Résolution adoptée par le CPN des 23 et 24 septembre.

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1/ Les éléments qui structurent la situation en France et en Europe

Partout en Europe, on assiste à un rouleau compresseur d’attaques libérales prenant appui sur la question des dettes souveraines, des impératifs de déficits budgétaires et des critères de convergences de l’Union Européenne. Les dispositifs mis en place – en France, lois travail 1 et 2, en Allemagne Hartz IV, en Italie le Job Act, en Grande Bretagne les contrats zéro heure – constituent une boîte à outil complète de remises en cause des systèmes de protection sociale, de redistribution, de la législation du travail. Ces attaques ont dégradé les conditions de vie, de logement, de retraite, de santé, les rémunérations et commencent à précariser en profondeur le salariat de l’ensemble des pays européens.

La violence de ces attaques a aussi affaibli les systèmes de rapports politiques et sociaux traditionnels sur lesquels reposent les Etats. Partout en Europe les « institutions » sont en perte de crédibilité et l’extrême droite se développe.

L’affaiblissement du consensus social entraîne mécaniquement un développement de l’Etat pénal, répressif, les attentats servant d’accélérateur à des mesures programmées.

Parallèlement, on assiste à une pérennisation des interventions militaires, de la solution policière à l’exode des migrants du Proche Orient ou d’Afrique.

Tout cela représente donc un contexte global qui impose des réponses globales et internationales.

 

2/ Crise politique en France

En France, la crise des deux principaux partis institutionnels n’en finit plus. Le PS en cette rentrée est divisé par son attitude à avoir face à la politique de Macron quant aux Républicains, il se déchire pour savoir qui va prendre le leadership du parti au prochain congrès.

Macron continue de concentrer toutes les contradictions. A la fois, il possède la plupart des leviers du pouvoir pour porter le mandat du MEDEF et de l’Union Européenne afin d’accélérer les réformes libérales et à la fois il est faible en termes de base sociale. L’objectif est de construire une société ultra-libérale au seul profit des capitalistes en réduisant voir en supprimant toutes formes de protection collective. Les attaques ne visent pas le seul Code du travail et les salariéEs du privé. La fonction publique, les jeunes, les cheminots, les retraités… tout le monde est concerné. Sans oublier, la pérennisation de l’Etat d’urgence.

Dans ce contexte, la crise profonde des partis institutionnels, PS et droite, va durer ainsi que la crise de représentation avec une instabilité maintenue en profondeur. Cela, en France comme ailleurs, va pousser les classes dominantes à développer des systèmes de gestion et de décision échappant de plus à plus au contrôle démocratique.

 

3/ Les mobilisations

On assiste à un émiettement politique et syndical accentué. L’élection de Macron a évidemment accéléré cet éclatement, dont on voit aussi les effets dans la sphère des directions syndicales, bien visible dans FO, mais également jusque dans la CGT et la FSU. En a témoigné, l’inertie totale des directions syndicales durant et au lendemain des campagnes présidentielles et législatives. Ainsi, dans la foulée de la manifestation du « 1er tour social » le 22 avril, le rassemblement autour du Front social a été le réceptacle d’une envie de réagir à la politique du gouvernement. Quelles qu’en soient les limites, il  a été utilisé dans certaines villes pour contribuer à la construction de collectifs unitaires larges rassemblant organisations syndicales, association et partis politiques et des mobilisations en juin et juillet dernier. Il y a eu aussi les regroupements unitaires autour de l'initiative Copernic. Dans tous les cas les initiatives sont relativement faibles, en deçà de ce qui est nécessaire.

 

La première journée de grève, le 12 septembre, aura donc été une réussite, avec 220 000 manifestants selon la police, 400 000 selon la CGT. A titre de comparaison, le 9 mars avait rassemblé entre 220 000 selon la police et 500 000 selon les syndicats. Les chiffres sont donc comparables, mais la situation est déjà différente. La seconde journée de grève, le 21 septembre aura observé un recul du nombre de manifestantEs dans toutes les villes : 132 000 selon la police et plusieurs centaines de milliers selon la CGT dont 55 000 à Paris.  Après cette journée, la CGT n’a pas appelé à une nouvelle journée interprofessionnelle même si 3 dates sectorielles existent déjà le 25 septembre pour les routiers à l’appel de la CGT et de FO, le 28 septembre pour les retraités et 10 octobre dans la fonction publique.

