Université d’été du Medef : Mille raisons de lutter

L’Université d’été du Medef s’est tenue les 30 et 31 août sur le campus d’HEC à Jouy-en-Josas. Le seul suspens aura concerné la participation de l’ex-ministre de l’Économie Emmanuel Macron. Celui-ci, estimant probablement que sa présence au côté des leaders de la droite, aurait (trop) fait paraître sa proximité avec les Sarkozy, Fillon, Juppé et Lemaire, quelques heures après son départ organisé du gouvernement.

Le thème de la rencontre était « Donnez-nous des raisons d’y croire ». Plus que l’élaboration d’un programme patronal pour 2017, il s’agissait d’une audition des candidats de droite pour approbation de leurs programmes.

En attendant Macron...

On était loin d’août 2012, où, trois mois après la victoire de François Hollande à l’élection présidentielle, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault amenait avec lui pas moins de dix membres de son gouvernement « dans un esprit d’ouverture et de confiance »...

Malgré les premières tensions de 2013, quand l’université d’été patronale était placé sous le signe du « combat », ils étaient encore sept ministres, dont ceux actifs dans la sphère économique, donnant des gages au patronat, après la mise en place du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE). Le ministre de l’Économie et des Finances, Pierre Moscovici, se présentait comme le « ministre des entreprises », exhortant les patrons à « être au combat ensemble ».

Loin aussi d’août 2014, après la nomination de Manuel Valls à Matignon et la mise en place du pacte de responsabilité et les 41 milliards d’euros de cadeau aux entreprises (que la droite elle-même lors de ses précédents mandats n’avait jamais consenti). Le nouveau chef du gouvernement proclamait alors sa flamme aux entrepreneurs, « Moi, j’aime l’entreprise », provocant l’ovation des patrons. Emmanuel Macron, lui, fut accueilli comme une star l’an dernier, emballant ses auditeurs en déclarant que « la gauche a pu croire, il y a longtemps, que la France pourrait aller mieux en travaillant moins, tout cela est désormais derrière nous »...

Cette année, ce sont bien les candidats de droite qui ont enchanté l’auditoire. Les représentants du gouvernement et des partis au pouvoir ont eu beau faire profil bas, ils ont été froidement accueillis, même quand Jean-Marie Le Guen s’est attaché à présenter le visage d’une gauche plus en phase avec les valeurs de l’entreprise : « Je suis ici en tant que contributeur de la gauche réformiste ». En revanche, les patrons ont bien accueilli les représentants d’un courant de « gauche » qui ose casser les codes idéologiques, comme Gérard Collomb, maire de Lyon. En attendant Macron...

Vivement la (vraie) droite !

Dans une interview aux Échos, le président du Medef, Pierre Gattaz, estime que les mesures, promises par tous, « convergent vers un certain pragmatisme et font tomber une série de tabous ». Il évoque la suppression de l’impôt sur la fortune, la liquidation des 35 heures, la baisse massive des « charges », la restauration des marges des entreprises, la réduction des dépenses publiques déverrouillage du marché du travail...

Au Medef, les divergences de fond sont exacerbées par la règle d’un seul mandat ouvrant la voie à une guerre de succession. Deux courants s’opposent notamment autour des questions d’assurance chômage et de la taxation des contrats courts. Alors que la taxation des contrats courts était initialement prévue dans la loi travail, le responsable « social » du Medef, membre de l’UIMM, a accepté d’en intégrer la mise en place dans le cadre de la discussion de la convention assurance chômage. Plusieurs fédérations (assurances, banques, bâtiment, commerce, Syntec…) ont condamné la méthode et contestent le choix de cette taxation. Pour les représentants de ces fédérations, « l’industrie a surtout recours à l’intérim et beaucoup moins à des contrats à durée déterminée ». C’est-à-dire qu’une taxation des contrats courts aurait suscité des désagréments moindres dans cette activité économique. Une attitude jugée également trop conciliatrice vis-à-vis du gouvernement, au moment où une majorité du patronat n’attend plus qu’avec une impatience mal contenue la victoire de la droite en 2017.

Au final, c’est un mouvement également frappé par la crise des « corps intermédiaires », avec des grands groupes qui ont tendance à s’en détourner au profit de l’AFEP (Association française des entreprises privées). Pendant ce temps, les start-up, les sociétés innovantes, elles, font bande à part.

Robert Pelletier

 

Le social à la sauce patronale…

Dans un Livre blanc pour le logement, le Medef estime que l’éloignement entre les salariéEs et leur poste de travail est la cause d’une perte de 0,4 point de croissance en 2014 et aurait coûté pas moins 100 000 emplois pour l’économie française. Aussi, le Medef fait des propositions limpides à l’aune des préoccupations patronales : libéralisation du foncier constructible et mise en vente de logements sociaux pour créer un « choc de l’offre » ; « simplification » des normes encadrant les constructions ; développement des « dispositifs incitatifs » (aides et des réductions fiscales) à l’acquisition d’un logement ou à sa rénovation ; abrogation des dispositifs contraignants de la loi Alur et de l’encadrement des loyers...

 

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