Violences policières et racisme : Accidentels ou institutionnels ?

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Le 2 février dernier était organisé à Paris un concert de rap autour du mot d’ordre « Justice pour Adama ». Ce même 2 février, le jeune Théo L. était agressé et violé, à Aulnay-sous-Bois, par des policiers...

Une coïncidence de dates qui nous rappelle que les violences policières ne sont pas des incidents isolés mais un fait social à part entière qui mérite d’être combattu comme tel.

Une mobilisation venue d’en bas

Depuis l’agression de Théo L., diverses initiatives ont été prises, qui indiquent non seulement qu’une fois de plus les organisations de gauche et de gauche radicale ont des difficultés à contribuer à organiser une riposte à la hauteur des enjeux, mais aussi que plusieurs orientations se détachent, pas nécessairement contradictoires en l’état actuel de la mobilisation, mais qui divergent quant au diagnostic et aux réponses à apporter.

Les premières initiatives ont été organisées dans plusieurs villes à l’appel d’habitantEs des quartiers populaires, avec le soutien et l’appui d’associations locales et de structures luttant contre les violences policières. Le samedi 11 février, plusieurs milliers de personnes se sont ainsi retrouvées à Bobigny, aux cris de « Justice pour Théo », « La police tue » ou encore « Je ne suis pas un bamboula ». Une mobilisation regroupant majoritairement des habitantEs des quartiers, premières victimes des violences policières et bien décidés à se faire entendre.

Ce sont ces premiers rassemblements (dont l’initiative de Bobigny a été un point culminant), ainsi que l’activisme sur les réseaux sociaux dans les premiers jours, qui ont transformé l’agression de Théo en véritable « problème public », forçant les uns et les autres à se positionner. Hollande et Cazeneuve se sont exprimés le 7 février, soit cinq jours après les faits, la pression étant devenue trop forte pour qu’ils demeurent terrés dans le silence. Phénomène inédit, le président de la République s’est même rendu au chevet de Théo L.

Deux tendances

Deux tendances se sont alors dessinées du côté de celles et ceux qui ont exprimé leur condamnation de l’agression et leur solidarité avec Théo L. Deux tendances que l’on a pu retrouver le 15 février dans Libération avec la publication de deux appels : le premier (initié par le site Quartiers XXI) se positionnant sans ambiguïté contre les violences policières (« C’est notre cause commune à toutes et tous : ensemble contre les violences policières et leur impunité »), tandis que le second, initié par Steevy Gustave, ex-maire adjoint de Brétigny-sur-Orge, comportait des formulations beaucoup plus… discutables.

On pouvait notamment y lire ceci : « Oui, notre police doit être exemplaire ! Elle l’est la plupart du temps, et c’est aussi pour cela que nous condamnons avec force les casseurs et les voyous, mais nous ne pouvons pas fermer les yeux sur ceux qui, dans la police, salissent toute une profession, attisent la haine et sapent les fondements de notre République. » Des formules faisant écho à celles de Mélenchon dans sa « Revue de la semaine » du 7 février : « Nous voulons que soient punis ceux qui se sont rendus coupables de tels actes. Moi je dis il faut les mettre dehors : la police nationale, la police républicaine, n’a rien à voir avec ce type d’individus. »

Pas de justice, pas de paix

Une « police exemplaire » ? « Rien à voir avec ce type d’individus » ? Même si les uns et les autres disent leur révolte face à l’agression et au viol de Théo L., on ne peut qu’être frappés par cette volonté de dédouaner, si ce n’est de défendre, la « police républicaine ». Comme si les violences policières n’étaient pas un phénomène structurel. Comme si le racisme de l’institution policière était le fait de quelques individus mal intentionnés. Comme si les contrôles au faciès, les brutalités, les humiliations, etc., n’étaient pas le lot quotidien des habitantEs des quartiers et, plus généralement, des personnes présentant l’immense défaut de ne pas avoir la peau suffisamment claire.

Il ne s’agit pas de condamner a priori les positions pas assez « radicales », mais de refuser de s’arrêter au milieu du gué. Les violences policières ne sont pas accidentelles, elles participent au maintien d’un « ordre » injuste et d’une politique, empreinte de colonialisme, de contrôle de populations assimilées à des « classes dangereuses ». Face à ce phénomène, pas de tergiversation : la question n’est pas de « purger » la police de ses « mauvais éléments », mais de construire, aux côtés des premierEs concernéEs, une mobilisation à la hauteur des enjeux, assumant une opposition frontale aux structures qui perpétuent et renforcent le racisme et les violences.

Prochaine étape le 19 mars, avec la grande Marche pour la justice et la dignité. Pour Théo L., pour Adama Traoré, pour Zyed et Bouna, pour leurs proches, pour touTEs les autres.

Julien Salingue

 

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