considérés comme étrangers – en particulier migrant-e-s, rrom-e-s et noir-e-s – il s'agit de stigmatiser toute une partie de la population du pays, stigmatisée comme « classe dangereuse ». Il se développe aujourd’hui une offensive idéologique venant de nombreux responsables politiques, visant à promouvoir une identité nationale qui se résume de fait à une identité blanche et chrétienne, unifiée autour d’un ennemi commun. Cette offensive vise parallèlement à diviser les classes populaires, à les détourner de la lutte sociale contre leur réel ennemi commun, la classe capitaliste. La condamnation de notre camarade Jean-Marc Rouillan à huit mois de prison ferme pour apologie du terrorisme s’inscrit dans cette logique de museler ceux qui n’acceptent pas le discours dominant.

Ces éléments combinés donnent tout son sens à la construction d’un mouvement antiraciste large et unitaire dont les premierEs concernéEs devraient être les premiers protagonistes. Il pourrait aussi s’articuler au combat antifasciste dans toutes ses dimensions (culturelles, syndicales, politiques, etc.). Le NPA s’engage dans la construction de la mobilisation du 1er octobre à Calais pour l’ouverture des frontières et le droit à l’installation. Et prend des contacts pour qu’existe dans les prochaines semaines une initiative de rue contre tous les racismes et l’islamophobie.

 

2. Contre la loi « Travail » et son monde

Des quatre mois de mobilisation contre la loi Travail se dégagent deux idées fortes et prometteuses :

  1. La mobilisation a consacré la rupture d'une partie des classes populaires avec le PS et son gouvernement.
  2. La puissance du mouvement a bousculé les appareils et la traditionnelle routine.

Malgré cela, le mouvement est resté, en termes de grèves et même de participation aux manifestations et malgré le soutien populaire, minoritaire numériquement. Sa longueur dans le temps démontre par contre la détermination des manifestant-e-s et des grévistes. Il s’agit d’une expérience politique inédite, puisque c’est la première mobilisation interprofessionnelle depuis 1981, sur des bases de classe et de gauche, contre un gouvernement de “gauche”.

Les formes d’auto-organisation et d’occupation des places publiques sont elles aussi inédites. Nuit debout en est une des formes les plus développées sur le territoire. Ce mouvement, qui consiste à occuper, prendre la parole et débattre dans l’espace public, a permis de réunir certaines composantes du mouvement social (étudiantEs, lycéenNEs, militantEs écolologistes, zadistes, militantEs féministes et queer, syndicalistes, intermittents du spectacle, travailleur-ses sociaux, précaires et chômeurs, militantEs du droit au logement…) et d’amener beaucoup de nouvelles et nouveaux à s’emparer des questions politiques, sociales, écologiques, démocratiques. Même s’il est resté loin d’avoir réussi à être un cadre d’auto-organisation pour les travailleurs en lutte.

Le mouvement contre la loi « travail » est l'expression d'une crise sociale profonde, qui touche toutes les couches de la société, qui exprime tous les malaises contre l’accélération brutale de l'offensive néolibérale, sécuritaire et réactionnaire, dans le cadre de la stratégie du choc engagée par le gouvernement après les attentats de novembre. Car les résistances sociales de ces 20 dernières années ont jusqu’alors limité les effets de cette offensive, et la bourgeoisie française veut maintenant imposer une déréglementation du marché du travail similaire à celle entreprise dans les autres pays européens. C'est le refus de cette offensive qui explique la profondeur du processus en cours.

Pour autant, il est impératif de résister aux tentations soit de penser que la mobilisation va reprendre sur sa lancée soit de considérer qu'elle sera effacée par les attentats, la politique sécuritaire du gouvernement ou par la promulgation de la loi.

Les dizaines de milliers de militantEs qui ont été les fers de lance du mouvement pendant quatre mois attendent des réponses à la question : pourquoi n’a-t-on pas gagné ? Que faire maintenant ? Pour le NPA, il s’agit de prendre toute sa part dans les prochaines actions contre toutes les attaques sociales à venir, l’exigence d’une politique au service des travailleurs, en défendant que seul un mouvement de masse, unitaire, auto-organisé, puisse obtenir des victoires. Il s’agit également de construire une réponse politique à la fois en terme de programme, de projet émancipateur et de force politique anticapitaliste capable de donner envie à celles et ceux qui résistent de se mobiliser sur un projet commun affirmant qu’une autre société est possible.

 

2bis. Une nouvelle offensive est en cours

Fort de leur succès sur la loi travail, le gouvernement et le patronat ont lancé une nouvelle offensive contre la jeunesse (mise en place de la sélection à l’entrée du Master) et le monde du travail.

