NPA : le débat continue

Dans le cadre de la préparation du prochain congrès du NPA qui aura lieu du 30 janvier au 1er février 2015, l’Anticapitaliste ouvre une deuxième fois (cf. l’Anticapitaliste n°266) ses colonnes aux cinq plateformes constituées.

Plateforme 1 : ConstruirDans le cadre de la préparation du prochain congrès du NPA qui aura lieu du 30 janvier au 1er février 2015, l’Anticapitaliste ouvre une deuxième fois (cf. l’Anticapitaliste n°266) ses colonnes aux cinq plateformes constituées.


Plateforme 1 : Construire un front commun contre l’austérité et le gouvernement, pour favoriser les mobilisations sociales et politiques

En France le projet Macron, attaque majeure contre les droits des travailleurs, concentre l’offensive bourgeoise et réactionnaire menée par le gouvernement PS-Medef. Pour son retrait, il faut une riposte la plus large possible, autour du collectif Alternative à l’austérité, des propositions de mobilisation des opposants à Thierry Lepaon dans la CGT, ou de tout autre cadre unitaire.
En Europe, les gouvernants paniquent face à la possibilité que la coalition antilibérale Syriza puisse l’emporter en Grèce : le FMI suspend ses « aides financières », le « socialiste » Moscovici est envoyé sur place « convaincre » de « bien » voter... Face aux exigences de la Troïka, quels que soient nos désaccords avec la direction de Syriza, avec la recherche utopique par Tsipras d’un compromis avec Juncker et Merkel, l’unité la plus large doit se réaliser pour s’opposer à la campagne anti-Syriza et faire cesser le chantage aux crédits dont sont l’objet les électeurs grecs.
Ici, en Grèce, dans toute l’Europe, c’est un seul et même combat pour faire reculer les politiques d’austérité, les privatisations, les destructions des droits collectifs.

Pour une opposition de gauche au gouvernement
Alors que l’extrême droite cherche à incarner le rejet du gouvernement, nous voulons convaincre que nous pouvons nous opposer au gouvernement sur la gauche. Notre priorité : dessiner un objectif politique avec et pour celles et ceux qui ne supportent plus le chômage, l’austérité, la répression, les grands travaux inutiles...
Le fondement de notre démarche est la mise en mouvement, pas la simple dénonciation des réformistes. Unifier largement contre le patronat et le gouvernement, avec comme critère : on s’oppose et on se mobilise pour faire échec à leur politique. Et quand d’autres que nous reprennent l’idée et les mots d’opposition de gauche, c’est une bonne chose parce que cela en renforce la crédibilité. Ce serait une erreur de l’abandonner sous prétexte de clarification.
Que le PCF cherche une nouvelle mouture d’union de la gauche plutôt que la mobilisation, c’est évident. Que Mélenchon poursuive ses propres perspectives, c’est évident aussi. Mais notre utilité n’est pas de prédire les trahisons. Là où nous avons un rôle à jouer, c’est de débattre, de se mobiliser, avec tous les militantEs et sympathisantEs, qu’ils soient au FdG, à la CGT ou non, qui regardent tristement ces divisions, et qui veulent vraiment que la société change, pour beaucoup sans savoir vraiment comment.

Dans la confrontation, construire
En construisant cette opposition unitaire à gauche du gouvernement, le NPA défend une alternative radicale, unitaire, anticapitaliste contre celle des réformistes, polémique contre la 6e République, le protectionnisme, contre l’illusion d’un gouvernement « un peu plus à gauche » avec les « frondeurs », Aubry et les Verts. Sa perspective demeure celle d’un gouvernement anti-austérité, s’appuyant sur les mobilisations et menant une politique radicalement anticapitaliste.
Nous sommes convaincus que la source des évolutions politiques est l’action, l’expérience vécue, qu’elles ne se produisent réellement que dans la mobilisation, face aux choix concrets. Ce n’est que dans la confrontation réelle que celles et ceux qui agissent et débattent font la clarté sur les options politiques des uns et des autres, pas dans le refus de cette confrontation.
Oui, plus que jamais, le NPA doit rester un acteur central dans le mouvement unitaire en opposition au gouvernement.

Pour la plateforme 1, Olivier Besancenot (75), Camille Jouve (75), Patrick Le Moal (76), Pascal Morsu (94), Gwendoline Saint-Brieuc (22), Roseline Vachetta (38)

Plateforme 2 : « Garder le cap » ou (re)construire ?

