« Affaire Tarnac » : Des premières audiences qui confirment le scandale d’État

À l’heure où ces lignes sont écrites, le « procès Tarnac » entre dans sa deuxième semaine. L’occasion de revenir sur ce qui aurait dû être le procès des dérives politiques, policières et judiciaires de l’obsession « antiterroriste ».

Les prévenuEs sont au nombre de huit. Premier élément notable, seul deux d’entre elles et eux sont poursuivis pour les faits à propos desquels « l’affaire Tarnac » a éclaté il y a près de 10 ans, à savoir le sabotage de caténaires sur des lignes TGV. 

On trouvera toujours quelque chose à vous reprocher

En effet, ainsi que le relevait le site Lundi matin le 19 mars, « pourquoi Elsa H., Bertrand D., Manon G., Christophe B., Mathieu B., Benjamin R. ont été pendant 10 ans sous instruction et se retrouvent aujourd’hui devant le tribunal ? Les deux premiers (officiellement) pour leur participation à une manifestation ayant dégénéré à Vichy ("association de malfaiteurs"), les deux suivants pour possession de cartes d’identité perdues ou volées et de fausses factures ("recel de faux documents"), les deux derniers pour "refus de se soumettre au prélèvement d’empreintes génétiques" ». On est loin, bien loin, des discours apocalyptiques de 2008 et du « terrorisme en bande organisée », et l’on constate surtout que lorsque la « justice » a décidé de faire de vous un symbole, elle trouvera toujours quelque chose à vous reprocher, même si cela n’a plus rien à voir avec les accusations initialement portées. 

« Destruction de la société » ou « dégradations en réunion » ?

Des accusations qui ont été, en outre, considérablement « revues à la baisse » pour les deux autres prévenuEs, Julien Coupat et Yildune Lévy, notamment depuis que la Cour de cassation a, en janvier 2017, écarté définitivement la qualification terroriste dans cette « affaire ». La Cour estimait alors « [qu’]il n’existe pas de charges suffisantes permettant de retenir que les infractions […] auraient été commises en relation avec une entreprise individuelle ou collective ayant pour but de troubler gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur ». Souvenons-nous qu’à époque le parquet affirmait, en l’attribuant au « groupe de Tarnac », que le livre l’Insurrection qui vient ne laissait « aucun doute quant à la finalité de renverser par la violence l’État et détruire la société occidentale actuelle ». Yildune Lévy et Julien Coupat sont aujourd’hui poursuivis pour « association de mafaiteurs » et… « dégradations en réunion », et donc jugés en correctionnelle. 

Témoins anonymes ou… absents

Dix ans après la spectaculaire arrestation du « groupe de Tarnac », « l’affaire » ressemble surtout à un scandale d’État : témoins manipulés, preuves fabriquées, mensonges policiers. Et la première semaine d’audience le confirme, avec entre autres les témoignages anonymes, par visioconférence, de certains des protagonistes (enquêteurs de la sous-direction antiterroriste), ou l’absence de certains « témoins » dont les « informations » avaient pourtant pesé lourd dans les enquêtes, à l’instar du flic-espion britannique Mark Stone/Kennedy.

Il y a un an, un haut magistrat confiait à Libération, à propos de cette « affaire », « [que] le pouvoir de l’époque avait besoin d’une menace intérieure pour justifier sa réforme du renseignement ». Le moins que l’on puisse dire est que le procès en cours confirme ces propos, et montre une fois de plus que les autorités sont prêtes à tout, y compris le mensonge et la manipulation, lorsqu’il s’agit de justifier les attaques contre les libertés démocratiques.    

Julien Salingue

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