Ils osent tout : quand le préfet de Seine-Saint-Denis s’en prend au « défaut de culture médicale » de la population

Le préfet de Seine-Saint-Denis a une explication très personnelle pour expliquer la flambée de la mortalité dans ce département : 63 % d’augmentation sur la dernière semaine de mars par rapport à la semaine précédente, et on peut malheureusement s’attendre à ce que les chiffres de la 1ère semaine d’avril marquent une aggravation. Depuis 2 semaines, déclinant les consignes nationales, il avait remisé son discours stigmatisant la population du 93 qui aurait eu du mal à respecter le confinement. Mais il vient d’inaugurer un nouveau discours, tout aussi dénigrant : « Ce n’est pas lié à un non-respect des mesures du confinement, globalement bien respectées, ni à la qualité des soins, mais peut-être à un défaut de culture médicale dans la population ». Et d’insister : « Lorsque l’on est en difficulté, il ne faut pas hésiter à faire appel aux soignants. L’offre de soin s’est fortement développée. » 

Il ose tenir de tels propos, parler de « défaut de culture médicale » dans un département qui est un vrai désert médical puisqu’en mars 2017 déjà un rapport de l’Agence régionale de santé relevait le manque de médecins dans 37 communes sur 40. C’est tout le système de soins et de prévention qui est en souffrance avec 3,1 professionnels de santé pour 1 000 habitant.e.s, contre 5,7 à Paris. Alors, quand une épidémie frappe une population qui cumule pauvreté (30 % de personnes en dessous du seuil de pauvreté), surpopulation dans les logements et continuité du travail sans protection parce que de nombreuses travailleuses et travailleurs sont dans des activités essentielles, il n’y a pas besoin de chercher d’autres explications. Et surtout pas une explication « culturelle » qui fait plus que flirter avec le racisme.

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