Quartiers populaires : Violence des rapports police-population

À Champigny, Aulnay ou Argenteuil, pour ne parler que des cas les plus médiatisés, les incidents entre les jeunes de quartiers populaires et la police se sont multipliés en cette fin d’année 2017. 

C’est à chaque fois le même scénario à l’œuvre, ou à peu de choses près. Une intervention policière, un contrôle qui bascule dans un affrontement violent souvent filmé et diffusé sur les réseaux sociaux. Une poignée de flics rapidement débordés, parfois molestés comme à Champigny, qui appellent des renforts, ce qui transforme l’intervention en quasi-émeute.

L’échec du tout-répressif

La violence des scènes est visible par touTEs : parfois des flics au sol, hommes ou femmes, frappés à coup de pied ; toujours des méthodes violentes d’intervention policière, tabassage de personnes à terre, gaz lacrymogène, flashs-balls, armes de poing brandies, coups de feu tirés en l’air. Le gouvernement est contraint de réagir tant les images pourraient porter en elles une critique de la politique de maintien de l’ordre : Gérard Collomb et Emmanuel Macron ont ainsi annoncé de lourdes condamnations pour les auteurs des agressions contre les policiers, qu’ils ont dénoncées comme des attaques « contre la République ». Pas un mot, en revanche, à propos des violences commises par les policiers, que le président et le ministre de l’Intérieur assurent de leur « confiance » et de leur « soutien ». 

Les organisations syndicales de policiers ont immédiatement réagi, toutes dans le même sens. À la fois pour dénoncer les conditions d’intervention, mais aussi pour demander plus de sévérité judiciaire, le retour des peines planchers, voire des armements supplémentaires. Ces syndicats, largement infiltrés par l’extrême droite, n’ont d’autre horizon que le renforcement de la répression, qui est à l’œuvre depuis de trop longues années. Sur cette période le nombre de mineurs incarcérés a augmenté de 16,6 % pour atteindre un record absolu, sans que, bien évidemment, on constate une quelconque amélioration des rapports entre police et population, bien au contraire. Bref, les pouvoirs publics s’accrochent à une politique non seulement guidée par un tout-répressif qui nie les réalités sociales à l’œuvre mais qui a, de plus, déjà démontré son échec.

Des « malaises » multiples 

Le « malaise » dans la police existe bien. Il est manifeste au regard du nombre de suicides, lui aussi en forte hausse en 2017. Il est implicite dans la discussion sur le retour de la police de proximité, la « police de sécurité du quotidien » selon Macron. Mais pourquoi faire semblant de ne pas comprendre pourquoi la police est « mal vue » dans des quartiers populaires où elle pratique des contrôles au faciès humiliants, où les unités de la Bac se prennent pour des cow-boys et où les jeunes peuvent être à tout moment victimes de brutalités ? Force est ainsi de constater que le discrédit de la police dans ces quartiers est à son maximum après le meurtre d’Adama Traoré, à Beaumont, en 2016, et l’agression et le viol du jeune Théo à Aulnay, en 2017.

La politique de renforcement de l’état d’urgence, du recul du droit des personnes, la pression mise par les syndicats de policiers et l’extrême droite participent d’une fuite en avant gouvernementale vers toujours plus de répression et d’un renforcement de la nature autoritaire de l’État. Dans le même temps, la politique de la ville, de démantèlement des concentrations de logements sociaux, par le biais de l’ANRU, ne produit guère d’effets et ne pèse pas lourd dans la balance face à la disparition des services publics, la relégation sociale, l’exclusion de masse, les discriminations, les colères accumulées. 

La lutte contre les violences policières et l’impunité qui les accompagne est aujourd’hui indissociable de la lutte pour l’égalité, la justice sociale et la redistribution des richesses. Le fossé qui se creuse entre la jeunesse des quartiers populaires et les autorités pourrait déboucher sur un affrontement social larvé, qui ne dirait pas son nom, aux conséquences imprévisibles mais dont la responsabilité en incomberait aux pouvoirs publics.

Jean-Marc Bourquin 

 

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