Interdictions, violences, répression : Stratégie de tension et provocations

Dès la mise en place de l’état d’urgence, au lendemain des attentats de novembre, le mouvement social a du faire face à une répression policière inédite et de très haut niveau...

Celle-ci a commencé le dimanche 29 novembre par l’interdiction de manifester... sur la place de la République à l’occasion de la COP21, où des centaines de manifestantEs étaient encerclés par la police, 174 mis en garde à vue, et des centaines d’autres arrêtés pour contrôle d’identité. En dépit des milliers d’arrestations, perquisitions, et assignations à résidence, et jusqu’à aujourd’hui, de multiples colères ont persisté à s’exprimer dans la rue, sur les places, élevant considérablement le niveau d’affrontement avec le pouvoir et ses forces de répression.

Interdictions préfectorales et répression des manifestations

Incapable d’endiguer la large contestation des mesures autoritaires du dispositif mis en place par l’état d’urgence (manifestations du collectif Stop l’état d’urgence), le gouvernement s’est rapidement trouvé confronté à un nouveau problème de taille, le rejet par la jeunesse et une importante partie de la population de la loi travail.

C’est dans ce contexte, que nous vivons encore actuellement, qu’il convient d’appréhender les multiples dérapages de la police, singulièrement depuis l’émergence fin mars du mouvement Nuit debout. Interdites ou pas, les manifestations « dégénèrent » souvent en affrontements avec des forces de l’ordre chauffées à blanc par leur hiérarchie et par le blanc-seing de l’Élysée.
Une violence policière délibérée

« Tout est mis en place pour que les manifestations dégénèrent. (…) Les collègues n’interviennent que sur ordre » : dans un interview à l’Humanité, Alexandre Langlois, secrétaire de la CGT Police, vend la mèche. Les centaines de blesséEs, dont certains gravement, ne doivent donc rien au hasard, tel ce manifestant rennais à la manifestation du 26 avril énucléé par un tir de LDB (lanceur de balle, une arme létale classée en catégorie A) ou ce journaliste qui, le 1er Mai à Reuilly-Diderot, a pris en plein visage une grenade de désencerclement.

Le 1er Mai, lors de la manifestation parisienne, la stratégie policière a été des plus limpides : saucissonner le cortège sous prétexte d’actions violentes commises par des radicaux, coller, comprimer les manifestantEs, les noyer dans un nuage de lacrymogènes, lancer sur la foule des grenades offensives assourdissantes à hauteur de visage, tirer au flash-ball ou au LDB pour blesser le maximum de personnes afin que les gens ne viennent plus aux manifestations.
Mais, contrairement à la volonté de susciter une panique et une terreur générale, cette attaque a entraîné une indignation et une solidarité collective autour notamment du slogan « Nous sommes tous des casseurs »...

La provocation du 18 mai

Annoncé abondamment par tous les médias depuis une semaine, le syndicat Alliance, majoritaire dans la police, prétend tenir un rassemblement mercredi 18 mai à midi place de la République à Paris et dans plusieurs autres villes en régions. Mal aimés du public (sauf de Renaud !), nos contestataires voudraient dénoncer la « haine anti-flics », et pour bien marquer l’objectif de leur démonstration l’affiche d’appel aux couleurs très « frontistes » affirme un martial « À nous d’être debout place de la République »...
La perspective de voir transformer le QG de Nuit debout en poulailler géant, ne serait ce qu’une heure, est une insulte à tout le mouvement contre la loi travail. Et bien entendu, toute la racaille fasciste et réactionnaire soutient cette provocation. Et avec comme un air de « déjà vu », outre un irrépressible besoin d’amour, tout ce beau monde d’exiger « la dissolution des groupes d’extrême gauche », comme l’a déclaré Alliance...

Ne les laissons pas faire !

Le piège tendu est énorme, et nous avons peu de temps pour le déjouer. Le NPA soutient l’idée de faire du 18 mai une journée d’information et de mobilisation et contre les violences policières partout où cela sera possible. Par des rassemblements sur les places, ou devant des lieux de pouvoir, par exemple les préfectures ou les commissariats, avec des témoignages de victimes de violences, d’exposition de photos de personnes blessées, etc.
Car oui, « Tout le monde déteste la police ! »

Alain Pojolat

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