Les discussions se focalisent une fois de plus sur notre politique vis-à-vis des réformistes, du Front de gauche. La P1 dit : le recul est terrible, il faut interpeller le Front de gauche et ses composantes y compris pour les élections, un accord avec certaines de ses composantes serait souhaitable, il n’y a pas de salut sans unité. La P3 dit : il faut rompre avec les réformistes, partout, tout le temps.
Chacun garde son cap et dénonce les autres. Du coup, nous discutons peu de notre propre activité de parti au sein de la classe ouvrière et de la jeunesse…
Les choses devraient pourtant être simples : nous militons pour unir, dans les mobilisations, le monde du travail contre le patronat et son État. Cela suppose de batailler pour l’unité d’action, contrairement à ce que défendent les P3, 4 et 5.
Cette bataille, nous la menons sur la base d’une politique d’indépendance de classe pour renforcer aussi notre influence en la disputant aux réformistes, en opposition aux idées réactionnaires. Cela suppose d’abandonner des formules comme « l’opposition de gauche » ou le « gouvernement anti-austérité » maintenues par la P1 alors qu’elles sont reprises par le PC, Mélenchon voire les dissidents PS !
L’offensive des classes dominantes met en évidence la faiblesse des organisations de la classe ouvrière, institutionnalisées, intégrées à l’ordre bourgeois et incapables d’organiser la riposte. Cette paralysie laisse le champ libre aux forces réactionnaires. Même si la résignation perdure globalement en France, les travailleurs et les peuples, la jeunesse réagissent, se battent, résistent de mille et une façons dans bien des pays, ici aussi.
La situation en Grèce ou en Espagne le démontre, elle pose comme une priorité la nécessaire affirmation d’une politique anticapitaliste et révolutionnaire.

Une politique offensive
Nous devons partir des résistances pour reconstruire la conscience de classe, aider à changer le rapport de forces, contribuer à l’auto-­organisation, faire prendre conscience de la nécessité de faire de la politique pour défendre nos intérêts de classe. La crise dans la CGT est venue souligner l’importance de contribuer à structurer l’opposition à la direction, de structurer notre travail syndical, en lien avec notre nécessaire intervention politique sur les lieux de travail et non de nous limiter à « donner notre point de vue » comme le propose la P1.
Nous devons être offensifs dans les luttes, mais aussi et surtout défendre un programme, des perspectives anticapitalistes et révolutionnaires en réponse aux interrogations que suscite la crise.

Débattre et construire ensemble
La P1 accuse « les sectaires » qui « veulent construire des groupes révolutionnaires comme dans les années 70 » (!?) et répond à ce que nous disons par des généralités pour éviter les débats qui fâchent, la P3 veut donner « enfin » au NPA une « direction révolutionnaire » contre l’ancienne majorité ou le reste du parti.
Nous avons pour notre part la conviction que nos débats sont ceux de révolutionnaires honnêtes et convaincus, mais nos difficultés favorisent un repli sur des discussions internes déformées et déformantes.
La P2 n’est pas au milieu du gué. Elle est la seule plateforme constituée de camarades venant de toutes les anciennes tendances du NPA. Nous avons engagé un processus qui cherche à rompre avec ces faux débats pour donner un contenu pratique, dynamique, militant à notre projet de regroupement des anticapitalistes et des révolutionnaires. Cela suppose de revoir complètement notre fonctionnement. L’avenir du NPA appartient à l’ensemble de ses militantEs.
Nous n’acceptons aucune exclusive et sommes prêts à travailler avec toutes et tous pour que sorte de ce congrès une déclaration commune que nous avons proposée et que nous sommes en train de discuter.

Le comité d’animation de la P2

Plateforme 3 : Pour une nouvelle orientation et une nouvelle direction, en rupture avec l’adaptation à la gauche réformiste