Premièrement, la mobilisation a été encouragée par les provocations du pouvoir sur les « fainéants » et sur la remise en cause du statut des cheminots. Dans les tournées à la SNCF comme dans les discussions diverses, on a vu la colère monter dans les derniers jours de la préparation de la grève. Les provocations visent à assumer politiquement un affrontement avec le mouvement ouvrier, la CGT en particulier, pour tenter d’infliger une défaite qui donne les coudées franches au gouvernement jusqu’à la fin de son mandat. Il s’agit de faire rentrer dans le rang les salariés combatifs, après avoir intégré les directions nationales de la CFDT et de FO. Mais il est possible que le gouvernement ait mal jaugé le rapport de forces. À la CFDT et surtout à FO, la politique du « dialogue social » rencontre des résistances conséquentes. 55 unions départementales de FO et 8 fédérations professionnelles ont appelé à la grève. La réaction des équipes militantes est très variable, entre celles qui ont été usées par le mouvement de 2016, celles qui au contraire s’y sont reconstituées.

La jeunesse n’est pas encore mobilisée réellement, en raison de la date très proche de la rentrée, qui rendait difficile la mobilisation des lycéens et quasi impossible celle des étudiants. Le 21, les premières AG étudiantes ont commencé à avoir une réalité mais reste tout de même assez minoritaire avec 400 étudiants en AG à Rouen et 200 à Paris 1. La mobilisation dans les lycées est quant à elle toujours quasiment inexistante. Ce secteur est clé pour donner à la mobilisation toute la puissance nécessaire à la mise en crise du gouvernement. Il n’y a pas à l’heure actuelle de secteur, en grève reconductible, comme les raffineries ou la SNCF, dans cette mobilisation. Si tout le monde aura entendu parler de la grève du 12, de la loi travail XXL, le mouvement ne représentera pas dans les prochains jours un phénomène politique quotidien. Cette dimension reste à construire et le caractère réellement interprofessionnel est déterminant. L’appel à la grève dans les transports routiers à partir du 25 est un premier pas, mais il est loin d’être suffisant.

Sur le plan politique, le terrain médiatique a été largement occupé ces derniers temps par la France Insoumise. Pour affirmer sa place de « seul opposition politique à Macron », et sans vouloir s’insérer dans la construction d’un front de riposte social et démocratique large, ils ont pris l’initiative politique du 23 septembre, une manifestation nationale à Paris. Cette journée a été une réussite pour la France Insoumise qui annonce 150 000 manifestantEs, vraisemblablement autour de 50-60 000. . Cela montre que cette date a été prise par de nombreuses personnes comme une date de plus dans la mobilisation contre la loi Travail sans drapeaux tricolores ni Marseillaise contrairement aux rassemblements FI de la présidentielle, même si JLM lui-même réaffirme la perpective électorale dans son discours de clôture.  Cette date montre aussi une aspiration à l’unité très forte d’une grande partie de notre classe qui est un point d'appui pour continuer la bataille pour un plan d'action pour la construction partout de la grève et de la mobilisation interprofessionnelle.

 

4      Nos tâches

- Le gouvernement tente de découper le mouvement, de diviser entre les secteurs. D’abord le privé avec la loi travail, ensuite le public et enfin les cheminots. Et la multiplication des dates de mobilisations de différents secteurs, en particulier l'annonce de la « journée fonction publique » le 10 octobre avant même la mobilisation interprofessionnelle du 21 septembre    affaiblit une nécessaire opposition globale.

Nous avançons donc la nécessité de rester unis pour construire le plus grand rapport de forces, de mettre un coup d’arrêt à la politique du gouvernement par le retrait des ordonnances, qui doit être la revendication fédératrice mais sans oublier les autres questions sociales et démocratiques.

