Travail du dimanche : «La notion de volontariat est un mythe»

Entretien. À l’appel du CLIC-P, l’intersyndicale du commerce parisien, plus de 300 salariéEs du commerce ont manifesté mercredi 3 juin à Odéon alors que se tenait au Sénat la Commission mixte paritaire consacrée à la loi Macron. Les employéEs de la Fnac y étaient présents en force. André Chapuis, militant CGT, revient sur cette mobilisation.

Pourquoi cette participation massive de celles et ceux de la Fnac ?
Les salariéEs de la Fnac sont concernés au premier chef par les projets d’ouverture dominicale. La notion de volontariat est un mythe quand on gagne à peine plus que le Smic ou que l’on bosse à temps partiel, sans parler des pressions et du chantage qui s’exercent déjà. Travaillant déjà le samedi également, on imagine très bien le décalage que cela provoquerait avec le reste de la société. Quid de la participation aux activités sportives, culturelles, familiales et politiques ? Et pour les gardes d’enfants ?
Nous avons alerté nos camarades dès que fut connue la décision des sénateurs de faire passer discrètement un amendement permettant d’ouvrir tous les dimanches sans volontariat ni contrepartie obligatoire. Comme si la loi Macron n’était pas déjà suffisamment « salariéticide » ! Cet amendement a été clairement soufflé par notre PDG Bompard qui se répand dans les médias dont il a fait partie pour asséner des fausses vérités reprises ensuite par des « journalistes » complaisants ou ignorants.
L’exemple répété par Bompard qu’Amazon ferait 25 ou 30 % de son chiffre d’affaire le dimanche est inventé de toute pièce pour convaincre des éluEs qui semblent sérieusement méconnaître l’état du marché des biens culturels en France. L’information a été démentie par Amazon qui ne communique pas sur ses données économiques...
Le syndicat des libraires s’est aussi prononcé contre l’extension du travail du dimanche pour des raisons économiques. En effet, déjà premier acteur sur le marché du livre et du disque, la Fnac serait un prédateur encore plus dangereux pour ces petites structures, et les effets sur l’emploi dans ces librairies serait négativement visible. À se demander si l’objectif visé n’était pas justement de tondre la laine sur le dos de ces librairies plutôt que de limiter l’audience d’Amazon qui est mondiale et surtout anglophone.
Nous avons expliqué tout cela à nos collègues, et ils ont réagi en conséquence, malgré la communication interne de la Fnac.

Quelle est l’ampleur de la mobilisation ?
La réalité de la mobilisation est visible sur le blog de la CGT Relais et du comité central d’entreprise concernant l’action du 29 mai, jour de l’AG des actionnaires. Des camarades parisiens ont d’ailleurs tenté de s’y pointer, mais la sécurité était déjà bien en place. En province (les Fnac Relais), partout où le « minimum syndical » avait été fait, ça a bien fonctionné. Mais les organisations syndicales n’étaient pas toutes très motivées, ou n’ont rien fait hormis accepter de poser leur sigle sur un appel à l’action...

La possibilité d’extension du travail du dimanche est-elle la seule raison de cette forte mobilisation ?
Il n’y a pas que le travail du dimanche. Nous sortons de deux plans sociaux successifs avec à la clé une intensification du travail. Alors imaginer un jour de plus à effectifs constants, ça peut motiver.
Enfin, il ressort de l’analyse faite par nos experts que les économies réalisées en 2014 sur les effectifs et le montant du CICE correspondent au plan de rémunération que se sont octroyé une centaine des dirigeants déjà tout en haut de l’échelle des rémunérations. Autrement dit, on finance par le dégraissage et par le contribuable le confort indécent de ces prédateurs.
Notre PDG adepte du travail du dimanche perçoit lui environ 2 millions d’euros par an hors plan de rémunération et jetons de présence.

Y-a-t-il une mobilisation dans d’autres enseignes « culturelles » ?
Sur Paris où était organisé par le Clic-P le rassemblement du 3 juin, il y avait certes beaucoup de « Fnicards » mais aussi des salariéEs d’autres enseignes concernés aussi par le travail du dimanche. Ceci dit, en province, il n’y a pas beaucoup d’implantations syndicales dans les librairies en raison de la taille de ces établissements, et l’information a du mal à leur parvenir.

Quelles suites ?
On veut le retrait du texte ! Il y a assez de dérogations au travail du dimanche comme ça, en plus de cette loi Macron qui voudrait pourrir notre vie hors du boulot. Les échéances prochaines seront liées aux étapes de progression du projet de loi pourri. Mais on fait « en commun », et c’est donc un peu plus long et laborieux.

Propos recueillis par Robert Pelletier

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