Le maintien en détention d’Antonin BERNANOS : sous le gouvernement Macron mieux vaut être un assassin d’extrême droite qu’un militant antifasciste

Lundi 12 août, la Cour d’appel de Paris a décidé le maintien en détention de notre camarade antifasciste Antonin Bernanos jusqu’a minima décembre prochain. Cette décision fait suite à l’appel former par le parquet contre la décision de la juge des libertés et de la détention de mettre fin à la détention provisoire d’Antonin il y a quelques semaines. Ce dernier aurait dû être remis en liberté sous contrôle judiciaire le 18 août.

Un dossier résumé à une plainte d’un militant de génération identitaire

Pour rappel Antonin est maintenu en détention depuis plusieurs mois. Il est accusé d’avoir participer à une altercation avec des militants d’extrême droite réunis dans un collectif ayant pour unique objectif la confrontation physique avec le mouvement social et pour l’égalité des droits : les « Zouaves » Paris (voir l’article de la Horde à leur propos). Or le dossier de l’accusation reste aujourd’hui désespérément vide et se résume à la plainte d’un militant de génération identitaire, Antoine Oziol de Pignol. Antonin vient ainsi d’être convoqué pour la première fois par une juge d’instruction….

Un acharnement dont est responsable le gouvernement

Nous n’oublions pas qu’en dernière instance le parquet dépend hiérarchiquement du ministre de la justice et donc du gouvernement. Pendant ces mois de détention, Antonin a par ailleurs fait l’objet d’un acharnement de la part de l’administration pénitentiaire qui elle aussi et in fine sous la responsabilité politique du gouvernement. Il a ainsi déjà connu deux prisons et devait être déplacé or de l’Ile de France. Il a également subi un régime spécial d’incarcération : permis de visites accordés uniquement à sa famille après deux mois d’attente, rétention du courrier, placement en isolement à Fresnes, transfert surprise à la Santé alors que des dispositions venaient d’être prises pour qu’il puisse mener à bien ses études, menace de le déplacer hors d’Île-de-France pour le couper de ses proches...

Deux poids de mesure dans la répression

Rappelons qu’Esteban Morillo, l'assassin du militant antifasciste Clément Méric, a passé 55 jours en détention alors même qu'il avait été condamné à 11 ans de prison ferme. Samuel Dufour, complice de l'assassinat de Clément Méric, avait écopé de 7 ans de prison et n'y a passé que 4 mois. Ce gouvernement qui se présente à chaque élection comme le rempart face à la percée électorale de l’extrême droite lui épargne sa répression, qu’il réserve aux militants qui s’opposent à elle au quotidien. 

La détention d’Antonin est l’illustration des atteintes aux libertés publiques réalisées par ce gouvernement

La situation d’Antonin doit tous nous interpeller car elle illustre l’état des libertés politiques dans ce pays : il est possible d’être placé en détention pendant plusieurs mois sur la simple plainte d’un militant d’extrême droite. Ce n’est pas un fait isolé, ces derniers mois ont été marqués par un renforcement sans précédent de la répression dans de nombreuses sphères de notre société : interdictions de manifester, milliers de gardes à vue, de comparutions immédiates et de condamnations, blessure et mutilations, mort de Zineb Redouan, attaque du carré de tête de la manifestation syndicale le 1er Mai dernier, convocation de journalistes par la DGSI (Direction générale de la sécurité de l’intérieur). Globalement les mesures ultra-répressives qui ont été expérimenté dans les quartiers populaires sont dorénavant appliquées aux mouvements sociaux et à de plus larges sphères de la société.

En pour couronner le tout, il y a eu le soutien sans faille apporté par le gouvernement aux forces de l’ordre (augmentation de salaire, décoration de policier qui font l’objet d’enquête dans le cadre du mouvement des gilets jaune…). Il s’agit sans doute pour un gouvernement aux abois de la seule façon d’acheter le soutien des forces de l’ordre qui ont tendance à lui préférer l’extrême droite (76% des gardes mobiles votent ainsi pour le rassemblement national). C’est ce soutien sans faille qui explique que la Police se sente suffisamment en confiance pour user d’un niveau de violence décomplexée dans les opérations de maintien de l’ordre quotidienne avec des conséquences tragiques comme lors de la dernière fête de la musique à Nantes avec la mort de Steeve.

Il nous faut aujourd’hui prendre la mesure de l’offensive qui est menée contre les libertés publiques. Cette dernière se mène tout doucement dans le cadre législatif largement modifié ces dernières années. Afin de pouvoir continuer à défendre nos droits, à exprimer nos idées et même à faire la fête sans risques notre vie il est nécessaire de reconquérir ces libertés.

Harry Smith

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