Le débat préparatoire au congrès présente un paradoxe. Alors qu’une minorité du parti autour de la seule P1 continue à revendiquer l’orientation de la majorité sortante, les militantEs qui s’y opposent se retrouvent éclatés entre quatre plateformes distinctes.
Nous avions souhaité un cadre commun avec les camarades ayant formé les plateformes 4 et 5. Nous prenons acte de leur choix inverse, mais ne renonçons pas à mettre en œuvre les convergences importantes entre nous, notamment sur la nécessaire rupture avec une orientation polarisée par l’interpellation des réformistes et sur l’objectif d’un NPA révolutionnaire, utile et implanté dans le monde du travail et la jeunesse.
Pour ce qui est des camarades de la P2, ils et elles seront confrontés au congrès à un choix incontournable : soit servir de roue de secours à la P1 pour poursuivre les mêmes politiques (comme c’est actuellement le cas autour du collectif 3A), soit permettre que s’exprime la volonté majoritaire des militantEs d’engager une rupture avec celles-ci.
Voilà l’enjeu immédiat de ce 3e Congrès : savoir si pourra – ou non – s’y dégager une nouvelle majorité, qui rompe radicalement avec l’orientation des trois derniers congrès et qui dote le NPA d’une orientation permettant de relancer la construction du NPA sur des bases ouvrières, révolutionnaires et indépendantes. Une nouvelle majorité qui :
-  Défende une orientation réellement indépendante des appareils réformistes, politiques comme syndicaux, et oppose à leur politique de collaboration de classes une orientation de défense intransigeante des intérêts de l’ensemble des exploitéEs et des oppriméEs ;
- Vise à construire une organisation révolutionnaire non seulement en France, mais comme partie indissociable de la construction d’une organisation révolutionnaire internationale, et milite ainsi pour un regroupement des révolutionnaires issus de différentes traditions sur la base de campagnes communes et de discussions programmatiques ;
- Ait pour priorité les tâches de construction et d’intervention dans la classe ouvrière et dans la jeunesse, et présente dans chaque échéance électorale une option anticapitaliste et révolutionnaire indépendante.
La crise de la gauche sociale-libérale et réformiste — laissant un espace à l’émergence du FN, mais aussi à des phénomènes de radicalisation — doit nous alerter sur l’urgence d’une réorientation globale.
Le choix qui se pose devant nous peut se résumer ainsi : assumer pleinement notre rupture avec une gauche profondément adaptée aux institutions et discréditée aux yeux des travailleurs et des couches populaires ou continuer à être submergés par la crise que subit cette même gauche.
Une telle rupture ne peut pas se limiter à des changements de formule (« opposition du monde du travail » à la place d’opposition de gauche, « gouvernement anticapitaliste » à la place de gouvernement anti-austérité, etc.) comme le propose en grande partie la P2.
L’évolution de la situation en Grèce, avec l’avènement probable d’un gouvernement Syriza autour d’un programme assez minimal, présenté encore hier comme la matérialisation de la perspective de « gouvernements anti-­austérité », ne fera qu’accélérer les événements en Europe, ainsi que l’expérience des masses avec ce type de formation. Les défis vont donc être considérables et on ne pourra pas se passer d’un bilan d’une politique qui a profondément affaibli le NPA. Voilà le sens du vote P3 lors de ce congrès.

Plateforme 4 : Faire de la politique, oui, mais laquelle ?

«Indépendance, unité et radicalité » : c’est par ce slogan que les camarades de la plateforme 1 concluent leur texte et résument leur projet politique. Un slogan sur mesure, qui n’aura pas de quoi effaroucher le rassemblement pour une « opposition de gauche » au gouvernement que ces camarades appellent de leurs vœux. C’est que nous sommes un parti « politique », pas un simple « parti des luttes », pas un « super-syndicat », nous expliquent souvent ces camarades qui, paradoxalement, dès qu’il s’agit de notre intervention dans les entreprises, mettent la priorité à l’activité syndicale et très accessoirement à la présence politique.
Mais bon. Les luttes, c’est bien, disent-ils, mais il leur faut un « débouché politique ». Et vu « l’effondrement du mouvement ouvrier », le « faible niveau de conscience ouvrière »… bref, l’absence de luttes importantes, autant commencer par ledit « débouché ». L’ennui, c’est que vu « l’effondrement du mouvement ouvrier », le rassemblement en question « pour une opposition de gauche » ne rassemble… pas grand monde. à part nous. Notre trop petit parti en quête de levier démultiplicateur se trouve être souvent celui qui apporte le plus de forces militantes aux collectifs « unitaires », plus riches en sigles qu’en militants. Comme bien des camarades qui passent une bonne partie de leur énergie à faire fonctionner ces collectifs en font l’amère expérience. Le Front unique, c’est bien joli, mais nous ne sommes plus dans les années 1930 avec les bases ouvrières de la SFIO et du PC…
Illustration de ces derniers mois : la manifestation des collectifs 3A du 15 novembre dernier, contre le budget discuté à l’Assemblée. Notre parti en a fait son axe principal de mobilisation depuis l’été. Résultat : plutôt un non-événement (l’unité ne mobilise pas toujours). Mais néanmoins une occasion pour les médias de ne montrer dans leurs brefs reportages que les ténors du Front de gauche, Mélenchon en tête, quelques chefs syndicalistes ou membres d’Europe Écologie les Verts, sans oublier, événement notable, la présence de ces « Affligés du PS » plus frondeurs que les frondeurs. Quant au NPA, le prolétariat militant dévoué des collectifs, il est passé totalement inaperçu, tout comme sa « radicalité », fondue dans l’appel commun. Il n’y a vraiment pas de justice.

