Construire la riposte de celles et ceux qui ne sont rien

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Société
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Pas de trêve estivale pour Macron et son gouvernement socialement minoritaire mais plus que jamais décidé à mettre en œuvre les quatre volontés du patronat.

Blocage des salaires des fonctionnaires, poursuite de la remise en cause totale des maigres concessions sur la pénibilité, rétablissement du jour de carence dans la fonction publique, préparation de nouveaux reculs sur les retraites : rien n’échappe à la rapacité des donneurs d’ordres patronaux et à ce gouvernement qui en est le serviteur zélé.

Marche arrière, toute !

Le pouvoir utilise les dispositions organisant la mise en œuvre des ordonnances massacreuses des droits des salariéEs en maintenant le flou et des ambiguïtés, certes très relatives, mais qui permettent aux directions syndicales de justifier leur respect des impasses du dialogue social.

L’enjeu des contre-réformes contenues dans les ordonnances jointes à celles annoncées pendant la campagne électorale de Macron consiste en un bouleversement du système de relations sociales qui résulte de plus d’un siècle de luttes. La remise en cause de la hiérarchie des normes, les très larges prérogatives données aux accords d’entreprises, la généralisation des référendums, la réduction drastique du nombre des institutions représentatives du personnel (IRP) et la suppression du mandatement syndical pour la signature d’accords d’entreprise donneraient de très larges possibilités aux patrons pour imposer leur dictature, celle des profits. La barémisation des indemnités prud’homales, la facilitation des licenciements et la création de contrats de travail toujours moins protecteurs dégraderaient encore davantage le rapport de forces. Les suppressions systématiques de cotisations patronales, le développement de la CSG et la mainmise étatique sur l’assurance chômage mettraient en cause tout le financement de l’ensemble de la protection sociale.

Partir de la réalité

Face à une offensive d’une telle ampleur, il est indispensable d’envisager la riposte comme nécessairement massive, inscrite dans la durée, passant inévitablement par la grève, le blocage de l’économie. C’est dans ce cadre qu’il faut penser et mettre en œuvre des échéances de mobilisation qui donnent confiance pour la poursuite des actions. Malheureusement, les défaites passées, y compris celle enregistrée l’an dernier contre la loi travail, pèsent sur les capacités de riposte des travailleurEs et sur la crédibilité d’une bataille enfin victorieuse. 

L’abstention constatée lors des récentes élections se réfracte sur le terrain social. On ne peut se contenter de lui donner le sens univoque d’un refus des politiques passées ou proposées, car il s’agit aussi d’une prise de distance avec « la » politique c’est-à-dire tout ce qui ressort du collectif, du positionnement de camp social, de classe. L’affaiblissement militant et politique des syndicats même combatifs et radicaux est le miroir de la perte de confiance dans tout ce qui est censé représenter les plus défavoriséEs, au plan politique comme au plan social. 

Certes des résistances existent. Mais, dans le contexte de violence des attaques de la bourgeoisie et de la politique au mieux dilatoire, au pire de franche collaboration via le « dialogue social » des directions nationales des confédérations syndicales, se développe une exaspération minoritaire, éventuellement radicale tant dans les revendications que dans la volonté d’affrontement « physique ». Ce que l’on retrouve dans diverses manifestations mais aussi dans des luttes comme celle des GM&S. Une volonté exaspérée de refuser les reculs sociaux qui s’exprime dans le succès relatif des initiatives du Front social1

Relever le défi

Sur le front de la lutte contre les ordonnances, outre le Front -social, des initiatives se construisent comme celle du Collectif unitaire national autour de l’appel « Pour un droit social protecteur des salariéEs » regroupant syndicats CGT, Solidaires, FSU, partis politiques, personnalités et associations. Sur d’autres terrains, la même nécessité de ripostes et de mobilisations se concrétise par des collectifs, des regroupements : contre la répression avec le « Comité de défense des libertés ouvrières et syndicales à PSA », en riposte à l’indigne traitement envers les migrantEs et leurs soutiens, autour de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, etc.

Nous devons, à partir du rapport de forces réel et de l’appréciation que l’on peut porter sur les possibilités de mobilisation contre la nouvelle loi travail, contribuer à la prise de conscience des enjeux de cette loi et de l’urgente nécessité de se mobiliser contre elle. Pour imposer un autre calendrier aux organisations qui structurent le mouvement ouvrier, il est indispensable de parvenir à mettre en mouvement des secteurs significatifs de la classe ouvrière, des jeunes, de touTEs celles et ceux qui ont tout à craindre de la politique annoncée par Macron et Philippe. 

Regrouper les forces existantes, coordonner les mobilisations réelles est à l’ordre du jour. Cela suppose de travailler à la construction de cadres collectifs à dimensions et réalités locales variables. Ici intersyndicale locale, départementale, plus ou moins large, ici comité « Front social ». Unifier, convaincre par la lutte, dans la lutte. Se saisir de toutes les initiatives comme la manifestation appelée par le Front social et d’autres collectifs, le 14 juillet2. Et, le 12 septembre toutes et tous en grève et dans la rue !

Robert Pelletier 

  • 1. Sur Facebook : Front social
  • 2. À Paris, 14 heures place Clichy. Voir les autres rdv en régions sur la page Facebook du Front social.