Samedi 8 décembre : retour sur une journée de mobilisation contre Macron

La journée du samedi 8 décembre a confirmé l’ancrage du mouvement de contestation de la politique de Macron. Aux quatre coins du pays, des rassemblements et manifestations ont eu lieu, avec de plus en plus de moments de convergences entre Gilets jaunes, autres secteurs mobilisés, mouvement ouvrier, marches climat. Nous proposons un aperçu de ce qui s’est déroulé dans quelques villes, sans prétention à l’exhaustivité, mais qui donne une idée de la diversité des situations… et du climat général de contestation.

Par nos correspondantEs

 

Angoulême

Samedi 8 décembre, manifestation des Gilets jaunes au centre ville. Appelée comme une « bordel party » par un « responsable » Gilet jaune (qui a démissionné depuis, disant qu’il n’avait pas voulu dire ça) 400 à 500 Gilets jaunes ont défilé en ville. Les unEs vers la préfecture bouclée par les flics, les autres directement vers la permanence du député En marche, bouclée aussi par les flics. Pas mal de drapeaux BBR et régulièrement la Marseillaise. On croise des militantEs CGT et Insoumis dans les défilés. D’après un de ces camarades, l’extrême droite est assez présente. À la fin de la manifestation en ville un groupe entouré de drapeaux bleu-blanc-rouge a donné des rendez-­vous autour des ronds-points pour bloquer. Dans la soirée une tentative de blocage de la RN 10 a été empêchée par les flics au bout de peu de temps. Il y a des barrages filtrants un peu partout dans le département, notamment à Cognac et Chasseneuil.
L’après-midi, belle manif pour le climat : entre 500 et 700 personnes. Au démarrage un défilé de Gilets jaunes en motos et voiture est passé devant en klaxonnant mais sans s’arrêter. Quelques Gilets jaunes ont participé à cette manifestation.

 

Avignon

Tout a démarré dans la confusion générale. Le piège du gouvernement visant à opposer les « bons » et « mauvais » Gilets jaunes, les plus déterminéEs, avait fonctionné. En début de semaine, un groupe était allé négocier avec la préfecture, sans mandat de quiconque, pour qu’il n’y ait pas d’appel à manifester à Avignon. Mais comme la force du mouvement est son auto-organisation, un appel Facebook à manifester sur la rue de la République a été lancé et largement repris et relayé. À tel point qu’à deux jours de la manifestation, il y a eu un second appel pour une « marche en extra-muros » pour détourner un maximum de monde de la manifestation en ville.
C’est dans une ambiance apocalyptique, avec des rues désertes et des commerces fermés que deux rassemblements ont donc eu lieu : le premier au départ de la préfecture allant vers le pont d’Avignon, l’autre en intra-muros, avec les plus déterminés, où les flics avaient décidé de tout mettre en œuvre pour empêcher que la manifestation ait lieu. Un impressionnant dispositif barrait la rue et des fouilles avaient lieu un peu partout dans les alentours.
On se retrouve à quelques centaines en ville, rapidement face aux barrages. Des slogans fusent, certainEs se mettent à genoux, les mains sur la tête, pour reproduire la scène des lycéenEs arrêtés à Mantes-la-Jolie. Alors que tout se déroulait dans le calme, au bout de 5 minutes charge sur le cortège, arrosé de lacrymos. L’ambiance se tend, ça arrose et surtout ça canarde de flashballs, encore plus que samedi dernier, et cette fois le but était clair : des tirs tendus pour faire mal et blesser.
La situation s’inverse quand une bonne partie de la manif « extra-muros » décide de nous rejoindre. Plus de 2 000 personnes déboulent sur la rue de la République en renfort et les CRS sont obligés de reculer. Vient alors la deuxième phase de l’offensive répressive : la mise en étau avec un groupe de CRS qui déboule du haut de la rue de la Ré pour prendre en étau les manifestantEs. Ça canarde et ça gaze tellement que beaucoup de personnes s’en vont par les rues adjacentes.
On décide finalement de se replier et de partir en groupe pour éviter les interpellations qui pleuvaient un peu partout pour celles et ceux qui étaient isolés.
Bref, la répression est encore montée d’un cran. Près de 200 CRS étaient sur Avignon, du jamais vu dans notre ville. Mais parmi celles et ceux qui étaient là, la détermination reste intacte, la répression ne leur fait plus peur et nous serons encore nombreuses et nombreux samedi prochain sur Avignon et dès aujourd’hui sur les actions de blocages.

