Syndicalisme : stratégie(s) perdante(s)

Le 6 janvier, la CGT, la CFDT, la FSU et l’UNSA se sont réunies pour adopter, conformément à ce qu’elles avaient décidé le 25 novembre 2013, des revendications communes. Mais ces dernières sont divisées sur le nouveau « pacte de responsabilité » de Hollande, rendant ainsi difficile de futures mobilisations unitaires à la hauteur de l’attaque annoncée.

Le 25 novembre dernier, à l’initiative de la CGT et de la CFDT, une intersyndicale nationale réunissant six organisations syndicales (CGT, CFDT, UNSA, CFTC, FSU et Solidaires) s’est réunie alors que cela faisait plus de deux ans qu’il n’y avait pas eu d’intersyndicale aussi large (et pourtant 
les attaques n’ont pas manqué…). 
Suite à cette première réunion, une déclaration commune a vu le jour engageant les organisations signataires à travailler ensemble sur différents sujets (emploi, justice fiscale, pouvoir d’achat, services publics) pour voir si il était possible de porter des revendications communes. Une déclaration non signée par Solidaires puisqu’aucun débat n’était possible sur les questions de mobilisations. Pire, la CFTC, avec l’aval des cinq autres organisations, a  fait retirer du texte initial une phrase qui disait « la responsabilité des syndicats est de mobiliser les salariés »...

Des revendications communes, mais pour faire quoi ? 
Suite à plusieurs réunions, les cinq organisations syndicales indiquent début décembre que « cette démarche de confrontation des analyses vise à parvenir à des propositions communes sur l’emploi, le pouvoir d’achat et les politiques salariales, la fiscalité et le financement public, les services publics et enfin le plan d’investissement européen proposé par la Confédération européenne des syndicats (CES) ». 
Au final, seules la CGT, la CFDT, la FSU et l’UNSA se sont mises d’accord sur des revendications communes en matière d’emploi, de pouvoir d’achat et de fiscalité qui seront détaillées dans une déclaration dans les jours qui viennent. La CFTC ne sera pas signataire du texte car pour eux « il y a des divergences entre organisations syndicales », notamment sur la politique familiale. Mais on peut se demander à quoi va servir ce « programme commun  syndical », puisque dès le départ (texte du 25 novembre), les directions des organisations syndicales se sont limitées à un appel « aux responsables économiques et politiques », et non à un appel pour construire la confrontation, à des mobilisations larges contre ce gouvernement.

Divisions face au « pacte de responsabilité »
Dans le même temps, et au risque de brouiller encore plus leur message, les mêmes se retrouvent divisés face au « pacte de responsabilités » proposé par Hollande lors de ses vœux télévisuels. Les directions sont incapable de proposer une réaction unitaire à la hauteur de cette énième future attaque. Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, se déclare hostile à un « mano a mano entre le gouvernement et le patronat ». Il veut que les syndicats soient associés aux négociations... à la proposition claire et nette de Hollande de baisse du coût du travail. Il veut des « contreparties d’abord en direction des salariés sur la qualité des emplois proposés, la baisse de la précarité, sur l’embauche des jeunes, le type de contrat » ainsi que sur les salaires et l’investissement. L’UNSA a plus ou moins la même position. Seules la CGT et FO ont fortement critiqué ce « pacte de responsabilité », Thierry  Lepaon jugeant même que Hollande avait « répondu point par point au programme revendicatif du Medef »... et appelant seul à une manifestation le 6 février prochain.
Il faut être clair : la baisse du coût du travail n’est pas négociable. Pour être à la hauteur, il est nécessaire de préparer la mobilisation la plus unitaire et large possible, en n’ayant pas peur de se confronter réellement à ce gouvernement. L’absence de stratégie de lutte des directions syndicales pèse aujourd’hui lourdement sur la situation, mais pèsera également demain sur l’avenir du syndicalisme.

Sandra Demarcq

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