Les nôtres : Émile Fabrol

Notre ami et camarade Émile nous a quittés.

Il a combattu la maladie jusqu’à la fin, en tentant de cacher sa gravité, en trouvant à chacune de ses évolutions un motif pour nous rassurer. Même affaibli par la maladie et les traitements, il suivait avec passion et lucidité la situation politique, il continuait à agir, à être présent aux réunions autant que possible.

Émile, c’était une présence, discrète mais forte de sa simplicité, une tête ronde de cheveux en bataille et d’une barbe exubérante, un sourire complice, un accent méridional, une écharpe rouge et dans les réunions une attention concentrée et curieuse soutenue par des dessins sans fin.

Tout le contraire d’un arriviste, un militant sincère, bienveillant, un militant indépendant avec une pensée libre et ouverte, une passion pour le débat démocratique.

Sa vie militante est jalonnée d’expériences diverses. Adhérent aux JC à Apt avant 1968, il en est exclu pour « che guevarisme ». Il rejoint l’l'Alliance des jeunes pour le socialisme (AJS) pour en démissionner à cause du refus lambertiste des barricades étudiantes en 1968. Il intègre alors un groupe de trotskistes qui font un travail « entriste » dans le PCF. Il restera dans ce parti avec eux jusqu’en 1981, refusant la présence de ministres communistes au gouvernement. Suit une période où il intègre divers petits groupes révolutionnaires (la LTF, la GR, le groupe Prométhée) avant de travailler avec la Gauche communiste, courant animé par Jean-Jacques Karman à Aubervilliers.

Il est dès le départ un de ces milliers de militants à rejoindre le projet du NPA, partisan de la fondation d’une organisation élargie défendant radicalement les intérêts des exploitéEs et des oppriméEs et une alternative antiproductiviste. Il s’ y engage à fond, tout en restant disponible au débat partout où se discute, s’élabore en pointillés une pensée pour l’émancipation, fraternel dans les échanges tout en restant ferme dans ses convictions, même s’il savait être caustique à l’égard du sectarisme. Il sera ainsi actif dans la revue Carré Rouge, « Cerises la coopérative», les activités de « Pour l’Émancipation », et ces dernières années dans toutes les rencontres, les tentatives de regroupement autogestionnaires et écosocialistes.

Alors que l'idée même d'un projet émancipateur global, mobilisant des millions d'exploitéEs et d'oppriméEs apparaît toujours aussi lointaine, bien que la flamme de la résistance, des combats, des alternatives existe, il pensait qu’il fallait discuter ensemble de ce que chacune et chacun d’entre nous doit remettre en cause, pour que puisse naître petit à petit un véritable projet émancipateur appuyé sur les mobilisations de celles et ceux d'en bas, fusionnant le meilleur, dans lequel touTEs s’enrichiront d’approches différentes. Dans ces débats, attentif aux autres, il intervenait avec conviction, sans verbiage, fidèle à la cause de l’émancipation… et en plus il avait de l’humour. Une bien belle personne qui nous manque.

Amitiés fraternelles à la compagne de sa vie, Yannick, à son fils et ses amis.

 

Merci à Patrick Silberstein de nous avoir envoyé ces quelques vers de Mary Low pour Émile :

Mais quelque part la terre doit conserver le sillon de tes pas,
quelque part elle doit te bercer dans sa tendresse animale,
et faire revivre tes échos.
Où sont-ils tes milliers de jours ?
Où les as-tu cachés ?
Où sont ces jours prestigieux, prodigieux,
ces jours que tu jetais, les mains ouvertes,
le geste large,
en les semant sans limites par le monde ?

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