 

Dans la Loire

Une première constatation : le mouvement s’étend. À Saint-Étienne, environ 3 000 personnes ont défilé le 8 décembre, et la manif a dégénéré. À Roanne, 750 personnes, selon le journal local, ont bloqué le pont entre Roanne et Le Coteau. À Firminy, deux zones commerciales bloquées ou perturbées. À Saint-Chamond, blocage de l’A47 (Saint-Étienne-Lyon). Au péage de Montbrison et Montrond sur l’A72, les Gilets jaunes continuent l’occupation, c’est la 3e semaine. À Charlieu, 150 Gilets jaunes ont manifesté en ville. À Saint-Étienne, la zone commerciale de Monthieu a été occupée. Et d’autres petites villes où des manifs ou des occupations de ronds-points ont eu lieu.
Le samedi matin, à Saint-Étienne, entre 600 et 800 personnes se sont rassemblées devant la gare, à l’appel d’Alternatiba et d’un collectif d’organisations.
L’après-midi, la manifestation des Gilets jaunes a bien commencé. Pas mal de personnes dès 13h30 devant la préfecture. Discussion franche avec la police qui « protégeait » la préfecture. Les policiers engagés paraissent très jeunes. La manifestation a pris la direction de la Bourse du travail puis, devant un blocage par les flics, est revenue vers le centre ville. Jusqu’à la place du Peuple, pas de problème. La situation s’est compliquée quand la manifestation souhaite rejoindre la place de l’Hôtel-de-Ville, puis la place Jean-Jaurès où se trouve la préfecture. Premières grenades lacrymos, riposte d’une  partie des manifestantEs. On se retrouve dans des petites rues où les gaz font le plein de leurs effets. Une voiture de la police municipale retournée et incendiée. Et là, c’est le grand jeu. Grenades assourdissantes, désencerclement, lacrymos, charges. Une personne aurait été touchée par un tir de flashball.

 

Toulouse

Journée hors du commun à Toulouse. Il n’y avait pas d’appel Gilets jaunes à proprement parler car les gestionnaires des pages FB avaient peur de la répression. Ils ont envoyé comme consigne de rejoindre la Marche climat. Nos camarades de la CGT du CHU ont pris l’initiative d’organiser à 13h un rassemblement « Blouses blanches et Gilets jaunes tous ensemble » qui a regroupé 500 personnes, composé en grande majorité d’une partie du milieu militant (hospitalierEs, cheminotEs, UET, FI/PG, syndicalistes, Ensemble,…). Ce rassemblement a convergé à 14 h avec la marche pour le climat qui était d’entrée composée d’une majorité de Gilets jaunes.
 La manifestation s’est élancée sur le boulevard. Très vite, un petit groupe non identifié a tenté de la détourner pour aller dans une petite rue vers le centre. Mais la police les attendait et a pris ce prétexte pour canarder la manifestation (plusieurs blesséEs au flashball en plus des lacrymos) et la couper en deux. Une partie de la manif est alors partie sur les boulevards dans l’autre sens.
À partir de là, les affrontements n’ont pas cessé à l’arrière de la manif et, après la dissolution de celle-ci, jusque tard tard dans la nuit. Des milliers de personnes ont participé aux affrontements (barricades, charges, mais aussi soutien en restant autour des émeutiers…)
À la dissolution de la manif, en même temps que les barricades se développaient sur la rive droite de la Garonne, une partie de la manifestation, dont le NPA, a fait le choix d’aller vers la rive gauche par le Pont neuf où nous sommes tombés sur la police. Mais à ce moment, le cortège qui était parti dans l’autre sens en début d’après-midi est arrivé derrière les flics. Sous la pression et en sous-effectif, ils nous ont laissés passer et nous avons marché à plusieurs milliers vers la Mairie. Il est dur d’évaluer combien de manifestantEs il y a eu sur la ville ce samedi. Très certainement entre 10 et 20 000. L’ambiance était incroyable et la police totalement débordée.

 

