19 mars : Le jour d’après

Les grincheux, surtout celles et ceux qui ne sont pas venus, grincheront. Mais commençons par ça : ça a été la plus grande manifestation contre le racisme et les violences policières depuis des années.

En plein état d’urgence et au lendemain de l’annonce officielle des candidatures à l’élection présidentielle, 15 000 manifestantEs se sont ­rassemblés à Paris.

Avec des familles de victimes défilant en tête, des collectifs de sans-papiers, des travailleurs des foyers, des collectifs de quartier, des associations de l’immigration, un cortège se revendiquant de l’antiracisme politique animé par le PIR et la Brigade Anti-Négrophobie, un cortège du FUIQP (Front uni des immigrations et des quartiers populaires), un vrai cortège syndical assuré essentiellement par Solidaires, mais aussi quelques forces de la CGT et de la FSU, des partis politiques (Alternative libertaire, Ensemble, LO, quelques drapeaux du PCF et bien entendu un cortège du NPA), des cortèges de la Zad, l’UJFP, BDS et enfin un cortège « de tête » en queue.

Tout cela, le nombre et la nature des cortèges, est significatif, et il y a bien un sens dans cet ordre, dans la mesure où les premierEs concernéEs défilent en tête tout en s’alliant avec la Zad, les syndicats, les partis, le cortège de tête où ils/elles continuent d’être sous-représentés.

Et cela faisait écho aux manifestations qui avaient eu lieu la veille, contre le racisme, contre le fascisme, en solidarité aux migrantEs dans les rues de nombreuses villes de Grèce, dans les rues de Tunis, de Londres, de Vienne ou de Dublin. En écho à la manifestation de Séoul ce même jour, solidaire de la Marche de Paris.

Tels que nous sommes...

Il n’y aura pas d’avenir sans que ce qui s’est donné à voir ce 19 mars prenne de l’ampleur, déborde et déferle. Unissant, en actions, en luttes, notre classe telle qu’elle est, contre ce autour de quoi tous les pouvoirs dominants essayent d’en souder une fraction : la nation, la république, l’État, sa police et son armée...

Le jour d’avant l’avait montré. Ce que l’on nous présente comme l’alternative aux politiques actuelles était en nombre bien plus important dans les mêmes lieux. Mais avec le nationalisme en bandoulière, drapeaux bleu-blanc-rouge agités partout, venus écouter le discours du chef et reprendre la Marseillaise. Remontant dans les cars au coup de sifflet final dans l’attente d’aller voter...

Le jour d’après l’a aussi montré, avec le débat entre les candidatEs parmi lesquels se trouvera le ou la prochaine présidente. Un débat policé, dans tous les sens du terme. Un débat où l’islamophobie la plus crasse de Le Pen se mêlait au rappel que, bien sûr, on a voté pour l’exclusion des jeunes filles voilées de l’école. Où faisaient consensus le refus d’ouverture des frontières, le besoin de plus de flics et la défense de l’armée...

L’antiracisme est politique

Alors cela doit être une leçon. Pour que le 19 mars déferle et déborde, il faudra bien plus que ce qui a été fait. Bien plus que la perspective d’une journée de protestation pour la justice. Sans perspectives concrètes tracées pour continuer.

Une banderole proclamait la nécessité d’un antiracisme politique. Oui l’antiracisme est politique. Ce qui signifie d’abord qu’on ne peut déconnecter la question des violences policières de la question du racisme. Qu’on ne peut dénoncer la logique systémique des violences policières sans la relier au harcèlement contre les migrantEs, les attaques contre les foyers, le harcèlement des pauvres rejetés de plus en plus dans une logique de survie, la stigmatisation des jeunes, des musulmanEs ou des Rroms. Sans volonté de briser la logique coloniale de gestion des quartiers.

L’énergie pour continuer, pour lutter

L’antiracisme politique est un antiracisme qui se bat pour des revendications concrètes. Pour l’abrogation des lois islamophobes. Et qui fait alors place aux premierEs concernéEs pour mener la lutte. Se battant au côté des migrantEs pour l’ouverture des frontières. Pas seulement contre les contrôles au faciès mais contre ce qui les légitime, pour la liberté d’installation. Pas seulement contre les violences policières mais pour le désarmement de la police. Ne célébrant pas les quartiers populaires mais soutenant les jeunes qui se révoltent, reprenant le contrôle des immeubles vides, etc.

Sur ces bases, un certain nombre d’organisations, comme les confédérations syndicales, le MRAP, le PG ou la LDH, n’auraient sans doute pas appelé à la Marche. La belle affaire : elles ne sont pas venues...

Cela aurait signifié plus d’énergie mise dans la mobilisation des réseaux existants, celui des associations de lutte dans les quartiers, celui du mouvement de solidarité avec les migrantEs, celui de la lutte dans les foyers et dans leur renforcement, leurs convergences.

Et la détermination exprimée ainsi aurait pu convaincre plus d’habitantEs des quartiers, plus de jeunes, plus de travailleurs et de travailleuses, syndiquées ou non, et notamment parmi les raciséEs. Pour se battre.

C’est à cela qu’il faut s’atteler, et la large diffusion de l’idée de la Marche doit être un point d’appui dans ce sens. 

Denis Godard

 

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