Sans-papiers : Les coiffeuses et manucures victorieuses !

Les (anciennes) salariées du salon de coiffure du 57, boulevard de Strasbourg à Paris ont gagné une nouvelle bataille sur le terrain judiciaire, en faisant condamner deux des ex-patrons de l’enseigne, respectivement à deux ans de prison dont un avec sursis et 31 800 euros d’amende et à dix mois d’emprisonnement et 10 600 euros d’amendes.

 

Le tribunal a également condamné solidairement les deux hommes à verser 1000 euros à chaque victime et 1500 euros à l’Union départementale de la CGT, partie civile, au titre des dommages et intérêts.
Ces travailleuses sans-papiers, coiffeuses et manucures, avaient fait grève pendant plusieurs mois en 2014, pour obtenir un contrat de travail, des fiches de paie... et les salaires correspondant. En représailles, les gérants avaient placé le salon en liquidation judiciaire. Mais elles n’ont pas abandonné le combat pour cela, et ont gagné le paiement d’arriérés de salaires, obtenant parallèlement leur régularisation.
En juillet dernier, les prud’hommes ont reconnu leur statut de victimes et le travail clandestin imposé pendant des années par un patron véreux. Les travailleuses ont alors obtenu des arriérés de salaire calculés sur la base du Smic, le paiement de congés payés en fonction des heures supplémentaires (certaines travaillaient 80 heures par semaine...) et des indemnités forfaitaires égales à six mois de salaire et à cinq cents euros de dommages-intérêts pour préjudice moral.


Intimidations et menaces de mort...
Bien décidées à mener le combat jusqu’au bout, elles ont poursuivi leurs employeurs devant le tribunal correctionnel. A l’audience en septembre, elles ont décrit un système bien rôdé et hiérarchisé, avec des salariéEs « payés par tête » coiffée : les coiffeuses africaines à 40/60 (40 % pour le salarié, 60 % pour le patron) et les manucures chinoises à 50/50. Certains employéEs n’ont « jamais été payés » et n’ont « jamais eu de vacances », et certains grévistes ont même été intimidés ou menacés de mort.
Leurs employeurs ont été jugés « intégralement coupables » des nombreux délits pour lesquels ils étaient poursuivis : travail dissimulé, rétribution inexistante ou insuffisante, emploi de personnes en situation irrégulière, soumission de personnes à des conditions de travail ou d’hébergement incompatibles avec la dignité humaine en abusant de leur vulnérabilité ou de leur situation de dépendance, ainsi que diverses infractions aux règles d’hygiène et de sécurité...
Mais au-delà de ces condamnations, ce sont les réseaux qui organisent cette exploitation dont il faut obtenir le démantèlement. Le combat va continuer.


R. P.

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