Dans l’Hérault, toujours plus de répression

Craignant l’acte 1 du « monde d’après », par un arrêté publié le 14 mai, le préfet de l’Hérault avait interdit « le rassemblement non déclaré organisé par le mouvement des gilets jaunes » (sic). Jusqu’à présent, la préfecture n’a jamais eu besoin d’interdire les manifestations pour les réprimer sauvagement. Mais cette mesure scélérate montre bien le durcissement d’un pouvoir aux abois. Bravant cette décision liberticide, entre 200 et 250 personnes déterminées se sont retrouvées, ce samedi 16 mai à partir de 14h, place de la Comédie. Respect des distances physiques, masques… les groupes de moins de 10 personnes ont bien occupé la dalle devant le théâtre. Une occupation de l’espace public qui contrastait avec les rues peu fréquentées, les terrasses des cafés-restaurants fermées et les boutiques ouvertes désertées. Un des signes de la crise ! Peu de gilets, beaucoup de Gilets Jaunes mais pas que…

Comme l’a souligné à la sono une observatrice de la legal team de la Ligue des Droits de l’Homme, c’était la première interdiction d’un rassemblement sur Montpellier depuis 18 mois, début du mouvement des Gilets Jaunes. Quelques pancartes, des slogans et des chants remis au goût du jour, compte tenu de la crise qui n’en est qu’à ses débuts : « On est là, même si Macron ne veut pas nous on est là, en l’honneur des chômeurs et pour un monde meilleur, même si Macron ne veut pas nous on est là ». Au même moment, les militantEs de BDS se faisaient confisquer leurs drapeaux, après avoir été contrôléEs et verbaliséEs par des flics plus que zélés sur ce genre d’opération.

La détermination, malgré la répression

Les gardes mobiles et les forces de police – dont une vingtaine de la BAC – ont tenté quelques manœuvres d’intimidation. D’abord deux arrestations au faciès (profil « jeunes ») sous les huées, puis le tabassage en règle d’une femme sous le regard de ses enfants. Ayant perdu connaissance sous les coups, elle a reçu des premiers soins par les street medics présents sur place. Ses symptômes évoquant un traumatisme crânien, c’est au bout d’une demi-heure seulement, protégée par des couvertures de survie et au prix d’infinies précautions, qu’elle a pu être évacuée sur un brancard par les pompiers, chaleureusement applaudis. Cela n’a pas empêché la presse aux ordres de reprendre la version policière qui parle de blessures légères « dans des circonstances pas clairement établies ». Une scène pourtant filmée par FR3.

Suite à quoi, au bout de deux heures, la soldatesque macronienne n’a pas pu s’empêcher de remplir ses objectifs chiffrés. Bilan : 7 interpellations et 25 verbalisations, selon les médias. Cette action de reconquête de l’espace public faisait suite aux opérations de visibilité des 11 et 14 mai sur les ronds-points, qui ont été réprimées par la gendarmerie (lire les communiqués ci-dessous).

Le monde d’avant agonise, construisons le monde d’après !

Cette escalade vers le totalitarisme doit alerter l’ensemble des organisations du mouvement ouvrier et démocratique, auxquelles s’appliquent aussi toutes ces interdictions : droit d’expression, droit de manifestation, droit de réunion, de distribution de tracts… En prévision de l’énorme crise sociale qui s’annonce, prétextant le Covid et prenant exemple sur des autocrates à la Orban (Hongrie) ou Erdogan (Turquie), Macron se dote de lois d’exception. La loi contre la « cyber-haine » – qui permet aux opérateurs du web de censurer les sites et réseaux sociaux (adoptée par les députés cette semaine) – en est le dernier exemple. Au-delà de l’indispensable sursaut de défense des droits élémentaires, il est urgent que le mouvement social reprenne le chemin de l’action. Sur la place de la Comédie, une pancarte proclamait : « Nous étions là, nous sommes là, nous serons là demain, jusqu’à la victoire. Nous ne lâcherons rien ! Nous reprendrons tous nos droits ». Un message fort et porteur d’avenir pour construire le monde d’après.

 

Communiqué du NPA 34 

Ne laissons pas le gouvernement museler toute contestation.
Défendons la liberté d’expression.

Dès le 11 mai, premier jour du déconfinement, le gouvernement a donné le ton. Les Gilets jaunes du rond-point de Près d’Arènes de Montpellier, qui distribuaient des tracts en respectant les distances sanitaires et masquéEs, se sont fait expulser, verbaliser, confisquer banderole et tracts…

Et le 14 mai, même traitement punitif pour les Gilets jaunes de Gignac…
Ce samedi 16 mai, place de la Comédie à Montpellier, les militantEs de BDS en solidarité avec le peuple palestinien, avec deux drapeaux et quelques panneaux et, bien que positionnéEs en groupe de 10 et respectant les mesures de distanciation sanitaire, ont été verbaliséEs. Là aussi, leurs drapeaux ont été confisqués par la police. De quel droit ? Quel rapport avec le coronavirus ?
Dans la foulée, ce même jour, le rassemblement appelé place de Comédie a été réprimé par les forces de l’ordre. Une femme a été violemment matraquée par les gardes mobiles sous les yeux de ses enfants. Blessée à la tête, elle a été évacuée par les pompiers. En dépit du caractère pacifiste du rassemblement, sept personnes ont été arrêtées et plusieurs verbalisées.
Il s’agit bien d’une volonté politique, le prétexte sanitaire n’est qu’un alibi pour empêcher toute contestation du pouvoir en place.
Le gouvernement déconfine celles et ceux qui doivent aller travailler au mépris de leur santé, mais veut confiner nos idées, au mépris des droits fondamentaux et de la liberté d’expression. Avec Macron, entre le boulot et la maison, il n’y a plus d’espace public où exprimer sa libre opinion. Nous devons récupérer notre droit à manifester dans la rue.
Nos libertés, nos droits démocratiques sont en danger. Défendons-les !

Le 17 mai 2020

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