Alors, comment faire de la politique ? 
En sommes-nous réduits, par le biais de la politique réduite aux alliances, à jouer les mouches du coche auprès d’appareils réformistes eux-mêmes peu influents, mais rodés au jeu parlementaire et liés par mille liens aux institutions politiciennes et électorales ? Ce qui, on l’a vu, ne nous rend même pas « plus visibles », c’est le moins qu’on puisse dire.
Oui, il faudra que la classe ouvrière mène sa politique, c’est-à-dire forte de sa propre mobilisation, être en mesure de prendre la tête des contestations des autres couches exploitées ou opprimées de la société. Mais pour s’en donner les moyens, il lui faudra avoir comme perspective non pas l’unité des appareils syndicaux ou politiques de plus en plus intégrés au système et coupés de leur base, mais l’unification de ses nombreuses luttes aujourd’hui éclatées. Quant à notre parti, à lui de se donner les moyens de proposer cette perspective politique. Donc, priorité à nos efforts d’implantation dans la jeunesse et le monde salarié. Cela aussi, c’est faire de la politique.

Plateforme 5 : CGT : aider les syndiquéEs à chasser Lepaon… et toute la politique de collaboration de classe !

Les révélations se sont succédé sur les faveurs (auto-)accordées à Lepaon, toutes plus écœurantes les unes que les autres. Mais Lepaon n’est pas seulement un bureaucrate qui a profité de sa position pour s’enrichir. C’est aussi un lâche qui se défausse de toutes ses responsabilités. Mais, plus fondamentalement, il aggrave la politique de dialogue social de Thibault, il ne prend aucune initiative significative contre les attaques patronales et gouvernementales, et il s’est ouvertement assis sur les principes fondamentaux de la CGT : l’antagonisme entre les intérêts des travailleurEs et ceux des patrons, et donc la nécessité de la lutte des classes pour faire avancer les droits des travailleurEs.
Lepaon est donc un bureaucrate embourgeoisé dont il faut se débarrasser de toute urgence. La multiplication des réactions internes montre que la CGT n’est pas morte comme syndicat de classe contre le patronat. Nous ne devons pas nous contenter de commenter ces événements. Il faut se positionner contre tout replâtrage bureaucratique au sommet, et appuyer publiquement touTEs celles et ceux qui réclament un congrès extraordinaire. Car il faut que les militantEs discutent du fonctionnement et de l’orientation de la CGT. Il faut mener la bataille pour un congrès démocratique, en finir avec le document unique, l’interdiction des textes alternatifs et la désignation des déléguéEs par les sommets de l’appareil.
Le drame est qu’aujourd’hui il n’y a pas de courant organisé face aux bureaucrates. Il existe bien sûr des équipes syndicales combatives, mais celles-ci ne sont pas coordonnées. Du coup, elles sont marginalisées ou broyées par l’appareil. Des centaines de militantEs quittent la CGT par dégoût car elles/ils n’ont aucun outil pour résister aux bureaucrates. C’est un immense gâchis, et les organisations d’extrême gauche portent évidemment leur part de responsabilité, car elles n’ont pris aucune initiative pour organiser les militantEs lutte de classe face aux bureaucrates.
Des militantEs du NPA ou d’autres organisations ont par le passé essayé de construire cette opposition interne aux bureaucrates, mais elles/ils l’ont fait sans l’aide de leur parti. Une dynamique unitaire s’était créée en soutien à la candidature Delannoy contre Thibault en 2009. C’étaient les premiers moments du NPA, et la direction de notre parti a hélas ignoré cette opposition interne à Thibault. Pire, elle avait cru bon de rassurer les bureaucrates qui au printemps 2009 avaient accusé le NPA de vouloir influer sur l’orientation de la CGT : « Le NPA a tenu à dire à la CGT que sa crainte de construction d’un courant NPA dans la CGT était sans fondement ».