Bordeaux

À Bordeaux, suite à un ­appel d’une AG étudiante, il avait été décidé d’un cortège ­samedi, avec un pré-rassemblement une heure avant pour converger ensuite vers le lieu de départ de la manif Gilets jaunes (14 h). L’UL CGT Bordeaux Nord a appelé aux deux manifestations, en donnant les deux rendez-vous de 13 h et 14 h. Le conseil extraordinaire de Solidaires 33 a appelé à rejoindre le cortège jeunes de 13 h.
Nous avons démarré à au moins 500, surtout étudiantEs, quelques lycéenEs et quelques dizaines de militantEs Solidaires mais aussi des militantEs CGT.
La manifestation a d’abord été stoppée pendant un bon quart d’heure par un barrage de flics, qui se sont finalement écartés alors que la manif s’agenouillait les mains derrière la tête... À partir de là, notre manif n’a cessé de gonfler, avec pas mal de Gilets jaunes qui déambulaient, attirés par le cortège jeunes et de militantEs syndicaux, contents de rencontrer un cortège appelant à la grève générale dans ses slogans.
Le cortège des Gilets jaunes ayant eu l’info que les flics nous coinçaient, a démarré plus tôt pour venir à notre rencontre... ce qui nous a valu un accueil plus que chaleureux quand nos cortèges se sont rejoints.
À noter que malgré le nombre, l’improvisation du parcours, notre cortège a gardé sa cohésion tout au long dans la manif. Durant près de 3 heures nous avons parcouru les rues de Bordeaux (les flics protégeant la place de la Mairie) et, chose assez inattendue vu le contexte, ils ont laissé la manif réunissant plusieurs milliers de personnes passer dans la grande rue piétonne commerçante de Bordeaux, pleine de monde à cette heure-là... sans qu’il y ait la moindre anicroche ni devanture touchée avec des gens sur les côtés et aux fenêtres applaudissant...
Au final, la manif a quand même fini par aller devant la mairie, protégée par une montagne de flics suréquipés. Le cortège étudiantEs et syndicalistes s’est dissout à cet endroit, au moment où ça commençait à canarder... La grande majorité des Gilets jaunes se sont également dispersés à ce moment... Les affrontements se sont ensuite amplifiés, avec une répression particulièrement violente et à nouveau des blessés, dont un homme qui a eu la main arrachée.

 

Angers

Environ 700 GJ sur une première manif partie de la rocade le long de la Maine. Public hétéroclite, retraités, familles, et pas mal de jeunes. Peu de slogans dans le cortège si ce n’est « Macron démission ». Au niveau du château, le cortège se scinde en deux pour faire chier les flics qui encadraient le cortège, puis se rejoignent devant la gare. Concert de klaxons en soutien : voiture, bus de ligne et camions s’y mettent. Petit face à face gentil avec les flics devant la gare d’Angers Saint-Laud, quelques « Laissez nous passer on veut aller à Paris » qui font sourire les bleus. Un peu de huées puis des « La police avec nous ». Signe que la tension n’est pas de mise dans cette ville : à aucun moment les flics n’étaient casqués.
Le cortège repart tranquillement par les voies du tram vers le marché de Noël du centre-ville. Jonction avec les quelque 300- 400 personnes de la marche pour le climat sur la place du Ralliement où se trouve une banderole : « La vraie catastrophe écologique c’est le capitalisme ». Quelques slogans communs au milieu de gens qui font leurs courses sur le marché de Noël, mais pas de véritable convergence. Des encouragements à ne rien lâcher de la part de personnes dont on croise la route.

 

Grenoble

Manifestation des ­Gilets jaunes samedi ­matin. 1­500 personnes environ au plus fort de la manif, qui avait été interdite par la préfecture. Au démarrage, un des « porte-parole » locaux (Julien Terrier) a été arrêté par les flics, et mis en garde à vue pour manif interdite (il a été relâché le soir). Impossible d’entrer dans le parc, lieu de départ de la manifestation, avec du matériel : pas de mégaphone ni de drapeaux, pas de sérum physiologique non plus... Ce sont les gardes mobiles et non pas les CRS qui étaient en action. Le NPA était la seule force structurée (chaînes de manifestantEs, slogans, autocollants). Les Gilets jaunes, de leur côté, ont assuré un service d’ordre, notamment pour empêcher les casseurs. Solidaires Isère appelait à la manifestation, et des militantEs CGT étaient également présents, avec de grosses tensions en interne, une volonté exprimée d’être partie prenante du mouvement des Gilets jaunes mais des blocages au niveau de la direction de l’Union départementale. Globalement, la manifestation a eu lieu sans problème jusqu’à ce qu’elle aille devant le commissariat réclamer la libération des gardés à vue : gazage, etc.

 

Montpellier

D’un côté, au Peyrou, se rassemblaient les Gilets jaunes, du moins celles et ceux qui avaient quitté les ronds-points. À 13 h, il n’y avait pas grand monde... inquiétude ! Mais à 14 h 30, quand on est descendus vers la Comédie, on était bien 2 000 ! En attendant que la marche pour le climat arrive, petit tour par les boulevards et la gare. Parce que la volonté de voir les deux mobilisations converger était bien là.
Pendant ce temps, place de l’Europe, la marche pour le climat se rassemblait. 3 500 à 4 000 personnes. Qui ont fini par rejoindre les Gilets jaunes sur la Comédie, noire de monde, du coup. Pendant qu’une grosse partie de la marche poursuivait vers la place Albert Ier, le reste montait avec les Gilets jaunes vers la préfecture. Là, une bonne heure de face à face avec les flics, puis dispersion après les premières grenades lacrymogènes.
Bien que compliquée et imparfaite, cette première convergence ouvre la voie vers une mobilisation plus générale d’autant plus nécessaire que les fausses reculades de ­Macron indiquent clairement que le mouvement commence à porter ses fruits, à inquiéter un pouvoir qui risque de se raidir dans une fuite en avant dans la répression.

