Paris 2024 : Les JO des bétonneurs

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Sans suspense, l’organisation des jeux Olympiques 2024 a été confiée à Paris, et plus globalement à la France. La mobilisation au Brésil lors des JO de Rio, une première, nous montre la voie pour s’opposer à une certaine vision du sport, et surtout à des dépenses pharaoniques en deniers publics au profit de grands groupes… et à la défaveur des habitantEs.

Le non-suspense qui a entouré l’attribution de ces jeux Olympiques est révélateur d’une chose : de moins en moins de villes se battent pour obtenir les JO en raison des gigantesques dépenses induites, des faibles retombées économiques et, désormais, du mécontentement qui peut surgir face à ces choix de dépenses. 

Gentrification 

Alors que les projets prospèrent autour du « Grand Paris », à l’instar du « Central Park » prévu autour du parc de La Courneuve, les JO vont favoriser une accélération de la gentrification dans le département le plus pauvre de France métropolitaine : la Seine-Saint-Denis.

Les vautours sont là et ne s’en cachent pas, Bernard Cadeau, président du réseau d’agences immobilières Orpi, rappelle ainsi que « l’arrivée du Stade de France en Seine-Saint-Denis a fait monter les prix. Mais il a surtout permis une formidable transformation du paysage urbain. Ce sera le cas des Jeux si un projet d’accompagnement en logements vient s’ajouter aux nouvelles constructions. Ce fut la même chose pour Barcelone en 1992, lorsqu’ils ont accueilli la compétition. »

Dans la presse, les différents investisseurs se gargarisent de cette victoire, et Brian Chesky, cofondateur de AirBnb, a directement écrit à Emmanuel Macron afin de le féliciter. Les JO sont en effet une aubaine pour l’un des principaux fossoyeur du logement locatif : alors que les principales capitales européennes comme Barcelone ou Berlin commencent à tenter d’enrayer le phénomène AirBnb, l’entreprise regarde évidemment tout événement culturel et sportif avec avidité, surtout s’il a lieu dans le pays le plus touristique au monde.

À Marseille aussi

Et le phénomène ne touchera pas que la Seine-Saint-Denis. La ville de Marseille, dans laquelle Macron s’est récemment déplacé pour parler des JO, et qui accueillera les compétitions de voile, sera également touchée. La municipalité Gaudin tente depuis de longues années, avec un certain succès, de tourner la ville vers le tourisme, avec par exemple la transition du port de fret en port de croisière, la transformation du quartier du port, du Panier, et les JO viendront appuyer cette dynamique dont sont victimes les classes populaires.

Alors que des luttes pour résister à la gentrification se développent, notamment pour préserver le quartier emblématique de La Plaine, ce sont des dizaines d’équipes qui vont venir s’entraîner à Marseille les années précédant les jeux Olympiques : AirBnb qui, malgré les résistances, réussit à pénétrer ces quartiers, ne peut que se frotter les mains. 

La manne financière libérée, qui se comptera en milliards d’euros, profitera aux bétonneurs et aux spéculateurs, et accélérera la transformation de quartiers, voire de villes, éloignant toujours plus les classes populaires des centres-villes et les salariéEs des lieux de travail. Augmentation des loyers, basculement du parc locatif du social vers le privé, allongement des temps de trajet : c’est une dégradation des conditions de vie qui est en perspective.

Résistance 

Si dans certains lieux les luttes existent, de La Courneuve à La Plaine, il n’est pas encore dans l’habitus militant de s’inscrire dans ces combats face à la gentrification. L’austérité qui justifie toutes les réformes antisociales n’a pas lieu d’être quand il s’agit des jeux Olympiques, car une fois de plus c’est un cadeau de l’État aux grands groupes, notamment les bétonneurs. 

La résistance est à construire, en s’inspirant du peuple brésilien qui a prouvé que l’opposition aux JO pouvait être massive et revendiquer un autre partage des richesses.

Thibault Blondin

 

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