Depuis, la direction de notre parti n’a pris aucune initiative pour aider à la construction d’un courant lutte de classe intersyndical ou à l’intérieur de la CGT. Il faut que nous décidions enfin de mettre le parti au service de la constitution d’un tel courant. Ce combat est et sera porté par la P5 lors du prochain congrès du NPA et d’autres camarades partagent cet objectif. Il ne s’agit pas de court-circuiter la démocratie syndicale, mais de la restaurer et de prendre des initiatives pour aider au rassemblement des militantEs lutte de classe, pour la rupture de la CGT avec le gouvernement. Les discours sur « il faut un nouveau mai 68 », « il faut des mobilisations puissantes » ne peuvent que paraître pour ce qu’ils sont, incantatoires et abstraits, s’ils ne sont pas accompagnés d’une politique concrète de combat organisé contre les bureaucraties syndicales. C’est pourquoi nous portons centralement cette question au congrès, en lien avec notre projet d’un NPA communiste et autogestionnaire.e un front commun contre l’austérité et le gouvernement, pour favoriser les mobilisations sociales et politiques

En France le projet Macron, attaque majeure contre les droits des travailleurs, concentre l’offensive bourgeoise et réactionnaire menée par le gouvernement PS-Medef. Pour son retrait, il faut une riposte la plus large possible, autour du collectif Alternative à l’austérité, des propositions de mobilisation des opposants à Thierry Lepaon dans la CGT, ou de tout autre cadre unitaire.
En Europe, les gouvernants paniquent face à la possibilité que la coalition antilibérale Syriza puisse l’emporter en Grèce : le FMI suspend ses « aides financières », le « socialiste » Moscovici est envoyé sur place « convaincre » de « bien » voter... Face aux exigences de la Troïka, quels que soient nos désaccords avec la direction de Syriza, avec la recherche utopique par Tsipras d’un compromis avec Juncker et Merkel, l’unité la plus large doit se réaliser pour s’opposer à la campagne anti-Syriza et faire cesser le chantage aux crédits dont sont l’objet les électeurs grecs.
Ici, en Grèce, dans toute l’Europe, c’est un seul et même combat pour faire reculer les politiques d’austérité, les privatisations, les destructions des droits collectifs.

Pour une opposition de gauche au gouvernement
Alors que l’extrême droite cherche à incarner le rejet du gouvernement, nous voulons convaincre que nous pouvons nous opposer au gouvernement sur la gauche. Notre priorité : dessiner un objectif politique avec et pour celles et ceux qui ne supportent plus le chômage, l’austérité, la répression, les grands travaux inutiles...
Le fondement de notre démarche est la mise en mouvement, pas la simple dénonciation des réformistes. Unifier largement contre le patronat et le gouvernement, avec comme critère : on s’oppose et on se mobilise pour faire échec à leur politique. Et quand d’autres que nous reprennent l’idée et les mots d’opposition de gauche, c’est une bonne chose parce que cela en renforce la crédibilité. Ce serait une erreur de l’abandonner sous prétexte de clarification.
Que le PCF cherche une nouvelle mouture d’union de la gauche plutôt que la mobilisation, c’est évident. Que Mélenchon poursuive ses propres perspectives, c’est évident aussi. Mais notre utilité n’est pas de prédire les trahisons. Là où nous avons un rôle à jouer, c’est de débattre, de se mobiliser, avec tous les militantEs et sympathisantEs, qu’ils soient au FdG, à la CGT ou non, qui regardent tristement ces divisions, et qui veulent vraiment que la société change, pour beaucoup sans savoir vraiment comment.

Dans la confrontation, construire
En construisant cette opposition unitaire à gauche du gouvernement, le NPA défend une alternative radicale, unitaire, anticapitaliste contre celle des réformistes, polémique contre la 6e République, le protectionnisme, contre l’illusion d’un gouvernement « un peu plus à gauche » avec les « frondeurs », Aubry et les Verts. Sa perspective demeure celle d’un gouvernement anti-austérité, s’appuyant sur les mobilisations et menant une politique radicalement anticapitaliste.
Nous sommes convaincus que la source des évolutions politiques est l’action, l’expérience vécue, qu’elles ne se produisent réellement que dans la mobilisation, face aux choix concrets. Ce n’est que dans la confrontation réelle que celles et ceux qui agissent et débattent font la clarté sur les options politiques des uns et des autres, pas dans le refus de cette confrontation.
Oui, plus que jamais, le NPA doit rester un acteur central dans le mouvement unitaire en opposition au gouvernement.

Pour la plateforme 1, Olivier Besancenot (75), Camille Jouve (75), Patrick Le Moal (76), Pascal Morsu (94), Gwendoline Saint-Brieuc (22), Roseline Vachetta (38)

Plateforme 2 : « Garder le cap » ou (re)construire ?