Cette rentrée est avant tout marquée par la vague de licenciements à SFR, Alstom, Philips, Wolf, Lafarge, Intel, Latécoère, HSBC… Le chômage reste la préoccupation principale des classes populaires, et il y aura plus de 6 millions de chômeurs à la fin du quinquennat de Hollande. Comme toujours sur cette question, nous exprimons notre solidarité avec les travailleurs, tentons de contribuer à leur mobilisation et discutons des convergences possibles et nécessaires pour construire un rapport de force et, au-delà, avancer la revendication d’interdiction des licenciements et du partage du temps de travail.

Dans les hôpitaux également, la pénurie de moyens se fait sentir, avec la vague de suicide à Toulouse, la mobilisation au Rouvray. Nous continuons à travailler aux convergences possibles pour des moyens dans les hôpitaux publics et la défense du droit de grève.

Les attaques gouvernementales et patronales ne rencontrent pas de résistance unifiée et massive pour le moment. Il y a fort à parier que, d’ici la présidentielle, l’actualité soit émaillée de multiples mobilisations sans caractère de masse. Notre rôle, en tant que parti, est à la fois de contribuer à construire ces mobilisations tout en défendant des orientations pour la lutte : l’unité du mouvement, la grève comme moyen de construire un rapport de force, la convergence des luttes contre le gouvernement et le patronat pour obtenir de réelles victoires.

 

3. La répression, arme du gouvernement :

Les « chemises arrachées » des deux cadres d'Air-France le 5 octobre dernier avaient incarné pour de nombreux/ses salariéEs la révolte légitime face aux licenciements mais plus globalement la fierté de relever la tête face à la violence de classe quotidienne.

Le 31 août à l'aube, la police a embarqué deux dockers CGT du Havre au motif de « violence en réunion ». La riposte n'a pas tardé. Le port a été paralysé par une grève totale jusqu'à la sortie des syndicalistes.

Tous les tenants de l'ordre capitaliste, Valls en tête, se déchaînent contre celles et ceux qui résistent, les assimilant ouvertement à des « voyous » – voire des « terroristes » – et exigent que l'appareil judiciaire prononcent des sanctions lourdes et dissuasives. Dans la foulée, de nombreux cas de criminalisation de l'action syndicale, de la répression massive et violente des manifestations et des mesures d'exception contre les manifestantEs, la ministre du travail bafoue la décision de l'inspectrice du travail qui avait refusé le licenciement d'un délégué CGT à Air-France.

L'agenda anti-répression, ce sont des dizaines de manifestantEs poursuivi-e-s par une justice de classe revancharde qui tente ainsi de faire oublier la violence policière. Nous répondrons à chacun des rendez-vous en défense des personnes poursuivies. Mieux, nous participerons à construire une riposte large, unitaire. La répression n'est pas un dommage collatéral de la politique antisociale, elle constitue l'un des piliers du monde de la loi « travail » qui, partout – dans et hors des entreprises, dans les quartiers populaires – est antidémocratique et répressive.

En particulier, l’interdiction des manifestations ou leur encadrement par la police, les fouilles systématiques sont une restriction des libertés démocratiques inacceptable. Nous mettrons en œuvre divers moyens pour que le mouvement ouvrier s’y oppose (réunions unitaires, désobéissance dans des cadres collectifs larges…).

Le NPA participera et construira toute mobilisation large et unitaire contre la répression qu’elle soit contre les syndicalistes, les Zadistes, les jeunes et toutes celles et ceux ayant participé à la mobilisation contre la loi travail, les migrantEs et leurs soutiens et les jeunes des quartiers populaires.

Dans ce cadre, la mobilisation du 19 octobre à Amiens en soutien à Goodyear, constitue une initiative majeure pour chercher à unifier contre toutes les répressions.

 

4. Changer la société, pas le climat

Dans ce contexte de répression et d’affrontement politique avec le gouvernement, les luttes contre les Grand Projets Inutiles et Nuisibles occupent une place prépondérante. A Bure la mobilisation a enregistré un succès en obtenant l'arrêt des travaux de défrichement et en imposant la destruction du mur construit illégalement par l'ANDRA. Cette lutte, comme à une autre échelle à Notre-Dame-Des-Landes, se construit à la fois dans l'unité de différentes composantes du mouvement et l'expérience concrète d'un autre monde possible en rupture avec le capitalisme, le productivisme et les schémas autoritaires. A Notre-Dame-Des-Landes, alors que le gouvernement a clairement annoncé sa volonté de démarrer les travaux et d'en finir avec la ZAD à l'automne, la résistance s'organise avec en particulier le rendez-vous du 8 octobre. Malgré l'acharnement du gouvernement et toutes les tentatives (divisions, criminalisation, menaces, consultation bidon) la mobilisation reste très forte. Elle est marquée par une réelle politisation, des débats riches, l'unité et la détermination, mais aussi par la gravité face à la menace de plus en plus présente d'une intervention policière, voire militaire.

