Saint-Denis (93) : 48 rue de la République : un an après, la lutte continue

Il y a un an, le 18 novembre 2015, le centre ville de Saint-Denis se réveillait en état de siège. Des centaines de policiers et gendarmes quadrillaient la ville, bousculaient les rares passantEs, tandis que le RAID donnait l’assaut aux immeubles du 48 rue de la République, sous les caméras du monde entier.

 

Cet assaut a « éliminé » Abaoud, présenté comme le coordinateur des attentats du 13 novembre, ainsi qu’un complice et sa cousine. On a ensuite appris que le déploiement policier avait été disproportionné, que les « « troupes d’élite » s’étaient tirées dessus… mais le résultat dont plus personne ne parle, ni les médias ni le gouvernement, c’est que cet assaut a rendu le 48 définitivement inhabitable et jeté 45 familles à la rue. Et quand on dit jeter à la rue, c’est au sens littéral, avec tout le mépris et la violence appliquée à une population soupçonnée d’être « complice » des terroristes. Des enfants ont été terrorisés par des forces de l’ordre qui, sous leurs yeux, malmenaient leurs parents. Des hommes, violentés et tirés comme des lapins, puis extirpés quasiment nus et blessés de leur logement, sous l’œil de médias aux aguets, avant d’être placés en garde à vue...
Rien n’avait été prévu par l’État pour ces dizaines d’hommes, de femmes et d’enfants, et c’est la municipalité qui a dû trouver des solutions d’urgence pour les accueillir au centre de santé puis les héberger dans un gymnase. Depuis un an, c’est la lutte des habitantEs, constitués en collectif DAL, et la solidarité de la population du quartier, surtout à travers l’école de la rue du Corbillon où s’organisaient les actions, qui ont permis de répondre aux besoins les plus urgents des familles puis d’obtenir des avancées.


Certains plus victimes que d’autres ?
Un an de rassemblements devant l’immeuble pour imposer l’hébergement de touTEs puis l’ouverture de procédures de relogement... La régularisation de la situation administrative de celles et ceux qui n’avaient pas de papier n’a été possible que grâce à l’occupation de la Basilique au mois de juin avec le soutien des manifestantEs de la Nuit debout dionysienne. Plusieurs rassemblements devant les ministères pour exiger de reconnaître leur statut de victimes ont à peine permis aux familles d’être reçues par les cabinets ministériels…
Un an plus tard, moins de la moitié des familles ont été relogées, les autres sont toujours hébergées sans pouvoir envisager leur avenir. Aucune aide psychologique n’a été mise en place pour des personnes (dont des enfants) dont certaines sont restées sept heures dans une ambiance de guérilla urbaine. Les sans-papiers régularisés vont devoir renouveler leur demande d’ici le mois de février sans garantie de l’obtenir, trois ne l’ont d’ores et déjà pas été, sans parler du fait que la plupart n’ont rien pu récupérer de leurs affaires bloquées ou détruites dans l’immeuble.
Le traitement de ces habitantEs de Saint-Denis n’a rien à voir avec celui d’autres victimes d’assaut policier, comme par exemple la papeterie de Seine-et-Marne où a été donné l’assaut contre les frères Kouachi en janvier 2015, papeterie inaugurée en grande pompe par Hollande. à Saint-Denis, pas question de reconstruction d’un immeuble décent, ni de statut de victime avec des réparations psychologiques et financières pour ces familles précarisées par la violence de l’assaut...
Alors, ce vendredi 18 novembre, les familles et leurs soutiens appellent à se rassembler devant le 48 rue de la République pour dire notre solidarité avec des habitantEs qui défendent leur dignité.


Cathy Billard

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