Assemblée Générale de Fakir à la Bourse du travail... Le grand bon en avant !

De mémoire de syndicaliste, il y a fort longtemps que la Bourse du travail n’avait accueilli autant de monde. Une demie heure avant le début de l’AG la salle Ambroise Croizat était pleine, et le service de sécurité contraint de fermer les portes aux nouveaux arrivants. Les retardataires purent néanmoins suivre les débats retransmis en direct sur la place de la République. Les vacances ne semble avoir aucune influence sur la mobilisation. Partout sur la place, des groupes de discussion, des réunions de commissions, l’assemblée générale quotidienne ...et en prime un concert de musique classique...L’art est dans la rue !

 

Ouverture de l’AG en fanfare

C’est aux accents de « l’Estaque » que la fanfare invisible ouvrait la séance, suivie par une introduction pêchue de François Ruffin . D’entrée un constat s’impose : celui du succès croissant de Nuit debout au bout du vingt deuxième jour d’occupation. Aucun essoufflement, un niveau d’organisation très efficace, multiplication des actions ...chaque soir, tel le sphinx renaissant de ses cendres, la place de la République se transforme en vaste forum de débats et de créativité. La pérennité du lieu est assurée. Pour autant les problèmes stratégiques sont loin d’être réglés, et les questions essentielles doivent être débattues  maintenant: convergence des luttes, grève reconductible, rapport aux organisations syndicales, élargissement du mouvement...Il faut que le mouvement Nuit debout adopte un plan de bataille sous peine d’être devancé par tous ceux qui veulent sa mort. En premier lieu, le gouvernement qui compte sur une rupture entre Nuit debout et le mouvement syndical. Proposition est faite d’un « gros 1er Mai » avec une manifestation qui se terminerait par un meeting unitaire géant place de la République.

 

Grève reconductible....vers la grève générale ?

La tenue d’une grande manifestation le 1er Mai est loin d’être prioritaire dans l’agenda des équipes syndicales combatives. La tentation serait forte pour les directions confédérales de mettre sous coupe réglée, d’étouffer le mouvement de contestation actuel qui va bien au delà des cadres convenus et des manifestations sans lendemains. La préoccupation immédiate est de construire les conditions d’une grève reconductible dans les secteurs où cela est possible. Les intermittents et précaires qui multiplient les actions ont cette perspective en tête. Ils ont décidé la grève reconductible à partir du 28 avril et ne limitent pas leurs revendications à leurs seules professions. En pointe dés le premier jour contre la loi travail, ils doivent également faire face aux menaces de remise en cause de leur statut que le pouvoir et la CFDT veulent voir disparaît

re. Intervention sauvage à l’émission « on n’est pas couchés » dont Gattaz était l’invité...blocage des enseignes de la restauration rapide hier à Gare du Nord....De nouvelles actions vont partir dans les prochains jours de la place de la République pour populariser la lutte et amener les précaires à se joindre au mouvement. Un camarade cheminot de SUD rail s’exprimait lui aussi sur la question centrale de la reconduction de la grève du 26 avril à partir des AG de personnel dans chaque gare, dénonçait les journées de mobilisation sans lendemain, ou à saute mouton ne permettant pas la convergence. Il expliquait que la convergence pouvait se manifester par des blocages des voies comme il y a deux ans, et remerciait les étudiants et lycéens qui avaient manifesté leur soutien aux cheminots en manifestant dans la gare St Lazare. D’autre secteurs comme les raffineries et les dockers sont également chauds bouillants pour démarrer un conflit inter professionnel.

 

Le retrait de la loi travail comme revendication unifiante

Frédéric Lordon revenait sur ses propos incompris dans lesquels il avait affirmé que la question du l retrait de la loi travail n’était pas une priorité. Il dénonçait la volonté du pouvoir et des médias de vouloir contenir le mouvement de fond qui se développe dans le cadre étriqué des institutions et du « dialogue social ». « Nous pouvons défiler tant qu’on veut...Ils (le pouvoir) s’en foutent...Il nous faut faire dérailler le train normal des choses »

Quant au psychodrame médiatique orchestré par Finkelkraut, il rappelait que le mouvement « n’est pas amis avec tout le monde », « nous ne voulons pas la paix » et nous donnons le droit de ne pas accepter les discours racistes et islamophobes.

Enfin, un intervenant issu des quartiers populaires rappelait qu’il n’y aurait de vraie convergence des luttes sans leurs habitants... C’est tout le sens des tentatives d’organiser des Nuit debout dans les banlieues populaires...

 

Alain Pojolat

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