Un État de plus en plus autoritaire

L’utilisation du 49-3 pour imposer sans débat parlementaire la loi travail, refusée par la grande majorité de la population, a permis de mettre en lumière un processus engagé depuis une quinzaine d’années, et accéléré depuis les attentats de novembre 2015 : la dérive autoritaire de l’État.

Cette dérive se marque également dans le vote quasi-unanime de ce qui constitue, selon le journal Le Monde du 12 mai dernier, « la loi antiterroriste la plus sévère d’Europe ». Cette loi contient en particulier des dispositions propres à l’état d’urgence : assignations à résidence, possibilité de retenir une personne pendant quatre heures sans avocat et sans les garanties prévues dans le cas d’une garde-à-vue, élargissement des pouvoirs du procureur et de la police judiciaire en matière de surveillance (écoutes téléphoniques, vidéosurveillance, perquisitions de nuit, captation des données électroniques). Si le gouvernement a souhaité le vote de cette loi, c’est que l’état d’urgence, qui sera selon toute vraisemblance prorogé une troisième fois dans quelques jours, ne pourra plus l’être au-delà du 26 juillet. L’objectif consiste bien à institutionnaliser, donc à normaliser, un régime d’exception qui élimine au maximum les restrictions, même limitées, au pouvoir de la police.

Des manifestations continuent d’ailleurs d’être interdites, comme à Rennes il y a quelques jours, et ce weekend ce sont des militant-e-s parisien-ne-s qui ont reçus à leur domicile la visite de la police, venue leur délivrer des lettres d’interdiction de manifester. Toute licence est donc donnée par le pouvoir politique à la police pour réprimer la contestation sociale. Le comité contre la torture de l’ONU vient d’ailleurs de rendre un rapport qui dément toutes les affirmations du pouvoir et des grands médias selon lesquelles la violence serait du côté des manifestants. Le rapport pointe ainsi un « usage excessif de la force » au cours des perquisitions, mais aussi l’absence de données statistiques sur les plaintes des victimes et « le nombre important de non-lieux et de classement sans suite » prononcés contre la police et la gendarmerie. L’ONG Amnesty International a également insisté jeudi dernier sur les abus contre les réfugié-e-s induits par l’état d’urgence.

Cette dérive autoritaire ne vient pas de nulle part : elle est rendue nécessaire par la crise du capitalisme. Pour y faire face, le gouvernement cherche à accroître les taux de profits et il lui faut donc s’attaquer aux droits conquis de haute lutte par les travailleurs/ses au cours du siècle dernier, en particulier détruire le Code du travail au profit d’accords d’entreprise défavorables aux salarié-e-s. Cette offensive régressive suscite des résistances qui s’élargissent, s’enracinent et se radicalisent. D’où la nécessité, pour le maintien d’un système fonctionnant au profit d’une extrême minorité, d’un arsenal sécuritaire et liberticide qui étend à toute contestation sociale ce qui, jusqu’à maintenant, s’appliquait aux seuls quartiers populaires (quadrillage policier, interventions violentes de la BAC, contrôles permanents, perquisitions arbitraires, etc.). L’offensive néolibérale et la dérive autoritaire ne sont donc que les deux faces d’une même médaille, et on ne peut s’opposer à l’une sans contester l’autre.

L’enjeu du mouvement actuel dépasse donc la loi travail. S’il s’agit bien d’obtenir le retrait de cette loi scélérate, qui aura des effets destructeurs pour tou-te-s les salarié-e-s, la mobilisation exprime plus largement le refus de toute régression sociale et de la dérive autoritaire de l’Etat, mais aussi l’aspiration à une autre société. C’est cette dynamique qu’il faut approfondir, dès cette semaine, pour faire plier le gouvernement en construisant un pouvoir plus fort que celui des classes possédantes. 

 

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