L'enjeu dépasse largement la question de l'aéroport, il s'agit ici aussi – et ce n'est pas seulement une formule – d'un choix de société : leur monde contre le nôtre. Ce qui s'est construit dans la lutte est un des rares exemples d'alternative réellement existante à opposer à la violence, à la dictature néolibérale, productiviste, répressive et destructrice. Cela peut constituer un affrontement central avec le gouvernement.

 

5. Crise politique

Dans ce contexte la crise politique et institutionnelle n’a jamais été aussi importante. Pour freiner sa chute abyssale dans les sondages, le couple Hollande-Valls s’est lancé dans une dérive à droite qui lâche toutes les vannes réactionnaires sur le terrain social et politique. Cela accentue encore davantage l’isolement du PS vis-à-vis des salariés et des chômeurs. Il est quasiment certain que Hollande ne pourra pas accéder au second tour, certains sondages actuels le donnent même quatrième, derrière Mélenchon.

Dans ce mouvement, le PS, à la veille de la présidentielle, est au bord de l’explosion. Hollande ne semble pas à cette étape être le candidat « naturel » de son parti comme il se l’était imaginé. Les candidatures au sein du PS se multiplient : Lienemann, Filoche et Hamon qui même si elles ont en fil rouge celui de la critique de Hollande et de son quinquennat, participent aux primaires du PS. Celle de Montebourg, elle, propose un « rassemblement national » et à cette étape ne s’inscrit pas dans les primaires. A ces dernières s’ajouteront peut-être celle de Macron et pourquoi pas de Valls qui a posé, ces derniers jours, les jalons d’une telle éventualité. Le scénario de Hollande se trouve donc fortement contrarié : lui qui pensait n’avoir comme concurrents que Mélenchon, Sarkozy et Le Pen, voit désormais se multiplier les candidatures sur son « espace politique ». On peut même se demander, au vu de son illégitimité largement partagée, si Hollande a encore un espace politique pour 2017... Au-delà des petits jeux de personnes, ce qui est enjeu, c’est bien le projet politique des « socialistes ». Car, sur le fond, Valls et Macron défendent et sont l’expression de la même chose : en finir définitivement avec la gauche classique, réformiste, la social-démocratie. Sa démission est révélatrice de la crise d’identité d’un PS de plus en plus à l’agonie.

A droite, les candidats de la primaire s’emparent tous et toutes allègrement des thèmes sécuritaires et racistes. Sarkozy a choisi d’axer sa campagne sur le duo identité-sécurité, chassant ainsi sur les terres du FN. Juppé a déjà annoncé un Etat – encore plus – fort. Et la Manif pour tous annonce son retour dans la rue en octobre. Mais, les candidats à la primaire de la droite annoncent aussi une guerre sociale d’ampleur. A l’ordre du jour, dans le programme de ces candidats : attaques antisociales contre les droits des travailleuses et travailleurs, austérité budgétaire dans la fonction publique, attaques contre les chômeurs et chômeuses et leur régime d’indemnisation, fiscalité... Ils proposent donc l’accélération des contre-réformes menées depuis cinq ans par Hollande.

Entre le PS de Hollande et Valls et les Républicains, il y a désormais un consensus. De plus, le personnel politique qui représente ces partis est usé jusqu’à la corde : Sarkozy, Hollande, Valls, etc. on retrouve les  responsables gouvernementaux de ces 10 dernières années, leur bilan et leurs magouilles collés sur leur front. Dans ces conditions, le FN n’a pas besoin de polémiquer, il tient son positionnement global et travaille à élargir son champ d’intervention, il donne à sa candidate une dimension de chef d’État pour récolter les fruits de la politique du PS et des surenchères de la droite. Elle mène actuellement une campagne sur le terrorisme, en développant l’idée que le pouvoir ne fait que reprendre, avec du retard, ses positions islamophobes et répressives.

Ce cas de figure n'est pas unique dans l'Union européenne. En Hongrie, Autriche, Grande-Bretagne et y compris l'Allemagne, l'extrême-droite a le vent en poupe. Quelques mois après le Brexit, qui est une crise politique de la construction de l'Union européenne, il faut inscrire au cœur de nos propositions la question européenne. Sans luttes transnationales à l'échelle européenne contre l'austérité, contre les traités de libre échange, pour la liberté de circulation et d'installation il y a fort à parier que c'est l'extrême-droite qui profitera de cette crise. Il est important de participer à toutes ces luttes.

