Marie-Annick Mathieu, « Mam » pour ses amies et camarades

Ses obsèques ont eu lieu au Père-Lachaise le vendredi 22 septembre. Elle était, comme plusieurs d’entre nous, une femme de la génération du baby-boom pour qui mai 1968 a été un accélérateur de politisation et d’engagement militant. Elle participa à tous les grands mouvements sociaux jusqu’à celui de 2016 compris. 

Elle fut militante de la LCR jusqu’en 2009, puis du NPA qu’elle quitta en 2010, en raison, notamment, de son désaccord avec la décision de présenter une femme voilée sur la liste régionale du Vaucluse. Féministe convaincue, elle fut intimement liée au courant « Féministe lutte de classes ».

Une ténacité à toute épreuve

Mam et sa petite silhouette, nous aimions bien la retrouver dans les manifestations ou chez elle, comme nous l’avons fait pendant deux ans pour écrire notre livre collectif sur l’histoire de notre revue1 les Cahiers du féminisme, revue dont l’édition a mobilisé nos énergies pendant 20 ans, entre 1977 et 1998. 

Dans notre équipe Mam avait une place particulière : elle était d’un pessimisme radical qu’elle compensait par une ténacité à toute épreuve, une fois qu’elle était engagée dans un projet ou une action quels qu’ils soient. C’était une militante à qui on pouvait faire confiance. Elle acceptait toutes les tâches du militantisme au quotidien. 

Elle préférait le militantisme à la base et se méfiait des appareils, aussi petits soient-ils. 

Chaque numéro de la revue était le fruit d’un travail et d’un débat collectifs. Mais dans la fabrication des Cahiers, Mam n’hésitait pas, avec son amie Anne-Marie, à prolonger encore nos week-ends et soirées de travail pour finaliser les dernières corrections ou trouver les dernières illustrations manquantes. Elle acceptait également de se confronter à la mauvaise volonté de certains militants, pour qui les Cahiers du féminisme, ce n’était pas une priorité. Sa vigilance, sur ce terrain, était toujours en éveil et elle prit très mal, comme nous toutes, la déclaration d’un militant du même âge que nous, qui lui fit comprendre que nous devions céder la place à une nouvelle génération de féministes qu’il espérait sans doute moins récalcitrantes que nous-mêmes. Nous abordions alors la cinquantaine. 

Militante… mais pas seulement

Pour la rédaction des Cahiers, elle suivit les combats menés par les militantes féministes et syndicalistes, notamment à la CGT dont elle était membre, pour faire reconnaître la légitimité de leur action. Elle connaissait de l’intérieur cette question : en 1973, elle avait participé activement à la création du Groupe femmes finances, où elle travaillait, et à la mise sur pied de la Coordination des groupes femmes d’entreprise sur la région parisienne. Elle rejoignit également le « club Flora Tristan », qui rassembla, après 1982 et pendant quelques années, des responsables féministes de la CGT comme Chantale Rogerat, des chercheuses comme Danièle Kergoat et des militantes du mouvement féministe, après le licenciement par la direction confédérale de la CGT de l’équipe d’Antoinette jugée trop féministe, trop unitaire, trop critique face à la répression en Pologne. C’était notre spécialiste de la question de la précarisation du travail des femmes, par le temps partiel et les contre-réformes successives du travail mises en place par le gouvernement Mitterrand et la droite, depuis le début des années 1980. Après le grand mouvement social de 1995, elle participa à la commission femmes d’Agir contre le chômage (AC !) et s’impliqua dans l’animation du Collectif national pour les droits des femmes.

Mais son intérêt ne se limitait pas au domaine du travail et du syndicalisme. Elle fut de celles dans notre équipe qui partirent en reportage, dans les quartiers populaires, pour recueillir la parole des jeunes femmes trop souvent invisibilisées dans la réflexion militante et les articles de la grande presse.

Sur le plan international, sa solidarité avec la lutte des féministes du Maghreb, notamment avec les féministes algériennes dans les années 1990, puis avec les Tunisiennes lors du printemps arabe, déboucha sur des amitiés solides. 

Mam avait toujours une place particulière car elle était à l’écoute et la confidente d’amies ou de militantes d’horizons très différents. 

Mam n’était pas seulement une militante. Elle aimait les voyages, la randonnée, le théâtre, la musique et l’opéra en particulier, et la bonne bouffe avec ses copains et copines.

Elle va nous manquer beaucoup, beaucoup.

L’équipe des Cahiers du féminisme

 

  • 1. Dans le tourbillon du féminisme et de la lutte des classes (1977-1998), publié en 2011 par les éditons Syllepse.

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