Les discussions se focalisent une fois de plus sur notre politique vis-à-vis des réformistes, du Front de gauche. La P1 dit : le recul est terrible, il faut interpeller le Front de gauche et ses composantes y compris pour les élections, un accord avec certaines de ses composantes serait souhaitable, il n’y a pas de salut sans unité. La P3 dit : il faut rompre avec les réformistes, partout, tout le temps.
Chacun garde son cap et dénonce les autres. Du coup, nous discutons peu de notre propre activité de parti au sein de la classe ouvrière et de la jeunesse…
Les choses devraient pourtant être simples : nous militons pour unir, dans les mobilisations, le monde du travail contre le patronat et son État. Cela suppose de batailler pour l’unité d’action, contrairement à ce que défendent les P3, 4 et 5.
Cette bataille, nous la menons sur la base d’une politique d’indépendance de classe pour renforcer aussi notre influence en la disputant aux réformistes, en opposition aux idées réactionnaires. Cela suppose d’abandonner des formules comme « l’opposition de gauche » ou le « gouvernement anti-austérité » maintenues par la P1 alors qu’elles sont reprises par le PC, Mélenchon voire les dissidents PS !
L’offensive des classes dominantes met en évidence la faiblesse des organisations de la classe ouvrière, institutionnalisées, intégrées à l’ordre bourgeois et incapables d’organiser la riposte. Cette paralysie laisse le champ libre aux forces réactionnaires. Même si la résignation perdure globalement en France, les travailleurs et les peuples, la jeunesse réagissent, se battent, résistent de mille et une façons dans bien des pays, ici aussi.
La situation en Grèce ou en Espagne le démontre, elle pose comme une priorité la nécessaire affirmation d’une politique anticapitaliste et révolutionnaire.

Une politique offensive
Nous devons partir des résistances pour reconstruire la conscience de classe, aider à changer le rapport de forces, contribuer à l’auto-­organisation, faire prendre conscience de la nécessité de faire de la politique pour défendre nos intérêts de classe. La crise dans la CGT est venue souligner l’importance de contribuer à structurer l’opposition à la direction, de structurer notre travail syndical, en lien avec notre nécessaire intervention politique sur les lieux de travail et non de nous limiter à « donner notre point de vue » comme le propose la P1.
Nous devons être offensifs dans les luttes, mais aussi et surtout défendre un programme, des perspectives anticapitalistes et révolutionnaires en réponse aux interrogations que suscite la crise.

Débattre et construire ensemble
La P1 accuse « les sectaires » qui « veulent construire des groupes révolutionnaires comme dans les années 70 » (!?) et répond à ce que nous disons par des généralités pour éviter les débats qui fâchent, la P3 veut donner « enfin » au NPA une « direction révolutionnaire » contre l’ancienne majorité ou le reste du parti.
Nous avons pour notre part la conviction que nos débats sont ceux de révolutionnaires honnêtes et convaincus, mais nos difficultés favorisent un repli sur des discussions internes déformées et déformantes.
La P2 n’est pas au milieu du gué. Elle est la seule plateforme constituée de camarades venant de toutes les anciennes tendances du NPA. Nous avons engagé un processus qui cherche à rompre avec ces faux débats pour donner un contenu pratique, dynamique, militant à notre projet de regroupement des anticapitalistes et des révolutionnaires. Cela suppose de revoir complètement notre fonctionnement. L’avenir du NPA appartient à l’ensemble de ses militantEs.
Nous n’acceptons aucune exclusive et sommes prêts à travailler avec toutes et tous pour que sorte de ce congrès une déclaration commune que nous avons proposée et que nous sommes en train de discuter.

Le comité d’animation de la P2

Plateforme 3 : Pour une nouvelle orientation et une nouvelle direction, en rupture avec l’adaptation à la gauche réformiste

