États-Unis : « Réintroduire la grève comme arme commune dans le mouvement syndical et la classe ouvrière »

Andrew Tillett-Saks est directeur de la section locale 217 de UNITE HERE (Connecticut), syndicat des employéEs d’hôtel. Il revient avec nous sur la grande grève qui touche le secteur depuis un mois : 8 000 employéEs de la compagnie Marriott sont en grève dans huit villes.

Des milliers d’employéEs d’hôtel ont débrayé dans huit villes. Quelles sont leurs revendications ?
Il y a différentes revendications dans les différents endroits. À Chicago, la revendication principale c’est d’être couvert par l’assurance santé toute l’année : précédemment les entreprises licenciaient les employés pendant les périodes creuses et ils perdaient leur assurance santé. Cela a changé suite à une grève victorieuse. Dans beaucoup de grèves contre Marriott, une question centrale est celle de la technologie, s’assurer que les salaires des employés ne baissent pas suite à une perte d’heures due à la mécanisation plus importante du travail. Il y a donc des revendications différentes, mais le fil conducteur c’est que ce sont des grèves offensives. Ce ne sont pas des grèves, comme c’est devenu l’habitude aux États-Unis, qui sont juste une réponse à l’offensive des capitalistes. Au contraire, les travailleurs et leurs syndicats essaient d’améliorer de manière significative ce qu’ils ont et pas juste protéger ce qu’ils ont déjà. Cela charrie une impression de force, de courage et de volonté de se battre chez les syndicats et les travailleurs à la base.

Quel est le niveau d’implication des travailleurEs dans cette grève ?
La réponse à cette question est nuancée. Les membres sont fortement impliqué dans ces grèves. Chaque hôtel qui est en grève a connu des votes de validation de la grève écrasants, et a eu une large majorité de travailleurs participant à la grève et refusant de bosser. En ce sens, ce sont des grèves des travailleurs de base, menées par les travailleurs de base. Cependant, concernant la stratégie et la coordination des grèves, elles ont été menées par les permanents du syndicat. Le mouvement syndicale US est très majoritairement conduit par les permanents. Ça a été un processus réflexif dans le syndicalisme, où les syndiqués de base ont été exclus de la direction du syndicat, ce qui a érodé toute culture de participation et d’initiative. Cependant, la très bonne décision, militante, des permanents d’appeler à la grève de manière aussi large va créer, je crois, une nouvelle vague d’énergie chez les syndiqués de base et une volonté de participer plus profondément à la vie syndicale. La question est de savoir si le syndicat va être capable et va avoir la volonté de tirer bénéfice de cela et de diriger tous ces nouveau leaders issus de la base vers une nouvelle forme et une nouvelle culture de direction dans le syndicat.

Est-ce que tu vois ce conflit comme un exemple pour les autres sections locales de UNITE HERE ?
Elles sont sans aucun doute possible des exemples pour les autres sections locales de UNITE HERE. Ici aux États-Unis, l’arme de la grève a disparu des syndicats, avec des syndicats et des travailleurs trop peureux pour mettre en action un muscle devenu atrophié. Nous sommes en train de reconstruire ce muscle très important. Plus il y a de grèves, plus des discussions ont lieu chez les travailleurs sur la grève comme possibilité ; il y a cinq ans on ne parlait jamais de ça. Ce sont les grèves d’enseignants qui ont été l’étincelle pour que UNITE HERE parle de grève, ainsi que le courage des travailleurs dans les autres villes. Pour la première fois dans notre syndicat, les travailleurs commencent à ressentir le sentiment de leur propre force. La suite nous dira si la direction du syndicat, les travailleurs de base, se saisissent du moment. En espérant que l’on puisse réintroduire la grève comme un arme commune dans le mouvement syndical US et la classe ouvrière, cela serait un changement majeur pour la lutte de classe aux États-Unis.

Propos recueillis par Stan Miller

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