Temps de travail : les mensonges de Macron

Après les fuites des propositions de Macron, organisées en profitant de l’émoi suscité par l’incendie de Notre-Dame de Paris, et les réactions qu’elles ont suscitées, le président de la République s’est livré à un exercice d’équilibriste dont il n’est pas sûr qu’il ait trompé qui que ce soit.

Macron se refuse à répondre ouvertement aux Gilets jaunes au prétexte qu’il s’agit d’une minorité d’excitéEs radicalisés à l’extrême droite ou à l’extrême gauche, et prétend répondre à l’ensemble des « Français ». Mais, malgré cette volonté affichée de ne pas répondre aux Gilets jaunes, Macron est bien obligé de prendre en compte la sociologie de ces derniers (et du soutien massif qu’ils et elles continuent de susciter) qui renvoie plutôt à des salariéEs, notamment des services sociaux, des petits patrons qui travaillent déjà au-delà des durées légales sans espoir de retraites décentes ou déjà retraitéEs pauvres.

Un pays de fainéantEs ?

Pour appuyer sa démonstration selon laquelle « les Français » ne travaillent pas suffisamment, Macron multiplie les mensonges que les grands médias appellent pudiquement des « approximations ». L’ennemi reste les 35 heures, même largement plombées dès le départ par les les dérégulations contenues dans les lois Aubry et gravement attaquées par les réformes mises en œuvre sous Sarkozy et Hollande. 

Pourtant, le très institutionnel INSEE contredit les arguments de Macron. Ainsi, en 2018, en France, une personne à temps complet travaillait en moyenne 39,1 heures par semaine (23,3 heures pour les temps partiels). Une personne non salariée (chef d’entreprise ou profession libérale) travaillait 45,5 heures. Par catégorie socio-professionnelle, en 2018, un ouvrier à temps plein travaillait 37,8 heures par semaine en moyenne, un employé 38 heures et un cadre 43,1 heures. Bien au-dessus des 35 heures…

Selon le très officiel institut Euro­stat, les « Français » travaillent 35,2 années. Ce qui est à peine en-dessous de la moyenne de l’Union européenne établie à 36 ans. Les AllemandEs passent 38,4 ans au travail, les Britanniques 38,9 ans et les EspagnolEs, 35,1 ans (Suède 41,7 ans, Pays-Bas 40,1 ans, Danemark 39,7 ans, Grèce 32,7 ans, Croatie 32,7 ans, Italie 31,7 ans). 

Enfin, en ce qui concerne le temps de travail sur l’ensemble de l’année, l’OCDE a établi le classement des pays en fonction du nombre total d’heures effectivement travaillées, divisé par le nombre moyen de personnes ayant un emploi. Ces données incluent l’ensemble des emplois (temps complet, temps partiel, travail saisonnier, etc.). Selon ces chiffres, Les Français travaillent 1 526 heures par an en moyenne, un chiffre qui atteint même 1 679 heures si on ne prend en compte que les salariéEs à temps plein. C’est plus que les AllemandEs, en queue de classement avec 1 356 heures. Les EspagnolEs travaillent, en une année, en moyenne 1 686 heures, les Belges 1 545 heures et les Italiens 1 722 heures (Pologne 1 792 heures, Estonie 1 748 heures, Hongrie 1 740 heures, Pays-Bas 1 433 heures, Danemark 1 408 heures).

Et, selon toutes les études, la productivité des salariéEs en France reste parmi les plus élevées. La France se situe quasiment au même niveau que les États-Unis et l’Allemagne, avec une productivité moyenne d’environ 55 euros par heure travaillée en 2015, soit plus de 25 % plus élevée que le Royaume-Uni ou l’Italie (environ 42 euros), et près de trois fois plus qu’en 1970 (selon Thomas Piketty).

Individualiser les situations

Ainsi, ici aussi, le grand débat et sa restitution ne sont que grand blabla et enfumage. Mis en difficulté par la mobilisation des Gilets jaunes et l’ambiance de contestation sociale qu’elle suscite, le gouvernement tente de justifier la continuation de sa poli­tique. Ses pistes sont toutes plus tortueuses et tordues les unes que les autres. Pour le temps de travail à la semaine ou à l’année, il compte sur la négociation boîte par boîte, branche par branche, pour toujours plus augmenter le temps de travail effectif. Merci Hollande et El Khomri ! Pour les retraites, c’est l’aggravation des décotes, et un système de cotisations donnant droit à des points, dont le nombre servirait, au moment du départ à la retraite, à calculer le montant de la pension. La valeur du point pouvant varier à la hausse ou à la baisse tant au moment de l’acquisation qu’au moment de la réversion… Comme le dit le pourtant contesté Delevoye, il s’agit d’ « arbitrage personnel, ma retraite me paraît suffisante, donc je pars, à l’inverse je n’ai pas assez de points je reste. Cela permet de respecter la liberté de choix ».

La logique d’ensemble est cohérente : augmenter le temps de travail sous ses différentes modalités tout en tentant d’éviter les grandes confrontations grâce à la parcellisation des statuts, l’individualisation des situations.

Robert Pelletier

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