 

Poitiers

Samedi matin à Poitiers, plusieurs centaines de Gilets jaunes s’étaient donné rendez-vous au rond-point Auchan Sud. Depuis le 17 novembre, ils et elles sont tous les jours sur le rond-point pour porter des revendications sociales : retrait des taxes, augmentation des revenus, retour de l’ISF. Deux autres lieux rassemblent des Gilets jaunes : à Mignaloux (plutôt des salariéEs) et au Grand Large. Chaque week-end, le samedi plus précisément, une manifestation est organisée de Auchan jusqu’au centre-ville. Celle du 8 décembre a rassemblé plus largement, en nombre, mais aussi sociologiquement. En effet, outre les traditionnels Gilets jaunes, nous pouvions compter sur une présence significative de syndicalistes, en particulier de Solidaires, mais aussi sur des militantEs de Lutte ouvrière, des anarchistes et des libertaires, et sur ceux du NPA.
L’ambiance de la manifestation est plutôt calme, avec peu de slogans. Les quelques-uns qui fleurissent vont du retrait des taxes à la démission de Macron, en passant par le retour de l’ISF et l’augmentation des revenus (essentiellement des salaires). Quelques Marseillaises retentissent de temps à autre, et quelques drapeaux bleu-blanc-rouge.
L’après-midi, une manifestation pour la justice climatique était organisée. Plus d’un millier de personnes étaient présentes. Dont quelques Gilets jaunes. Une manifestation avec beaucoup de slogans.
Ce qui est intéressant à noter est le climat social global : plus de personnes dans les manifestations, les lycéenEs qui s’y mettent, les volontés de jonction (les Gilets jaunes avaient décidé de rallier la manifestation climat).
Notons enfin que la répression était elle aussi présente. Si à Paris des centaines de personnes ont été interpellées, gazées, frappées, ­nassées... à Poitiers aussi des gazages ont eu lieu, en fin d’après-midi, sur les Gilets jaunes vers Auchan Sud.

 

Lyon

Même si on se doutait qu’il se passerait quelque chose à Lyon ce week-end, on était assez loin d’imaginer que nous serions près de 5 000 dans les rues, vu les quelques 500 mani­festantEs le week-end dernier. Après une grosse marche climat (10 000 annoncéEs) avec un nombre notable de Gilets jaunes dans et devant la manif, une partie du cortège a voulu aller au lieu de départ de la manifestation des Gilets jaunes, place Bellecour, mais a été repoussé, à coups de lacrymos, par les flics qui bloquaient.
À 13 h 30, la manif Gilets jaunes est partie de Bellecour avec beaucoup de monde, une petite centaine d’étudiantEs, quelques lycéenEs, notamment des quartiers populaires, pas mal de monde de la marche climat, beaucoup du milieu militant habituel mais non siglé. 4 000 ou 5 000 personnes ont défilé en suivant un parcours visible dans le centre avec une très faible présence policière. Beaucoup de « Macron démission », et aussi quelques slogans lancés par les milieux militants repris par les Gilets jaunes.
En fin de parcours, à l’approche du pont qui donne accès à la place Bellecour, beaucoup de flics bloquent complètement le passage pour empêcher de retourner sur la place, où se tient le soir même, dès 19 h, la fête des Lumières. Sans sommation et alors qu’il ne s’était rien passé, les flics gazent et le cortège se disloque en deux. Une partie reste bloquée et une autre fait demi-tour, direction place Bellecour par un autre chemin.
On va enchaîner les charges et lancers de lacrymos pour nous dégager, mais les manifestantEs reprennent place à chaque fois, et c’est toute la foule présente qui prend aussi. Des groupes de Gilets jaunes se retrouvent en manif sauvage dans différentes rues adjacentes.
Pas mal de Gilets jaunes et de lycéenEs (environ 300) restent sur la place, alors que le gros des manifestantEs est reparti suite aux premières violences policières. La répression pour faire place nette à Bellecour, où pourtant n’ont lieu aucune dégradation, si ce n’est quelques ballons lumineux dégonflés, est hors norme : au milieu des touristes qui continuent d’affluer alors que la nuit tombe, les CRS envoient un nombre grandissant de grenades lacrymogènes et assourdissantes, avec plusieurs charges.
Pendant deux heures, la place se vide et se re-remplit des manifestantEs, avec des touristes hébétés par ce déchaînement de la part de la police. Les tirs de lacrymos ont été jusqu’à atteindre la place du Printemps et les rues adjacentes, provoquant mouvements de foule et de panique, au prétexte d’une menace pour la fête des Lumières qui semblait inexistante tant le nombre de jeunes et de Gilets jaunes était faible en comparaison du dispositif policier.

Licence créative commons

Nos articles sont publiés sous licence Créative Commons. Voir les détails.