Une politique pénale et carcérale dangereuse

Le jeudi 11 janvier, un détenu, condamné pour acte terroriste, a agressé 3 surveillants de la prison de Vendin-le-Vieil. Cette agression, survenue dans un contexte de ras-le-bol profond des personnels, a suscité des mobilisations dans deux tiers des établissements pénitentiaires. Un mouvement qui, à l’heure où nous écrivons, se poursuit.

Les surveillantEs, issus pour la plupart des milieux populaires, dénoncent pêle-mêle les mauvaises conditions de travail, les salaires de misère, la violence et la peur permanentes, le manque d’effectifs récurrent qui entraîne le recours aux heures supplémentaires systématique, la non-reconnaissance, le manque de formation, la surpopulation carcérale. 

Otages de la politique pénale et carcérale

Le nombre de suicides chez les surveillantEs est supérieur de 20 % à celui de l’ensemble des salariéEs. Les revendications de leurs syndicats sont hélas de l’ordre du tout-sécuritaire : enfermement plus strict des détenus les plus durs, voire total pour ceux qui sont « radicalisés », autorisation d’utiliser des armes de police comme le taser, immunité semblable à celle dont bénéficient de fait les policiers et création de nouvelles places de prison.

C’est une spirale sans fin et dangereuse. Le tout-répressif appelle à toujours plus de violence et toujours plus de répression. Cela ne permet pas de remettre en cause une politique pénale qui continue à remplir les prisons de personnes qui n’ont rien à y faire. Ainsi, l’­administration reconnaît elle-même que plus de 30 % des détenuEs relèvent de soins psychiatriques, que la même proportion est en attente de jugement et qu’au total, les 86 maisons d’arrêt surpeuplées, insalubres et dangereuses sont essentiellement remplies par des personnes condamnées pour des petits délits à moins d’un an de prison. 

Des prisonniers victimes

La situation des détenuEs est connue, dénoncée régulièrement par l’Observatoire international des prisons, par le Contrôleur des lieux d’enfermement et de privation de liberté, par la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH). Véritables zones de non-droit, les prisons ont valu 17 condamnations de la France par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) pour les traitements indignes qui y sont pratiqués. Mais rien n’y change et la surpopulation, la présence de rats et de punaises de lit, le manque d’hygiène, le travail sous-payé, les suppressions fréquentes de parloirs, d’activités, de promenades, les violences et les humiliations sont en constante augmentation.

Le fait que l’auteur de l’agression violente contre des surveillants de Vendin-le-Vieil soit l’un des 500 condamnés pour actes terroristes crée une forte émotion, sciemment utilisée par le gouvernement. Même si la procureure en charge de ce dossier estime qu’à ce jour « rien ne permet d’affirmer qu’il s’agit d’un acte de nature terroriste », le populisme sécuritaire se répand, bien entretenu par une Le Pen accusant une fois de plus « le laxisme de la justice ».

Changer de politique pénale

Le mouvement des surveillantEs actuel doit permettre d’interroger la politique pénale du gouvernement Macron et de ses prédécesseurs. 65 % des détenuEs sont des ouvrierEs et des chômeurEs, des hommes jeunes en majorité, auteurs de petits délits pour la plupart. L’embastillement reste la première et la seule réponse contre toute une partie paupérisée de notre classe. Tous ceux-là doivent immédiatement sortir de prison. Il faut, en outre, en finir avec « les traitements indignes s’apparentant parfois à des actes de torture » (CEDH), former des personnels en nombre suffisant, payés correctement, au service d’une politique qui doit viser à rendre possible le retour des détenuEs dans la société. Soit une politique à l’opposé du tout-répressif et de tout-carcéral. À moins de souhaiter que se développent, à terme, des Guantanamo à la française…  

Roseline Vachetta

 

Licence créative commons

Nos articles sont publiés sous licence Créative Commons. Voir les détails.