Nous sommes sans doute les seuls, au niveau politique, à revendiquer une rupture radicale avec l’Union européenne et ses institutions néolibérales qui organisent un Hold-up sans précédent contre les acquis sociaux, la concurrence entre les travailleurs et qui décide en dehors de toute forme de démocratie, tout en le faisant sur des bases internationalistes et solidaires, pour une autre Europe, celle des travailleurs et des peuples.

A la gauche de la gauche institutionnelle, Mélenchon qui est depuis février 2016 candidat à l’élection, développe de plus en plus une campagne « nationale-populiste ». En effet, le centre de sa campagne est « l’indépendantisme français » : il est hostile au droit d’installation, aux travailleurs détachés entre autre, et affirme également que contre les politiques néolibérales seul le « levier de la nation » est la réponse. Sans oublier son soutien à Poutine, Bachar Al Assad… On le voit au lieu de combattre le climat actuel, il surfe dessus, espérant ainsi être le candidat de gauche du second tour. Nous devons tenir compte du fait que, pour de nombreux militants, le vote Mélenchon apparait comme pouvant faire mordre la poussière au PS au premier tour de la Présidentielle. Mais nous devons expliquer que ses orientations et la posture d’homme providentiel sont contradictoires avec l’aspiration à construire une force politique fondée sur l’action collective du monde du travail.

Quant au PC, il est plus que jamais dans l’impasse. Malgré les annonces des candidatures des uns et des autres, il espère toujours, comme il l’a montré pendant sa fête, rassembler les frondeurs, les Verts, Montebourg et même Mélenchon pour une candidature de rassemblement autour de l’orientation du plus petit dénominateur commun c’est-à-dire celle des frondeurs du PS, du « tout sauf Hollande ».

Il existe également, de larges franges qui tournent le dos à ce débat, qui rejettent les institutions mais aussi toute forme de politique, ce qui se retranscrit dans l’abstention, en particulier chez toutes celles et tous ceux qui se sont mobilisés ces derniers mois.

 

6. La question clé : La nécessaire représentation politique des exploitéEs et des oppriméEs

Dans cette situation, un fossé toujours plus grand se creuse entre la colère sociale d’un côté et les partis au pouvoir et les institutions de l’autre. Les débuts de la campagne présidentielle montrent une fois de plus cette caricature. Mais cette colère sociale n'a pas d'expression politique audible, visible, à part celle de Mélenchon qui a pour fonction de la ramener dans une sphère institutionnelle et chauvine.

Toutes celles et ceux qui s'affrontent aux choix politiques faits dans le seul intérêt des capitalistes doivent pouvoir faire entendre la voix et les besoins vitaux des classes populaires, des exploitéEs et des oppriméEs, de toutes celles et tous ceux qui n’ont que leur force de travail pour vivre. Nous avons besoin d’un parti indépendant qui soit aussi fidèle à leurs intérêts que le gouvernement l'est au Medef, qui se bat pour l’unité du monde du travail et de ses organisations contre le patronat et l’Etat, qui tire le bilan des échecs de ceux qui, en Europe, ont prétendu lutter contre l'austérité capitaliste sans s'affronter et en finir avec les institutions des classes dirigeantes. Il est nécessaire d’œuvrer à la construction d’une force politique capable de résister aux attaques immédiates tout en défendant une perspective pour la transformation révolutionnaire de la société, pour en finir avec le capitalisme.

Cette démarche doit s’appuyer sur les luttes existantes. Elle implique de débattre de cet objectif avec les oppriméEs et les exploitéEs engagés dans les luttes contre l’austérité, contre le racisme, contre les violences policières, contre l'impérialisme et les guerres qu'il engendre, pour les libertés et les droits démocratiques, pour la justice climatique... Nombre de ces luttes portent en outre en germe un autre monde en expérimentant d'autres façons de vivre, de produire et de décider démocratiquement, en faisant vivre la solidarité contre la concurrence, en contestant radicalement le système. C’est un enjeu de la campagne que nous voulons mener.

 

7. Une campagne présidentielle dynamique

Dans les semaines et les mois qui viennent, le NPA, ses militants, ses porte-parole et son candidat seront au cœur de l’action contre le racisme et l’islamophobie, la poursuite des attaques sociales, les projets inutiles et nuisibles et pour la convergence des luttes. On peut citer, par exemple, la journée nationale pour la gratuité des transports le 15 octobre. Le NPA soutient et relaie cette initiative.