Le débat préparatoire au congrès présente un paradoxe. Alors qu’une minorité du parti autour de la seule P1 continue à revendiquer l’orientation de la majorité sortante, les militantEs qui s’y opposent se retrouvent éclatés entre quatre plateformes distinctes.
Nous avions souhaité un cadre commun avec les camarades ayant formé les plateformes 4 et 5. Nous prenons acte de leur choix inverse, mais ne renonçons pas à mettre en œuvre les convergences importantes entre nous, notamment sur la nécessaire rupture avec une orientation polarisée par l’interpellation des réformistes et sur l’objectif d’un NPA révolutionnaire, utile et implanté dans le monde du travail et la jeunesse.
Pour ce qui est des camarades de la P2, ils et elles seront confrontés au congrès à un choix incontournable : soit servir de roue de secours à la P1 pour poursuivre les mêmes politiques (comme c’est actuellement le cas autour du collectif 3A), soit permettre que s’exprime la volonté majoritaire des militantEs d’engager une rupture avec celles-ci.
Voilà l’enjeu immédiat de ce 3e Congrès : savoir si pourra – ou non – s’y dégager une nouvelle majorité, qui rompe radicalement avec l’orientation des trois derniers congrès et qui dote le NPA d’une orientation permettant de relancer la construction du NPA sur des bases ouvrières, révolutionnaires et indépendantes. Une nouvelle majorité qui :
-  Défende une orientation réellement indépendante des appareils réformistes, politiques comme syndicaux, et oppose à leur politique de collaboration de classes une orientation de défense intransigeante des intérêts de l’ensemble des exploitéEs et des oppriméEs ;
- Vise à construire une organisation révolutionnaire non seulement en France, mais comme partie indissociable de la construction d’une organisation révolutionnaire internationale, et milite ainsi pour un regroupement des révolutionnaires issus de différentes traditions sur la base de campagnes communes et de discussions programmatiques ;
- Ait pour priorité les tâches de construction et d’intervention dans la classe ouvrière et dans la jeunesse, et présente dans chaque échéance électorale une option anticapitaliste et révolutionnaire indépendante.
La crise de la gauche sociale-libérale et réformiste — laissant un espace à l’émergence du FN, mais aussi à des phénomènes de radicalisation — doit nous alerter sur l’urgence d’une réorientation globale.
Le choix qui se pose devant nous peut se résumer ainsi : assumer pleinement notre rupture avec une gauche profondément adaptée aux institutions et discréditée aux yeux des travailleurs et des couches populaires ou continuer à être submergés par la crise que subit cette même gauche.
Une telle rupture ne peut pas se limiter à des changements de formule (« opposition du monde du travail » à la place d’opposition de gauche, « gouvernement anticapitaliste » à la place de gouvernement anti-austérité, etc.) comme le propose en grande partie la P2.
L’évolution de la situation en Grèce, avec l’avènement probable d’un gouvernement Syriza autour d’un programme assez minimal, présenté encore hier comme la matérialisation de la perspective de « gouvernements anti-­austérité », ne fera qu’accélérer les événements en Europe, ainsi que l’expérience des masses avec ce type de formation. Les défis vont donc être considérables et on ne pourra pas se passer d’un bilan d’une politique qui a profondément affaibli le NPA. Voilà le sens du vote P3 lors de ce congrès.

Plateforme 4 : Faire de la politique, oui, mais laquelle ?

«Indépendance, unité et radicalité » : c’est par ce slogan que les camarades de la plateforme 1 concluent leur texte et résument leur projet politique. Un slogan sur mesure, qui n’aura pas de quoi effaroucher le rassemblement pour une « opposition de gauche » au gouvernement que ces camarades appellent de leurs vœux. C’est que nous sommes un parti « politique », pas un simple « parti des luttes », pas un « super-syndicat », nous expliquent souvent ces camarades qui, paradoxalement, dès qu’il s’agit de notre intervention dans les entreprises, mettent la priorité à l’activité syndicale et très accessoirement à la présence politique.
Mais bon. Les luttes, c’est bien, disent-ils, mais il leur faut un « débouché politique ». Et vu « l’effondrement du mouvement ouvrier », le « faible niveau de conscience ouvrière »… bref, l’absence de luttes importantes, autant commencer par ledit « débouché ». L’ennui, c’est que vu « l’effondrement du mouvement ouvrier », le rassemblement en question « pour une opposition de gauche » ne rassemble… pas grand monde. à part nous. Notre trop petit parti en quête de levier démultiplicateur se trouve être souvent celui qui apporte le plus de forces militantes aux collectifs « unitaires », plus riches en sigles qu’en militants. Comme bien des camarades qui passent une bonne partie de leur énergie à faire fonctionner ces collectifs en font l’amère expérience. Le Front unique, c’est bien joli, mais nous ne sommes plus dans les années 1930 avec les bases ouvrières de la SFIO et du PC…
Illustration de ces derniers mois : la manifestation des collectifs 3A du 15 novembre dernier, contre le budget discuté à l’Assemblée. Notre parti en a fait son axe principal de mobilisation depuis l’été. Résultat : plutôt un non-événement (l’unité ne mobilise pas toujours). Mais néanmoins une occasion pour les médias de ne montrer dans leurs brefs reportages que les ténors du Front de gauche, Mélenchon en tête, quelques chefs syndicalistes ou membres d’Europe Écologie les Verts, sans oublier, événement notable, la présence de ces « Affligés du PS » plus frondeurs que les frondeurs. Quant au NPA, le prolétariat militant dévoué des collectifs, il est passé totalement inaperçu, tout comme sa « radicalité », fondue dans l’appel commun. Il n’y a vraiment pas de justice.