-          Le cœur du travail reste de construire une grève de masse et reconductible dans le maximum de secteurs et d'autres formes de blocages. Nous ne gagnerons pas en effet par le seul empilement de journées d’action. Cela nécessite une argumentation sur le rôle de la grève pour bloquer l’économie et construire le rapport de forces. Les éléments d’auto-organisation peuvent modifier la donne, en permettant aux salariéEs de s’approprier les argumentaires, la lutte et sa construction. Il faut encourager les AG professionnelles, les phénomènes du type « Nuit debout » c’est-à-dire les AG de villes ou de quartiers. Cependant, il faut aussi avoir à l’esprit que des AG n’ont vraiment d’intérêt que si elles représentent un minimum les salariéEs et les jeunes mobiliséEs, s’il ne s’agit pas simplement du regroupement de militantEs d’extrême gauche dans le mouvement.

- Cela nécessite aussi une bataille politique pour construire une opposition unifiée au gouvernement sur le plan politique, social et démocratique. Cette bataille a été perceptible autour de la question du 23 septembre, mais elle reparaitra dans la prochaine période, face à ceux qui voudront incarner à eux seuls l’opposition au gouvernement, l’enserrer dans un cadre institutionnel ou freiner la construction du mouvement. L’enjeu est un affrontement de classe entre le président des patrons et la classe des travailleurs/ses, même si cette dernière est très diverse, éclatée par la précarisation.

-          Nous devons trouver des arguments qui donnent confiance dans les possibilités de gagner pour entrainer les collègues à envisager un mouvement qui dure. L’exemple de la construction de la mobilisation chez Deliveroo, peu connue en dehors de milieux très militants, est un point d’appui contre le fatalisme de la précarisation qui explose mécaniquement les solidarités et bloque le combat collectif. Les déclarations de Villepin rappelant que le CPE avait été retiré avant son application peuvent être utiles, dans ce qu’elles montrent que certains soutiens du gouvernement ne sont déjà pas si sûrs que la position de ne rien lâcher soit tenable, et donc convaincre que cela vaut le coup au-delà du 22 de construire une mobilisation pour le retrait de la Loi travail et des ordonnances.

-          L’unité du mouvement est un autre point décisif. Les trahisons des directions de FO et la CFDT pèsent. La séparation entre l’opération d’auto-affirmation de FI le 23 et construction des grèves le 12 et le 21, sous-tendue par la division/opposition entre « le peuple » et les salariéEs également. Nous pouvons faire facilement le lien entre la nécessité de l’unité de toutes les organisations qui veulent construire la lutte, syndicats comme partis ou associations, et la nécessité d’une stratégie pour gagner, avec la grève reconductible dans le maximum de secteurs, et des manifestations de masse. C’est de ce point de vue que nous avons abordé la question du 23 jusqu’à la fin de la Fête de l’Humanité : nous n’avons rien contre le 23, mais nous voulons que la mobilisation soit construite pour gagner, qu’elle soit donc unie et déterminée, ce qui passe par une réunion de toutes les organisations pour se mettre d’accord sur un plan d’action au-delà du 23. Malgré les réticences de FI et des organisations syndicales, nous continuons à mener cette bataille, en particulier dans les villes, où il est plus facile de gagner cette bataille que sur le plan national.

-          Le NPA doit également poser des questions politiques dans le mouvement. La première est de marteler que nous voulons le retrait des ordonnances. La second est de poser la question du pouvoir. Pas comme Mélenchon, qui demande le départ de Macron pour se poser lui-même en recours, pas comme le PCF qui refuse le départ de Macron car il respecte les « échéances démocratiques ». Mais nous devons rappeler l’illégitimité de ce gouvernement (16% des voix des inscrits au premier tour pour Macron à la présidentielle, mépris de classe affiché et provocant, personnalisation du pouvoir…) et expliciter en quoi son projet de société est contradictoire avec les intérêts des salariéEs et des classes populaires en mettant en avant nos mesures d’urgence et en expliquant que nous voulons donc en finir avec Macron et Philippe, que ce soit la rue, les salariés qui gouvernent. En montrant qu’une fois de plus, il faut refuser « la loi travail et son monde » (en intégrant le scandale l’Irma et les JO…) et en finir avec le capitalisme.

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