Vous avez dit « fake news » ?

C’est désormais devenu un rituel : toute mobilisation sociale est accusée, par les autorités et leurs relais médiatiques, de propager des « fake news ». Le mouvement des Gilets jaunes n’échappe pas à cette règle, et l’on a assisté ces derniers jours à un étrange ballet, dans les médias et sur les réseaux sociaux, consistant à recenser les rumeurs, les photos ou les vidéos relayées dans les « milieux » Gilets jaunes et assimilables à des fake news.
Il ne s’agit évidemment pas de relativiser ce phénomène : des « informations » erronées et/ou farfelues, des vidéos de violences policières datant de précédentes mobilisations… ont bel et bien circulé. Et l’on ne peut qu’insister sur la nécessaire vigilance dont il s’agit de faire preuve à l’heure où, notamment via les réseaux sociaux, des images ou des nouvelles non vérifiées peuvent se diffuser à vitesse grand V, qui induisent en erreur et desservent les mobilisations.
Mais l’on ne peut qu’être frappé par ce soudain amour de la vérité et de la rectitude chez des responsables politiques et des personnalités médiatiques qui ne rechignent pas, quand cela les arrange, à répandre de nombreuses informations approximatives, voire carrément fausses. Qu’il s’agisse de venir en soutien à Macron ou de délégitimer le mouvement, tous les moyens semblent en effet bons, et les chasseurs de vérité sont soudains moins prompts à dénoncer les fake news.
Les plateaux qui ont suivi le discours de Macron le 10 décembre sont, à cet égard, une leçon de choses. Les petits soldats de la Macronie, qu’ils soient députés, ministres, éditorialistes ou « experts », ont ainsi martelé que « le SMIC » serait « augmenté de 100 euros ». Soit une fake news de premier ordre, puisque ce n’est pas le salaire minimum qui va augmenter, mais le montant de la prime d’activité, et que le chiffre de 100 euros est obtenu par une addition bancale.
Ce n’est pas le seul exemple du genre : des comptes rendus de manifestations qui ressemblent à des copier-coller des rapports de la préfecture, aux improbables « études » tentant d’attribuer le développement du mouvement des Gilets jaunes à la Russie ou à l’ancien conseiller de Trump Steve Bannon, que n’a-t-on entendu du côté de la Macronie politique et médiatique ! Mais de toute évidence, le pouvoir et ses relais n’arrivent pas à retourner l’opinion, qui soutient toujours majoritairement le mouvement des Gilets jaunes. Et c’est une (vraie) bonne nouvelle !

Julien Salingue

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