Alors, comment faire de la politique ? 
En sommes-nous réduits, par le biais de la politique réduite aux alliances, à jouer les mouches du coche auprès d’appareils réformistes eux-mêmes peu influents, mais rodés au jeu parlementaire et liés par mille liens aux institutions politiciennes et électorales ? Ce qui, on l’a vu, ne nous rend même pas « plus visibles », c’est le moins qu’on puisse dire.
Oui, il faudra que la classe ouvrière mène sa politique, c’est-à-dire forte de sa propre mobilisation, être en mesure de prendre la tête des contestations des autres couches exploitées ou opprimées de la société. Mais pour s’en donner les moyens, il lui faudra avoir comme perspective non pas l’unité des appareils syndicaux ou politiques de plus en plus intégrés au système et coupés de leur base, mais l’unification de ses nombreuses luttes aujourd’hui éclatées. Quant à notre parti, à lui de se donner les moyens de proposer cette perspective politique. Donc, priorité à nos efforts d’implantation dans la jeunesse et le monde salarié. Cela aussi, c’est faire de la politique.

Plateforme 5 : CGT : aider les syndiquéEs à chasser Lepaon… et toute la politique de collaboration de classe !

Les révélations se sont succédé sur les faveurs (auto-)accordées à Lepaon, toutes plus écœurantes les unes que les autres. Mais Lepaon n’est pas seulement un bureaucrate qui a profité de sa position pour s’enrichir. C’est aussi un lâche qui se défausse de toutes ses responsabilités. Mais, plus fondamentalement, il aggrave la politique de dialogue social de Thibault, il ne prend aucune initiative significative contre les attaques patronales et gouvernementales, et il s’est ouvertement assis sur les principes fondamentaux de la CGT : l’antagonisme entre les intérêts des travailleurEs et ceux des patrons, et donc la nécessité de la lutte des classes pour faire avancer les droits des travailleurEs.
Lepaon est donc un bureaucrate embourgeoisé dont il faut se débarrasser de toute urgence. La multiplication des réactions internes montre que la CGT n’est pas morte comme syndicat de classe contre le patronat. Nous ne devons pas nous contenter de commenter ces événements. Il faut se positionner contre tout replâtrage bureaucratique au sommet, et appuyer publiquement touTEs celles et ceux qui réclament un congrès extraordinaire. Car il faut que les militantEs discutent du fonctionnement et de l’orientation de la CGT. Il faut mener la bataille pour un congrès démocratique, en finir avec le document unique, l’interdiction des textes alternatifs et la désignation des déléguéEs par les sommets de l’appareil.
Le drame est qu’aujourd’hui il n’y a pas de courant organisé face aux bureaucrates. Il existe bien sûr des équipes syndicales combatives, mais celles-ci ne sont pas coordonnées. Du coup, elles sont marginalisées ou broyées par l’appareil. Des centaines de militantEs quittent la CGT par dégoût car elles/ils n’ont aucun outil pour résister aux bureaucrates. C’est un immense gâchis, et les organisations d’extrême gauche portent évidemment leur part de responsabilité, car elles n’ont pris aucune initiative pour organiser les militantEs lutte de classe face aux bureaucrates.
Des militantEs du NPA ou d’autres organisations ont par le passé essayé de construire cette opposition interne aux bureaucrates, mais elles/ils l’ont fait sans l’aide de leur parti. Une dynamique unitaire s’était créée en soutien à la candidature Delannoy contre Thibault en 2009. C’étaient les premiers moments du NPA, et la direction de notre parti a hélas ignoré cette opposition interne à Thibault. Pire, elle avait cru bon de rassurer les bureaucrates qui au printemps 2009 avaient accusé le NPA de vouloir influer sur l’orientation de la CGT : « Le NPA a tenu à dire à la CGT que sa crainte de construction d’un courant NPA dans la CGT était sans fondement ».
Depuis, la direction de notre parti n’a pris aucune initiative pour aider à la construction d’un courant lutte de classe intersyndical ou à l’intérieur de la CGT. Il faut que nous décidions enfin de mettre le parti au service de la constitution d’un tel courant. Ce combat est et sera porté par la P5 lors du prochain congrès du NPA et d’autres camarades partagent cet objectif. Il ne s’agit pas de court-circuiter la démocratie syndicale, mais de la restaurer et de prendre des initiatives pour aider au rassemblement des militantEs lutte de classe, pour la rupture de la CGT avec le gouvernement. Les discours sur « il faut un nouveau mai 68 », « il faut des mobilisations puissantes » ne peuvent que paraître pour ce qu’ils sont, incantatoires et abstraits, s’ils ne sont pas accompagnés d’une politique concrète de combat organisé contre les bureaucraties syndicales. C’est pourquoi nous portons centralement cette question au congrès, en lien avec notre projet d’un NPA communiste et autogestionnaire.

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