Dans le même mouvement, nous avançons les thèmes qui sont ceux de la campagne de Philippe Poutou :

Nous mettons au cœur de notre campagne l’exigence de la transformation révolutionnaire de la société, de la rupture avec le système capitaliste, en partant des questions d’actualité et des préoccupations immédiates des classes populaires, et des aspirations qui se sont exprimées pendant la mobilisation. Nous cherchons donc à être identifiés sur quelques points simples :

a) Nous voulons porter la voix d’une opposition ferme à la politique du gouvernement, mais aussi contre ce système d’exploitation et de misère qui engendre les guerres et la destruction de la planète, une opposition des travailleurEs, des classes populaires, des oppriméEs.

b) Pour changer les choses, il faut donc imposer la réquisition des banques pour créer un monopole public bancaire, l’annulation de la dette, l’interdiction des licenciements, une augmentation générale des salaires, l’expropriation des grands groupes capitalistes, à commencer par ceux qui licencient.

c) Le droit à l’emploi, à un statut et à un salaire correct, c’est possible ! On peut, par la réduction massive du temps de travail, imposer des créations massives d’emplois dans tous les secteurs décimés par les plans patronaux. On doit également créer les emplois indispensables aux besoins fondamentaux (santé, éducation, prise en charge de la petite enfance et de la dépendance…) et les emplois nécessaires à la reconversion écologique.

d) Nous combattons toutes les politiques racistes et répressives actuelles, pour l’arrêt de l’état d’urgence et de la répression policière. Nous exigeons également le désarmement de la police, l’arrêt des contrôles au faciès, la fermeture des centres de rétention et la fin de la ségrégation spatiale, scolaire et médicale, l’ouverture des frontières, l’accueil des migrantEs, la liberté de circulation et d’installation, la régularisation de tous les sans-papiers, l'égalité des droits, le droit de vote de tous les résidentEs à toutes les élections. Nous combattons toutes les formes de racisme, en particulier l’islamophobie qui vise à créer des sous-citoyens et à mettre au pas.

Nous combattons toute la politique impérialiste française et revendiquons le retrait des troupes françaises et l’arrêt des bombardements.

e) Face à l’imminence de la catastrophe écologique, il faut rompre avec le productivisme et la logique de rentabilité. Il faut organiser le contrôle des travailleurEs et de la population sur la production dans la perspective de sa planification démocratique, en fonction des seuls besoins sociaux et dans le respect des contraintes écologiques. Il faut arrêter les productions inutiles et les projets destructeurs comme l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, sauver le climat en sortant des énergies fossiles et du nucléaire. Il faut développer des transports collectifs, publics et gratuits, garantir le droit à un environnement non pollué, permettre l’accès à une alimentation saine basée sur une agriculture biologique et paysanne.

f) La lutte pour l’égalité réelle exige de mener une véritable politique féministe et pro-LGBTI. Nous revendiquons le droit à la PMA pour toutes, l’égalité réelle des salaires, l’accès aux services publics, notamment l’accès à l’IVG, et la mise en place d’une éducation féministe. Nous défendons l’égalité entre toutes et tous, quels que soient son origine géographique, son genre ou sa sexualité.

g) Une rupture totale avec une échéance électorale entièrement centrée sur « l'homme providentiel » imposée par des institutions foncièrement antidémocratiques. Le problème n'est pas de changer de personnel, mais d’en finir avec ces institutions, de dé-professionnaliser la politique, d'interdire le cumul des mandats, d'organiser leur rotation, de plafonner la rémunération des élus, d'établir la proportionnelle intégrale, et d'instaurer leur révocabilité lorsqu'ils ne respectent pas leur mandat ; une rupture avec l’Union Européenne et ses institutions, pour une Europe des travailleurs et des peuples.

h) Un bulletin de vote ne changera pas la vie. Un véritable changement de société ne pourra venir que de grandes mobilisations sociales, lorsque les exploitéEs et les oppriméEs parviendront à prendre leurs affaires en main et imposeront leur propre gouvernement pour construire une autre société, débarrassée de toute forme d’exploitation et d’oppression.

C'est pourquoi le NPA met l'accent sur toutes les luttes qui portent en germe un autre monde et qui soulèvent les questions essentielles de la lutte des classes : Quels besoins sociaux ? Que produire ? Comment produire ? Qui décide ? Comment décider ? Bref la question de la démocratie, du contrôle par celles et ceux qui produisent les richesses dans toutes les sphères de la société.

Pour développer notre programme et nos axes de campagne, le CPN mandate l’équipe de campagne pour sortir rapidement du matériel : 4 pages, brochure…

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