Coronavirus : Face à l’incurie des pouvoirs publics, inquiétude dans une banlieue populaire

À Formanoir, résidence populaire à quelques centaines de mètres du centre de Pessac, nous sommes 5000 résidents, dans 8 tours de 18 étages et 8 bâtiments de 3 étages. Notre Cité fait tâche à Pessac, banlieue en pleine « gentrification » accélérée ! « Trop de pauvres ! ».

Fortement touchée par le chômage, avec une importante population d’origine immigrée, notre cité est considérée comme une verrue par M. Raynal, le maire de droite qui rêve d’un 2ème mandat. Il nous menace d’un plan de démolition de trois tours, une quatrième devant être réhabilitée et mise à la disposition d’entreprises. 

Depuis plusieurs années, notre Amicale des Locataires (CNL) se bat contre ces démolitions annoncées et exige, malgré la surdité du Maire, une réhabilitation et mise aux normes modernes toute la résidence.

Ce sont 500 logements sociaux à loyer abordable que le maire et le bailleur -Domofrance- veulent faire disparaître. 500 familles à expulser pour les reloger on ne sait où. Peut-être à Pessac, mais à quel loyer ? Cela s’ajoute aux ventes des logements des petits bâtiments au privé. Dès que l’un de ces logements se libère de son locataire, le bailleur le vend. 180 sont déjà vendus.

Cela alors que 2000 demandes de logements sociaux sur Pessac sont insatisfaites.

Depuis bien des années, Domofrance, avec la complicité de la Mairie, celle de gauche hier, celle de droite aujourd’hui, a quasi abandonné un véritable entretien des lieux : rien n’a jamais été fait depuis les années 70, pour mettre aux normes phoniques, d’isolation ou d’hygiène. Les escaliers, les ascenseurs, les parties communes sont nettoyés à minima, jamais désinfectés, malgré la bonne volonté des salariés de Domofrance. Pas étonnant que salmonellose, cafards et autres punaises de lit soient fréquents.

Dans ces conditions, la menace du coronavirus, le confinement inquiètent fortement les habitants et les membres de notre Amicale. 

Ce qui nous révolte, c’est que le bailleur, prétextant son droit de retrait à cause du virus, n’assure plus qu’un entretien à minima alors que les services de ramassage des déchets réduisent leurs passages. La saleté s’accumule, des déchets s’entassent sur les espaces verts.

Comme pris au piège, dans nos appartements, nous n’abordons les ascenseurs souillés qu’avec crainte, n’ayant ni gants, ni masques. D’autant plus qu’un seul ascenseur fonctionne par immeuble pour 110 familles (le 2ème étant hors service pour plusieurs mois) et pas question d’emprunter les escaliers de secours (pour ceux qui le pourraient) : ce sont de vrais pourrissoirs, rouillés, murs souillés, jamais nettoyés ni repeints.

Nous avons invité deux journalistes de Sud-Ouest à venir constater sur place.

Un article est paru avec photos montrant un ascenseur souillé, un tas d’ordure sur une pelouse. Dommage que le journaliste n’ait pas joint la photo de l’escalier pourri !

Sans mettre en rien en cause le travail des salariés de Domofrance, nous exigeons qu’ils soient munis de tout le matériel de protection nécessaire pour que l’entretien soit repris et assuré convenablement. Que le ramassage des ordures soit assuré au mieux. Nous exigeons -ce qui n’a jamais été fait- une véritable désinfection de toutes les parties communes avec le matériel nécessaire.

Sinon, nous le craignons fort, notre cité risque de devenir un lieu de contagion des plus dangereux dans les jours à venir.

Les milliards que gouvernements et patrons sont en train de jeter dans la finance pour tenter d’enrayer la crise économique doivent servir pour la population, pour la lutte contre le virus. Et, cela, en priorité dans les quartiers populaires, les plus exposés.

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