Une gabegie anti-pauvres

À Paris est actuellement en cours une vaste opération de remplacement des abribus (qui datent de 1994). L’an passé, la commission d’appels d’offres de la Ville, composée d’élus de la majorité et de l’opposition, a attribué à l’unanimité le marché du renouvellement à une filiale de l’inventeur des Abribus : la société Jean-Claude Decaux.

La maire de Paris se félicite : grâce à leur design et à leur couleur partiellement verte, ces nouveaux abris apporteront « du vert dans le gris hivernal »... « Les nouveaux abribus entrent dans l’ère du numérique », explique Christophe Najdovski, l’adjoint chargé des transports (EÉLV). Ils consommeront théoriquement 35 % d’électricité en moins, et une cinquantaine auront même un toit végétalisé...

De qui se moque-t-on ? On peut d’abord s’interroger sur la nécessité de remplacer les anciens abribus : combien y gagne Decaux ? De plus, ces nouveaux abribus... abriteront encore moins que les précédents : ils sont encore plus ouverts à tous les vents et à la pluie. Et les bancs de certains d’entre eux comportent une barre transversale de nature à empêcher les SDF fatigués de s’y allonger le cas échéant...

En fait, ces nouveaux abribus participent de l’architecture anti-pauvres justement dénoncée par des architectes et des associations. Les dispositifs anti-SDF sont apparus il y a une dizaine d’années dans le métro, quand les bancs ont été remplacés par des sièges individuels. Aujourd’hui, on en compte des centaines, de formes très variées, dans tout Paris. Et interrogée l’année dernière, la mairie avait déclaré n’avoir aucun pouvoir…

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