Syndicats : que faire du 16 octobre ?

Lorsque fin août, Thierry Lepaon, secrétaire général de la CGT, présentait le programme de rentrée des initiatives de la confédération, le 16 octobre n’était qu’une date plantée entre la mobilisation des retraitéEs du mardi 30 septembre et une vague « journée nationale d’action interprofessionnelle début 2015 sur les thématiques salaires, industrie et service public dont les formes sont à travailler »...

Le 16 octobre était alors présenté comme « une initiative nationale coordonnée sur les questions de santé et de Sécurité sociale… en amont de l’examen du projet de loi de financement de la Sécurité sociale par l’assemblée nationale » qui « pourrait prendre la forme d’un rassemblement national autour des salariés de la santé, des organismes sociaux et des territoires proches de l’Île-de-France, associée à une implication territoriale forte, sous des formes diversifiées ».

À reculons...
En fait, les tensions crées dans la fédération santé, dans le secteur santé-social, voire dans toute la fonction publique, autour de la préparation du 23 septembre ont obligé la confédération à mettre cette journée davantage en avant.
La stratégie unitaire de la direction confédérale a plombé l’initiative, en privilégiant une improbable unité avec la CFDT et des négociations bilatérales avec les autres syndicats. Du coup, tour à tour, et avec des motivations diverses, les différentes directions ont justifié leur refus ou leur attentisme.
La dernière difficulté vient de la proximité des élections professionnelles dans la fonction publique, avec l’enjeu déterminant de la représentativité. Déterminant car il s’agit là de l’obtention de moyens considérables et de lieux de pouvoir décisifs pour tous les syndicats. Ces enjeux et les modalités de ces élections tendent à instaurer un climat de confrontation entre les différents syndicats qui, non seulement sont peu propices à des apparitions unitaires, mais même pousse à la surexposition des différences, fussent-elles de posture...
Dans ce domaine comme bien d’autres, l’affaiblissement des équipes syndicales rend plus difficile d’assumer les tâches de mobilisation et celles de concurrence électorale. Et ce, d’autant plus, quand, comme pour le 23 septembre dans la santé, les directions fédérales de la fonction publiques refuse de s’appuyer sur de réelles mobilisations pour gagner en crédibilité auprès des salariéEs et des forces militantes. Pour les autres grandes centrales confédérales, c’est à la fois un soutien quasi inconditionnel à la politique gouvernementale et l’incrustation dans le dialogue social et la cogestion qui rend urgent de ne pas mobiliser.

Aller de l’avant !
La journée du 16 octobre ne devrait pas répondre à des tensions internes et à la concurrence entre organisations : elle devrait être un pas dans la construction d’une mobilisation contre un gouvernement de combat, ce que refuse la direction confédérale.
Si personne ne conteste les difficultés de mobilisation, tant dans le privé que le public, il est pourtant possible de s’appuyer, de mettre en valeur ce qui existe, ce qui gagne, pour faire converger donner confiance. Les pilotes d’Air France montrent que la grève reste encore le meilleur moyen de construire le rapport de forces qui permet de gagner. De même, les femmes de chambre de l’hôtel de luxe, Park Hyatt, ont après cinq jours de grève, gagné un ensemble de revendications d’une valeur de 400 à 500 euros par mois (voir article page 9). Et la belle détermination affichée le 23 septembre par les personnels des services hospitaliers a déjà permis des victoires à Caen ou à Villejuif...
Autant de luttes qui, dans la foulée de celles des cheminotEs, des postierEs ou des intermittentEs et précaires, devraient fournir des points d’appui réels à la construction d’un indispensable Tous ensemble... Les précaires, les intermittentEs, les privéEs d’emploi étaient de nouveau mobilisés ce mercredi 1er octobre. Dans d’autres secteurs comme l’automobile, la métallurgie, des salariéEs, des équipes militantes, sont disponibles. Mais pour fédérer, donner confiance, il faut clairement quitter le terrain de la concurrence entre appareils et du dialogue social, pour s’opposer clairement à un patronat et un gouvernement à sa solde.
Le 16 octobre risque fort de n’être qu’un tout petit pas dans ce sens. Plus que jamais, la construction d’une mobilisation au moment de la discussion du budget est indispensable. Engageons-en la discussion, et la construction avant, pendant et après le 16 octobre.

Robert Pelletier

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